Embauche de profs non qualifiés: des enseignants lancent le mouvement «Affiche ton diplôme»
Les enseignants qualifiés veulent se faire plus visibles en réaction au recrutement d'enseignants non diplômés

Daphnée Dion-Viens
En réaction à l’embauche d'enseignants non légalement qualifiés, des enseignants afficheront leur diplôme bien en vue dans leur classe à la rentrée, pour faire valoir leur expertise.
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Darina Bilodeau, enseignante de la région de Québec, est l’initiatrice du mouvement «Affiche ton diplôme». Le mot d’ordre circule depuis quelques jours dans des groupes d’enseignants sur les réseaux sociaux. Plusieurs centaines d'enseignants ont déjà indiqué qu’ils iront de l’avant, indique Mme Bilodeau.
«On invite tous les enseignants qualifiés à afficher leur diplôme en classe, au même titre que le font les dentistes ou les comptables, pour montrer qu’on a fait des études et qu’on sait comment enseigner», affirme-t-elle.
Ce sont les propos du ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, qui sont à l’origine de cette initiative, explique-t-elle. La semaine dernière, il a affirmé qu’il y aurait «beaucoup» d’enseignants non qualifiés dans les classes à la rentrée, disant espérer à tout le moins un «adulte» dans chaque classe.
La semaine dernière, il y avait environ 5000 postes d’enseignants vacants pour la rentrée, soit trois fois plus qu’à pareille date l’an dernier, selon un sondage réalisé auprès de directions d’école.
Le mouvement «Affiche ton diplôme» a rapidement fait boule de neige. Dans plusieurs écoles, presque tous les enseignants y adhèrent, indique Mme Bilodeau.
«On n’accepterait jamais des gens non diplômés dans d’autres corps d’emploi, pourquoi on le fait en enseignement?», lance Julie Lajoie, une autre enseignante de la région de Québec qui participe à l’initiative.
- Écoutez l'entrevue avec Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement au micro d’Alexandre Dubé via QUB radio :
Valoriser la profession
Les enseignantes rencontrées par Le Journal lundi tiennent à préciser que ce geste vise avant tout à valoriser leur propre formation, plutôt qu’à dénigrer les gens non diplômés qui viendront prêter main-forte dans les écoles à la rentrée.
«Je n’affiche pas mon diplôme contre eux, je l’affiche pour moi», résume Mme Bilodeau.
Ce mouvement pourrait aussi inciter des parents à poser davantage de questions concernant les qualifications des enseignants de leur enfant cette année (voir autre texte plus bas).
Des diplômés à courtiser
Le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, devrait de son côté faire plus d’efforts pour courtiser les enseignants diplômés qui ont quitté la profession, affirme l’enseignante Marie-Claude Tardif, qui a aussi fait encadrer son diplôme.
«Il y a des centaines et des centaines d’enseignants diplômés au Québec qui ne sont pas dans les écoles parce qu’ils se sont réorientés, mais qui aimeraient revenir si les conditions de travail n’étaient pas si exécrables, dit-elle. Le défi du ministre, il est là.»
Enseignants qualifiés ou non? Les parents ont le droit de savoir
Les parents qui veulent savoir si l’enseignant dans la classe de leur enfant est qualifié devraient pouvoir obtenir une réponse à ce sujet de la part de leur direction d’école.
Au cours des derniers jours, des parents préoccupés par la pénurie d’enseignants ont interpellé Le Journal, se demandant si les écoles vont informer les parents de la présence d’un enseignant non qualifié en classe.
- Écoutez l'entrevue de Jean-François Baril avec Bernard Drainville, ministre de l'Éducation via QUB radio :
À la Fédération des centres de services scolaires du Québec, la porte-parole Catherine Roy indique qu’il n’y a pas de directive nationale ou commune à ce sujet, les façons de faire peuvent varier d’une école à l’autre.
Il est donc peu probable que des parents reçoivent un courriel les informant d’emblée que l’enseignant de leur enfant n’a pas son brevet d’enseignement.
Les parents peuvent toutefois poser des questions à ce sujet auprès de l’enseignant, lors de la rencontre annuelle à la rentrée au primaire, ou auprès de la direction.
«En appelant la direction de son école, le parent peut s’attendre à recevoir cette information», indique Mme Roy.
À la Fédération des comités de parents, on confirme que l’inquiétude est grande, à l’approche de la rentrée.
«Chaque parent souhaite avoir la personne la plus qualifiée pour offrir le meilleur enseignement possible à son enfant, c’est tout à fait légitime d’avoir ces attentes-là. Mais on est confronté à quelque chose de majeur», affirme sa présidente, Mélanie Laviolette.
Dans le réseau scolaire, on craint toutefois que de telles réponses poussent des parents à réclamer encore plus de changements de groupe pour leur enfant, alors que ce type de requête est déjà difficile à gérer en début d’année, selon des directions d’école.
De son côté, Mme Laviolette estime que le mouvement «Affiche ton diplôme» est une «belle initiative» pour valoriser la profession, mais met aussi en garde contre le risque de créer «deux classes d’enseignants».
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