Des hockeyeurs en Europe déçus

Ils aimeraient ne pas être considérés au même titre que des vacanciers lors de leur retour au pays

Après avoir récolté 53 points en 43 matchs l’an dernier, Guillaume Asselin en compte actuellement 55 en 36 parties depuis le début de la saison.
Après avoir récolté 53 points en 43 matchs l’an dernier, Guillaume Asselin en compte actuellement 55 en 36 parties depuis le début de la saison. Photo courtoisie, Guillaume Asselin
Photo portrait de Kevin Dubé

Kevin Dubé

2021-02-16T05:00:00Z

Des hockeyeurs professionnels canadiens, en Europe depuis août pour la saison de hockey, déplorent le fait qu’ils ne seront pas considérés comme « voyageurs essentiels » à leur retour au pays et aimeraient ne pas avoir à s’acquitter des frais de 2000 $ liés à la quarantaine obligatoire imposée à partir du 22 février.

Une pétition circule actuellement sur la toile et a été signée et partagée par plusieurs joueurs de hockey qui reviendront en sol canadien au cours des prochaines semaines.

« Ces Canadiens sont hors du pays pour gagner leur vie et subvenir à leurs besoins et ceux de leur famille. C’est ce qu’ils font depuis plusieurs années. Pour ces joueurs de hockey professionnels, cette carrière à l’étranger est essentielle. Gagner sa vie est essentiel. Ce travail contractuel outre-mer est essentiel à leur survie financière », peut-on notamment lire dans la description de la pétition adressée au premier ministre Justin Trudeau, mais également à quatre de ses ministres, soit Bill Blair (Sécurité publique et Protection civile), Marc Garneau (Affaires étrangères), Omar Alghabra (Transports) et Patty Hajdu (Santé). En date d'hier, plus de 5750 personnes avaient signé la pétition.

COMME DES VACANCIERS

C’est le cas entre autres du Québécois Guillaume Asselin, qui évolue pour le HC Sierre en deuxième division suisse. Ce dernier, ainsi que son épouse Catherine Lamonde et leur bébé William, âgé de deux semaines seulement, doivent revenir en sol québécois le 17 avril prochain, une fois la saison terminée en Suisse. Comme pour la plupart des joueurs de hockey étrangers en Europe, le visa de travail du natif de Québec se termine une fois la saison complétée et c’est pourquoi il doit rentrer au pays par la suite.

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« Ça n’a pas de sens qu’on ne soit pas sur la liste des voyageurs essentiels. J’ai commencé à parler avec certains de mes amis qui jouent en Europe et on va commencer à faire des démarches. Je trouve ça un peu con d’être considéré au même titre qu’un gars qui s’en va en vacances au Mexique. On est parti depuis le mois d’août. Je trouverais ça plate qu’ils ne révisent pas leurs règles et qu’on n’ait pas d’assouplissements », déplore-t-il.

Radio-Canada révélait il y a une semaine que le gouvernement fédéral s’apprêtait à annoncer des mesures d’assouplissements aux règles de retour au pays pour les athlètes olympiques et paralympiques qui sont en préparation pour les Jeux de 2020 à Tokyo et de 2022 à Pékin.

Ces mesures, qui seront sous forme d’allégement financier et non d’exemptions sanitaires, ne s’appliqueront pas aux athlètes professionnels, comme les hockeyeurs canadiens évoluant en Europe, selon nos informations.

AGIR RAPIDEMENT

La situation actuelle évoluant constamment, les règles sont aussi en constantes modifications. Asselin sait donc que les choses peuvent changer d’ici le 17 avril. Toutefois, il préfère s’y prendre à l’avance.

« J’en ai déjà parlé à mon coéquipier Éric Castonguay ainsi qu’à mes amis Jérôme Gauthier-Leduc (Capitals de Vienne en Autriche) et Christophe Lalancette (HK Dukla Michalovce). Je ne sais pas à quel point la pétition peut avoir un impact mais il faudra faire quelque chose rapidement. »

L’athlète de 28 ans a déjà établi un contact avec le député de sa circonscription fédérale à Québec, celle de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell. 

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Joint par Le Journal, le député conservateur n’a pas voulu commenter le dossier publiquement, assurant toutefois être « en train de faire des vérifications ».

DÉPART PRÉMATURÉ

Pour l’instant, la seule option pour ces familles à l’étranger est de faire une demande à l’Agence de Santé publique du Canada en envoyant une lettre expliquant les raisons qui justifieraient une exemption. C’est ce qu’a fait la Québécoise Marie-Laurence Thibault, qui réside actuellement en République tchèque avec son mari et hockeyeur Alexandre Mallet, qui évolue pour le HC Vitkovice. Ils y sont avec leurs deux jeunes enfants de 3 ans et demi et un an.

Alexandre Mallet sera séparé de sa famille pour plusieurs semaines. Sa conjointe Marie-Laurence a décidé de retourner au Québec avec leur fille Léa et leur fils Théo avant que les mesures pour les voyageurs n’entrent en vigueur, le 22 février.
Alexandre Mallet sera séparé de sa famille pour plusieurs semaines. Sa conjointe Marie-Laurence a décidé de retourner au Québec avec leur fille Léa et leur fils Théo avant que les mesures pour les voyageurs n’entrent en vigueur, le 22 février. Photo courtoisie, Marie-Laurence Thibault

Toutefois, devant la possibilité que sa requête soit refusée, elle n’a pas pris de risque et a réservé un billet d’avion de retour au Canada samedi prochain, le 20 février, avec les deux enfants.

