Des échanges des PDG de la filière batterie gardés secrets par IQ et le MEIE
L’État québécois a investi plus de 470 M$ dans Northvolt et plus de 100 M$ dans Lion après avoir été sollicité par leurs lobbyistes

Francis Halin et Marie Christine Trottier
Malgré des centaines de millions en fonds publics versés à Northvolt et Lion Électrique, le ministère de l’Économie et son bras investisseur refusent de dévoiler leurs échanges avec les patrons de ces entreprises largement subventionnées.
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Fin octobre, Le Journal a demandé à Investissement Québec (IQ) tous les échanges entre Peter Carlsson (PDG de Northvolt de l’époque) et Paolo Cerutti (PDG Amérique du Nord de Northvolt) avec la haute direction d’IQ.
Le seul document qui a été fourni au Journal a été un court courriel de salutation de Peter Carlsson, datant du 8 mars 2022, à l’ex-PDG d’IQ, Guy LeBlanc, avec Simon Thibault (l'ex-directeur principal stratégie batteries d'IQ, passé chez GM) en copie conforme.
«Merci Guy. J’ai aussi été énergisé par la discussion! On se parle bientôt. Peter», peut-on lire (en anglais).

Pour expliquer son refus de fournir les deux autres documents concernés, Danielle Vivier, directrice à l’accès à l’information d’IQ, évoque la nécessité de masquer des renseignements «confidentiels» et «personnels».
IQ refuse de transmettre ces correspondances pour protéger ses secrets industriels et ceux de Northvolt.

Courriel laconique
À la mi-septembre, Le Journal a également demandé au ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) ses échanges avec Marc Bédard, PDG de Lion Électrique, depuis deux ans. L'entreprise a obtenu pendant cette période un peu plus de 50 M$ en aides du ministère.
Le ministère a invoqué les mêmes raisons qu'IQ pour son refus de transmettre ses échanges.
Encore une fois, le seul document transmis a été un courriel laconique début octobre.
«Merci Patrick. [Passage caviardé] est responsable de ce dossier et va vous revenir rapidement. Salutations.»

«Courriel anodin»
D’après Michel Séguin, professeur et expert en éthique de l'UQAM, il est normal que les organisations ne puissent pas tout dire pour des raisons de stratégie et de confidentialité.
«Mais entre cela et rien dire, c’est une chose», estime-t-il cependant.
«Elles doivent justifier les raisons pour lesquelles elles répondent avec un courriel anodin», analyse l’expert en éthique.

«Si ces organisations veulent maintenir une relation de confiance avec l’ensemble de la collectivité, elles doivent s’organiser pour faire cette démonstration-là. Elles ont la responsabilité de gérer leur image d’intégrité», conclut-il.
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