Des internautes découvrent facilement des informations caviardées des dossiers Epstein


Sarah-Florence Benjamin
Certains des documents en lien avec l’affaire Epstein mis en ligne par le département américain de la Justice mardi dernier semblent avoir été caviardés à la hâte, si on en croit la facilité avec laquelle les internautes ont pu y découvrir des informations censées être censurées.
Il est possible de découvrir ce qui se cache sous les traits noirs de caviardage de plusieurs documents des dossiers Epstein simplement en les copiant et en les collant dans un autre fichier.
D’autres fichiers ont pu être «décaviardés» par de simples procédés sur des logiciels de graphisme comme Photoshop ou Adobe Illustrator.
Ces versions non censurées se sont alors mises à circuler sur les réseaux sociaux.

C’est notamment le cas de documents de la Cour relatifs à une affaire civile de 2021 opposant les iles Vierges des États-Unis à deux exécutants de la succession d’Epstein. Des informations sur la manière dont le financier déchu et ses complices avaient facilité l’abus sexuel d’enfants avaient été censurées.
The Guardian rapporte qu’une des sections caviardées contient le passage suivant : «Entre septembre 2015 et juin 2019, Indyke [Darren K. Indyke, avocat et un des deux exécutants accusés au civil] a autorisé plus de 400 000 dollars en paiement à de jeunes mannequins et actrices, dont une ancienne mannequin russe qui a reçu plus de 380 000 dollars sous forme de versements mensuels de 8 333 dollars effectués sur une période de plus de trois ans et demi jusqu’au milieu de l’année 2019.»
Le document révèle également qu’Indyke aurait signé un chèque à l’intention d’un avocat en immigration qui serait impliqué dans plusieurs cas de mariages forcés impliquant des victimes de Jeffrey Epstein.
Ce procès s’est soldé en 2022 avec un règlement de plus de 100 millions de dollars américains ainsi que la moitié des profits dégagés par la vente de la fameuse ile où Epstein aurait commis une bonne partie de ses crimes. Cependant, ce règlement n’impliquait pas une reconnaissance de responsabilité de la part de la succession d’Epstein.
D’autres sections font état des techniques utilisées pour camoufler les nombreux abus de l’ex-financier comme payer les victimes en échange de leur silence, les menacer physiquement ou de divulgation d’informations compromettantes ou ordonner à des témoins de détruire des preuves.
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Caviardage douteux
Selon le Epstein Files Transparency Act, entériné par le département de la Justice le mois dernier, le gouvernement américain se réserve le droit de caviarder certains passages pour protéger l’identité des victimes ou pour ne pas mettre en péril une enquête fédérale.
La loi stipule qu’aucun document ne devrait être censuré pour des raisons «d’embarras, d’atteinte à la réputation ou de sensibilité politique». Il est cependant difficile de dire dans quelle mesure les sections caviardées dans le cas des iles Vierges américaines c Indyke et Khan l’ont été en concordance avec les critères de la loi.
«Les seules modifications apportées aux documents sont celles requises par la loi — point final», a pourtant déclaré le procureur général adjoint des États-Unis la semaine passée.
Pas de lien avec Donald Trump
Aucun des passages découverts par les astucieux internautes ne semble impliquer le président Donald Trump.
Ce dernier est mentionné dans plusieurs passages des documents nouvellement rendus publics, sans que son nom soit caviardé, dont une lettre de Jeffrey Epstein à l’ex-médecin de l’équipe américaine de gymnastique Larry Nassar.

Dans une publication sur leur compte X , le groupe Anonymous avance qu’il est possible de chercher le nom de Donald Trump dans les documents en ajoutant un espace après le nom pour trouver plus de résultats. Le groupe de pirates anonymes affirme que c’est le signe qu’on a tenté de bloquer le nom du président de certaines tentatives de recherches.
The Epstein files on the DOJ website allow you to highlight the redacted text, copy it, and paste it into another document, which reveals what was hidden. You can also press Ctrl+F and search for “Trump ” (with a space) to see his name appear more than 600 times. #OpDeathEaters pic.twitter.com/bLi1eU1QOB
— Anonymous (@OpDeathEaters) December 23, 2025
En date d’aujourd’hui, cette différence dans les recherches sur le site du département de la Justice semble avoir été corrigée.
Avec les informations du New York Times et The Guardian