« J’attends un miracle. Si jamais j’obtiens une réponse favorable d’ici samedi, je vais annuler mon billet d’avion. Je trouve ça vraiment dommage puisque je dois retirer ma plus vieille qui est en prématernelle ici, en République tchèque. Mon mari va rester ici pour finir la saison de hockey, mais je dois paqueter l’essentiel de notre vie en cinq jours avant de quitter. »  

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Une saison haute en émotions pour Guillaume Asselin   

L’année 2020 et le début de 2021 ont réservé plusieurs défis à Guillaume Asselin, mais elles lui auront permis de vivre certains des plus beaux moments de sa vie autant professionnelle que personnelle.

Sur le plan personnel, la petite famille a accueilli dans ses rangs la venue du petit William, le 3 février dernier. Quelques semaines auparavant, le 13 janvier, Asselin obtenait un rappel en Ligue nationale A (LNA), la meilleure ligue de Suisse, avec le HC Genève-Servette, et en profitait pour marquer le but gagnant en prolongation.

Le hockeyeur et sa conjointe Catherine Lamonde ont accueilli dans leur famille le petit William, né le 3 février dernier.
Le hockeyeur et sa conjointe Catherine Lamonde ont accueilli dans leur famille le petit William, né le 3 février dernier. Photo courtoisie, Guillaume Asselin

Deux moments fort en émotions pour des raisons différentes mais, aussi, intimement liés.

Ironiquement, le 13 janvier était la journée où on devait provoquer l’accouchement de la femme d’Asselin, Catherine Lamonde, puisqu’on jugeait le bébé assez gros et prêt à naître. 

Bien au courant que le moment qu’il attendait depuis qu’il a décidé de prendre le chemin de l’Europe pour le hockey l’attendait ce jour-là, Asselin a demandé s’il était possible de reporter la provocation.

« Il n’y avait pas d’urgence et Catherine le savait. Cette chance ne se présente pas à tous les jours et finalement, on a repoussé le rendez-vous au lundi suivant », raconte-t-il.

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MOMENT MAGIQUE

D’ailleurs, Asselin ne s’attendait à rien lorsqu’il a reçu l’appel de Genève-Servette. 

« Habituellement, quand ils rappellent un joueur étranger, c’est pour remplir un gilet. Par contre, les entraîneurs là-bas sont Québécois, Patrick Émond et Louis Matte. Quand ils m’ont appelé, ils m’ont demandé à quelle position je jouais en avantage numérique. J’étais un peu surpris et je me suis dit qu’ils allaient peut-être finalement me faire jouer », raconte l’ancien de la LHJMQ et des Patriotes de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Asselin se présente donc avec le grand club et, dès les premiers instants, il est utilisé au sein de la deuxième unité offensive. Il se retrouve toutefois sur la patinoire pour le premier but de l’adversaire, les Lions de Zurich.

« C’était totalement de ma faute. J’étais complètement perdu en zone défensive, se souvient-il en riant. Je suis arrivé et banc et j’étais convaincu que je ne rejouerais plus. »

Mais non, il continue de jouer son tour régulier et d’être déployé en avantage numérique. En prolongation, il est utilisé dès le départ avec l’ancien de la LNH Daniel Winnik. En confiance, il conclut cette soirée de rêve en sautant sur un retour de lancer pour donner la victoire à son équipe en prolongation.

« J’étais tellement content après le match parce que j’avais tout donné. Ça vraiment été une belle expérience. Ça m’a permis de jouer là et de voir le calibre de jeu. J’espère que j’aurai une autre chance. »

DE L’ESPOIR

L’équipe de Genève-Servette a d’ailleurs confirmé à Asselin que si son équipe de Sierre était éliminée rapidement, il serait rappelé pour s’entraîner avec la formation durant les séries.

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Il s’agirait là d’un pas de plus vers son objectif ultime de se tailler une place de joueur étranger avec une équipe de la LNA dans les prochaines années. Asselin ne se berce pas d’illusions, toutefois, puisqu’il sait pertinemment que ces places sont limitées à quatre par équipe en ce moment et qu’elles sont souvent réservées à des joueurs vedettes ayant un CV bien rempli. Par exemple, Linus Omark, Daniel Winnik, Eric Fehr et Henrik Tömmernes forment le quatuor à Genève-Servette. Les trois premiers ont joué dans la LNH tandis que Tömmernes a disputé deux saisons dans la Ligue américaine de hockey.

Malgré tout, Asselin garde espoir puisqu’il a été annoncé qu’à partir de la saison 2022-2023, le nombre de joueurs étrangers par équipe passerait de quatre à sept en Ligue nationale A. Comme par hasard, il sera libre comme l’air à partir de ce moment puisqu’il lui reste une autre année de contrat avec le HC Sierre, en deuxième division.

« Les astres sont alignées et je me dis pourquoi pas ? Je suis pas mal sûr que je serais capable de jouer dans cette ligue. Il faudra que j’aille une autre bonne année l’an prochain à Sierre et ensuite, il faudra que mon agent travaille fort (rire) ! ».

Après avoir récolté 53 points en 43 matchs l’an dernier, Asselin en compte actuellement 55 en 36 parties depuis le début de la saison.

Ah ! Et si pendant tout ce temps vous vous demandiez pourquoi le petit William était finalement né le 3 février : malgré deux provocations, il a mis deux semaines avant de se pointer le bout du nez, par césarienne.

Et tout le monde va bien. 

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