Guerre en Ukraine: dire que Poutine fait attention pour éviter les pertes civiles...
La Russie persiste à soutenir qu’elle ménage ses tirs pour épargner les citoyens ukrainiens


Roxane Trudel
La Russie continue de présenter son échec à s’emparer de l’Ukraine comme un acte de retenue pour éviter les pertes civiles, alors qu’elle n’est tout simplement pas en position de mener un assaut décisif, estime un expert.
• À lire aussi - [EN DIRECT] 20e jour de guerre en Ukraine: voici tous les derniers développements
• À lire aussi - Nouvelles frappes sur Kyïv et d’autres villes d’Ukraine avant la reprise de pourparlers
« Il y a de sérieuses lacunes dans les plans militaires russes. Je pense qu’ils n’étaient pas préparés à prendre possession de ces villes, a expliqué Charles-Philippe David, fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. La résistance ukrainienne a eu le temps d’ériger des positions de défense. »
Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a assuré hier que Vladimir Poutine avait jusqu’ici ordonné à ses troupes « de ne pas lancer un assaut rapide sur les grands centres urbains ».
Mais la situation pourrait changer, puisque la Russie « n’exclut pas la possibilité de prendre le contrôle total des grandes villes déjà encerclées », a-t-il prévenu en laissant présager un assaut majeur.

Sauf que c’est un discours « à prendre avec un énorme grain de sel », a réagi M. David.
Attaques à l’aveugle
Il s’attend à ce que Moscou poursuive ses attaques à l’aveugle et continue de bloquer l’accès aux vivres, pour espérer faire tomber la résistance à l’usure. Mais cela implique bien des pertes civiles, craint-il.
Il croit que les renforts attendus par la Russie serviront davantage à renouveler les troupes qu’à préparer un assaut.
À ce sujet, les tensions continuent de grandir entre la Chine et la Maison-Blanche, qui juge « profondément préoccupante » sa position « d’alignement avec la Russie » face à la guerre en Ukraine, a fait savoir hier une haute responsable, après une rencontre à haut niveau à Rome.
« Nous regardons de très près dans quelle mesure la Chine ou tout autre pays fournit une assistance à la Russie, a ajouté le porte-parole du département d’État Ned Price. Nous avons fait savoir très clairement à Pékin que nous ne resterions pas sans rien faire. »
Que des perdants
L’impact du conflit sur les Ukrainiens a d’ailleurs « atteint des proportions terrifiantes », a déploré hier le secrétaire général des Nations unies, António Guterres.
« À chaque heure qui passe, deux choses deviennent de plus en plus claires : la situation ne cesse de s’aggraver [et] quel que soit le résultat, cette guerre n’aura pas de gagnants, que des perdants », a-t-il ajouté.
Encore hier, plusieurs zones résidentielles ont été touchées par des frappes brutales. Très tôt en matinée, un missile a notamment frappé un immeuble résidentiel dans le nord de Kyïv, à la surprise de ses résidents qui ne s’attendaient pas à être la cible d’une frappe. Au moins deux personnes ont perdu la vie et une douzaine de personnes ont été blessées.
« Il n’y a pas de cible militaire près de nous. On ne pensait pas que nous serions nous-mêmes des cibles, a confié au New York Times Yuriy Yurchik, 30 ans. J’ai regardé dehors et la partie gauche du bâtiment était en feu. Sur le sol, des gens couraient et criaient. »
Une nouvelle session de pourparlers « difficiles » a d’ailleurs débuté hier et doit se poursuivre aujourd’hui entre Moscou et Kyïv, a indiqué le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, hier.
– Avec l’AFP