Outaouais: Des infirmières écœurées par leurs conditions de travail

Jadrino Huot
Des infirmières de l’Outaouais sont toujours sous le choc après l’imposition, mercredi, d’un décret ministériel par les autorités de santé régionales les forçant à travailler à temps plein.
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«Depuis l’annonce, je suis complètement bouleversée. Je n’ai pas passé une journée sans pleurer ou trembler, c’est inhumain», nous a confié l’une d’entre elles, sous le couvert de l’anonymat.
Elles étaient plus d’une centaine à manifester, vendredi, devant les hôpitaux de Hull et de Gatineau contre cette décision prise par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO).
«C’est une mesure de trop! L’employeur nie que nous avons une vie en dehors du travail. C’est dégoûtant!» s’est exclamée pour sa part Loudia Ghars, criant à l’injustice après tous les efforts investis par le personnel depuis le début de la pandémie.

Démissions
«J’adore mon métier, mais pas dans de telles conditions. C’est de la dictature!» a mentionné Marie-Ève Delisle, une mère de quatre enfants, tous âgés de moins de dix ans, qui s’est fait offrir par son gestionnaire de démissionner ou de prendre un congé de maladie si elle ne souhaitait pas travailler à temps plein.
Plusieurs infirmières interrogées par l’Agence QMI ont évoqué l’idée de démissionner, de poser leur candidature à Ottawa, où prévalent de meilleures conditions de travail, ou de retourner aux études en réaction à cette annonce, en raison de craintes pour leur santé mentale.
«Je ne me vois pas donner des soins à des patients quand je ne me sens pas bien moi-même», a illustré notre première intervenante.
«J’ai déjà postulé pour des postes à l’extérieur [de l’organisation]. Le CISSSO ne crée pas de sentiment d’appartenance, c’est fâchant!» a admis Michelle, elle qui a préféré taire son nom de famille par crainte de représailles.

Sanctions
Aux dires de l’employeur, seules quatre des 261 infirmières à son emploi ont refusé de se plier aux nouvelles directives.
«Nous n’avons pas encore exploré le recours à des sanctions. Nous préférons miser sur la collaboration de tous», a évoqué la présidente-directrice générale adjointe du CISSSO, France Dumont. «Ce sont des mesures drastiques qui ne sont faciles pour personne», a-t-elle ajouté.
La pénurie d’infirmières est criante en Outaouais avec de 200 à 300 postes vacants. En plus de cette rareté de main-d’œuvre, 41 employés du CISSSO sont présentement atteints du virus et jusqu’à une cinquantaine d’hospitalisations ont été enregistrées cette semaine au même moment à l’unité COVID-19 de l’Hôpital de Hull.