Des échanges des PDG de la filière batterie gardés secrets par IQ et le MEIE

L’État québécois a investi plus de 470 M$ dans Northvolt et plus de 100 M$ dans Lion après avoir été sollicité par leurs lobbyistes

Photo PIERRE-PAUL POULIN

Francis Halin et Marie Christine Trottier

2024-12-09T05:00:00Z

Malgré des centaines de millions en fonds publics versés à Northvolt et Lion Électrique, le ministère de l’Économie et son bras investisseur refusent de dévoiler leurs échanges avec les patrons de ces entreprises largement subventionnées.

• À lire aussi: Québec accusé de ne pas avoir étudié assez les risques liés à sa filière batterie 

• À lire aussi: Investissement Québec garde secret un document sur les risques liés aux déchets de la filière batterie 

Fin octobre, Le Journal a demandé à Investissement Québec (IQ) tous les échanges entre Peter Carlsson (PDG de Northvolt de l’époque) et Paolo Cerutti (PDG Amérique du Nord de Northvolt) avec la haute direction d’IQ.

Le seul document qui a été fourni au Journal a été un court courriel de salutation de Peter Carlsson, datant du 8 mars 2022, à l’ex-PDG d’IQ, Guy LeBlanc, avec Simon Thibault (l'ex-directeur principal stratégie batteries d'IQ, passé chez GM) en copie conforme.

«Merci Guy. J’ai aussi été énergisé par la discussion! On se parle bientôt. Peter», peut-on lire (en anglais).

Fournie par Investissement Québec
Fournie par Investissement Québec

Pour expliquer son refus de fournir les deux autres documents concernés, Danielle Vivier, directrice à l’accès à l’information d’IQ, évoque la nécessité de masquer des renseignements «confidentiels» et «personnels».

Publicité

IQ refuse de transmettre ces correspondances pour protéger ses secrets industriels et ceux de Northvolt.

Photo fournie par IN GOOD COMPANY
Photo fournie par IN GOOD COMPANY
Courriel laconique

À la mi-septembre, Le Journal a également demandé au ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) ses échanges avec Marc Bédard, PDG de Lion Électrique, depuis deux ans. L'entreprise a obtenu pendant cette période un peu plus de 50 M$ en aides du ministère.

Le ministère a invoqué les mêmes raisons qu'IQ pour son refus de transmettre ses échanges.

Encore une fois, le seul document transmis a été un courriel laconique début octobre.

«Merci Patrick. [Passage caviardé] est responsable de ce dossier et va vous revenir rapidement. Salutations.»

Fournie par le MEIE
Fournie par le MEIE

«Courriel anodin»

D’après Michel Séguin, professeur et expert en éthique de l'UQAM, il est normal que les organisations ne puissent pas tout dire pour des raisons de stratégie et de confidentialité.

«Mais entre cela et rien dire, c’est une chose», estime-t-il cependant.

«Elles doivent justifier les raisons pour lesquelles elles répondent avec un courriel anodin», analyse l’expert en éthique.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE L’UQAM
PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE L’UQAM

«Si ces organisations veulent maintenir une relation de confiance avec l’ensemble de la collectivité, elles doivent s’organiser pour faire cette démonstration-là. Elles ont la responsabilité de gérer leur image d’intégrité», conclut-il.

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Publicité