Des experts ne comprennent pas la stratégie militaire de Poutine
Olivier Faucher | Journal de Montréal
Après un début d’invasion marqué par des erreurs de calcul, la stratégie militaire russe en Ukraine est de plus en plus difficile à comprendre pour des experts en forces armées.
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«Au niveau tactique, les Russes font une avancée opérationnelle qui va bien, analyse Simon Leduc, ex-officier de renseignements militaires. Au niveau stratégique, ça va mener à quoi? Je ne comprends pas», poursuit-il.
Selon lui, l’armée russe est en voie de couper l’accès à la mer Noire aux Ukrainiens, notamment en bombardant la ville d’Odessa. Cela avantagerait la Russie du point de vue de ses forces navales tout en assénant un dur coup économique et stratégique à l’Ukraine.
Mais M. Leduc a de la difficulté à voir quelconque avantage qui découlerait désormais de cette invasion pour les Russes.
«Même s’ils réussissent à faire un changement de gouvernement, leur gain est nul avec les dommages économiques des sanctions.»
Un plan B flou
Même sentiment chez Pierre St-Cyr, colonel à la retraite et ancien attaché de la Défense canadien en Russie et en Ukraine, qui croit que l’échec de l’opération rapide qu’espérait accomplir la Russie est en train de lui créer d’énormes problèmes.
Cette opération a été qualifiée de «désastre», par le renseignement américain, marquée par des pénuries de nourriture et de carburant, l’abandon de véhicules armés, la perte d’avions et la mort de soldats, renseignement américain.
«Les Russes sont actuellement embourbés dans leur façon de faire les choses, croit M. St-Cyr. Le temps qu’ils prennent devient un enjeu pour eux parce que chaque jour, le risque que les informations sur la guerre se rendent à la population russe augmente et ça peut devenir un problème à l’intérieur du pays.»
Depuis quelques jours, les bombardements se sont intensifiés sur plusieurs villes, dont Karkhiv. Selon M. St-Cyr, cela a surtout comme objectif de miner le moral des Ukrainiens qui avait été sous-estimé et ainsi tenter de forcer le gouvernement de l’Ukraine à faire des concessions lors des négociations qui se tiennent aujourd’hui.
«Normalement, ils auraient dû rentrer avec faciliter et prendre le pays en quelques jours, estime le médecin militaire à la retraite Marc Dauphin .Je pense que Poutine a fait un mauvais calcul et qu’il s’est peinturé dans un coin et ça c’est dangereux.»
Très difficile de prendre Kyïv
Sur le terrain, les options pour prendre Kyïv et renverser le gouvernement se sont également complexifiées, selon M. St-Cyr.
«Ils ont l’option de rentrer dans Kyïv et d’écraser tout ce qu’il y a devant eux. Mais ça mettrait le feu aux poudres encore plus parce qu’il y a des monuments historiques et des endroits protégés par l’UNESCO.»
«L’autre option serait d’encercler Kyïv, mais en faisant ça, ils se lancent dans un calendrier très long.»
Car envoyer des troupes combattre dans la Ville avec des édifices encore debout pourrait être catastrophique pour l’armée russe.
«J’ai des amis à Kyïv et ils ont leur AK47 dans le salon. Le russe qui rentre, il ne voit rien d’autre que des bâtisses et peut se faire tirer par n’importe qui derrière son rideau. Un contexte de guérilla urbaine, c’est très difficile pour un envahisseur.»
La vie de Zelensky en danger?

Au début de l’invasion, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait affirmé que les Russes souhaitaient l’assassiner lui et sa famille. Or, Pierre St-Cyr croit que la popularité monstre que le chef d’État a gagnée en quelques jours sur la scène internationale obligera les Russes à le garder en vie s’ils parviennent à mettre la main sur lui.
« Il serait probablement capturé et ils s’en serviraient pour faire un procès monstre pour justifier leurs actes ou pour en faire une monnaie d’échange pour obtenir ce qu’ils veulent.»