269 contraventions lors d'une manifestation anti-vaccin à Montréal, les experts inquiets
Des experts rappellent l’importance du vaccin en marge d’une manifestation complotiste

Camille Lalancette et Anne-Sophie Poiré
La manifestation qui a réuni des milliers de militants complotistes antivaccins, dimanche, à Montréal, inquiète des experts qui réitèrent l’importance de la vaccination pour en finir une fois pour toutes avec la COVID-19.
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«Le vaccin est le seul outil qui soit vraiment efficace pour stopper le virus et qui va nous faire gagner la bataille contre la COVID à moyen terme», fait valoir le Dr Karl Weiss, microbiologiste et spécialiste en maladies infectieuses à l’Hôpital général juif, à Montréal.
Les chiffres compilés depuis deux semaines donnent des sueurs froides. Dimanche, le Québec a établi un record de nouvelles infections avec 2146 tests positifs sur son territoire en 24 heures.
De plus, 21 décès ont été déplorés par la Santé publique, tandis qu’au chapitre des hospitalisations, 1010 lits sont occupés par des patients atteints par la COVID-19. Là-dessus, 146 sont en soins intensifs.
Des données qui ne parviennent pas à rejoindre les complotistes. Devant les bureaux du premier ministre François Legault sur la rue Sherbrooke, on trouvait autant des familles que des personnes âgées.
Les affiches conspirationnistes et les drapeaux en appui à Donald Trump étaient bien en vue.
269 contraventions

La police est intervenue avant même le début de la marche pacifique. En tout, 269 contraventions ont été distribuées à ceux qui refusaient de porter un masque ou de respecter la distanciation sociale.
Les participants à ce «méga rassemblement» n’ont pas hésité à qualifier les mesures sanitaires de «dictature», pour finalement s’agglutiner au parc La Fontaine afin d’assister aux discours de figures importantes du mouvement, telles que l’actrice Lucie Laurier et «le policier du peuple», Maxime Ouimet.
Ils exigent entre autres la fin de l’urgence sanitaire et l’administration des vaccins avec le consentement «libre et éclairé» de ceux qui les reçoivent.
«Les gens sont méfiants parce qu’il y a une incompréhension du processus de développement d’un vaccin. [...] Ça nourrit de fausses craintes dans la population», résume Kévin L’Espérance, épidémiologiste et biochimiste, étudiant au doctorat en santé publique au CHUM.

Aucun danger
«On sait que ce vaccin diminue les complications sévères de la maladie qu’on ne peut pas prévoir même si des gens sont plus à risque. Et on sait qu’il est essentiel pour décharger le système de santé», explique M. L’Espérance.
«Une fois qu’une proportion élevée de la population sera vaccinée [environ 70%], on sera capable d’envisager un retour à une ère pré-COVID», précise quant à lui le Dr Weiss.
Les experts insistent: le vaccin contre la COVID-19 approuvé par Santé Canada ne comporte aucun danger.
«Non, il ne modifie pas le code génétique. Non, ses effets secondaires ne sont pas mortels. Et non, il n’a pas été développé trop vite», martèle M. L’Espérance.
«C’est la première fois qu’on réussit avec succès à créer un vaccin contre un coronavirus. Cependant, des vaccins contre le SARS-CoV-1 (2002-2003) et le MERS (2012) sont à l’étude depuis longtemps. Les chercheurs ont construit les fameux vaccins à ARN (Pfizer-BioNTech et Moderna), en s’appuyant sur des bases déjà existantes», détaille l’expert.
«Les vaccins à ARN ne sont donc pas un concept nouveau et précipité», poursuit-il.