Des élections fédérales? Pourquoi pas...


Emmanuelle Latraverse
Il est de bon ton ces jours-ci de s’indigner de la décision imminente de Justin Trudeau de nous plonger en campagne électorale.
Pourquoi distraire son gouvernement à l’aube d’une quatrième vague ?
Comment oser invoquer que le Parlement est dysfonctionnel, quand il refuse lui-même de négocier de bonne foi avec l’opposition ?
Oui, la manœuvre électorale est bassement partisane ; profiter d’une mince fenêtre pour espérer gagner une majorité. On est loin de la démocratie ouverte et désintéressée qu’il nous vendait en 2015.
Cela étant dit, des élections fédérales n’en sont pas moins pertinentes.
Un mandat clair
Faut-il rappeler que le gouvernement Trudeau a adopté un budget qui engage des dépenses de 101,4 milliards $ au cours des trois prochaines années ?
Un budget de relance économique qui s’est surtout démarqué par son saupoudrage de fonds publics sans vision claire pour moderniser l’économie et la rendre concurrentielle à l’échelle mondiale.
En pleine troisième vague, au printemps, on ne tiendra pas rigueur aux partis d’opposition d’avoir fini par adopter ce budget.
On savait déjà que le gouvernement Trudeau est dépensier, qu’il croit que les milliards du gouvernement sont la solution universelle à tous les problèmes de notre époque. N’empêche, le plan prévu dans le budget est à mille lieues du mandat que lui ont donné les Canadiens en 2019.
Tant que le gouvernement actuel profite de la pandémie pour imposer ses choix, les citoyens sont condamnés au rôle de spectateur face à notre avenir collectif.
Est-ce que vraiment l’intégration des femmes racisées, l’apprentissage du camping, les bourses étudiantes méritent les millions supplémentaires envisagés par les libéraux ?
La prestation de relance économique alimente la pénurie de main-d’œuvre ? Le financement de la santé doit être bonifié ? Les changements climatiques exigent un virage majeur dans l’économie ?
Une élection est justement l’occasion pour les citoyens de se prononcer.
Dans le rouge pour toujours ?
Le déficit au Canada est tel qu’un rapport récent de l’Institut CD Howe reprochait au gouvernement libéral de jouer à la roulette avec notre avenir.
Une autre analyse du directeur parlementaire du budget laissait présager qu’il faudra 70 ans pour atteindre l’équilibre budgétaire.
Est-ce que nous endossons vraiment une telle perspective ?
Finances publiques, changements climatiques, financement de la santé, pouvoirs des GAFA, le Canada est à la croisée des chemins sur de nombreux fronts. Ces enjeux exigent certainement un débat rigoureux et un mandat clair pour le prochain gouvernement.
Le moment n’est pas idéal pour une élection, mais aussi bien en profiter.