Duclos se méfie d’O’Toole, dont les idées datent d’un «autre siècle»


Antoine Robitaille
Placide : c’est le mot qui me vient habituellement lorsque je pense à Jean-Yves Duclos.
Et dans la Brûlerie Saint-Jean, sur la rue du même nom, le président du Conseil du Trésor fédéral, candidat sortant dans Québec, évite placidement ma première question : « Le contrat qu’Erin O’Toole propose aux Québécois, le signeriez-vous ? »
Entre Québec et Ottawa, affirme alors l’universitaire, « c’est plus qu’un contrat, c’est une collaboration entre les deux niveaux de gouvernement ». Le « partenariat » dont parle le chef conservateur existerait déjà. À preuve, la politique nationale du logement. Mais aussi les « services de garde éducatifs », pour lesquels Ottawa verserait 6 milliards $ au Québec.
Le 3e lien
M. Duclos se montre moins placide après quelques questions sur le fameux projet de tunnel Québec-Lévis du gouvernement Legault et pour lequel ce dernier réclame un financement fédéral à hauteur de 40 % des coûts (toujours inconnus).
Mercredi, les conservateurs s’engageaient à accepter la demande de Québec.
« Je suis rarement partisan, mais parfois il y a des choses qui me choquent, me frustrent », lâche Duclos.
À ses yeux, les conservateurs ont la mauvaise habitude d’appuyer des projets « sans même les avoir étudiés ou regardés ».
- Laurentia, plan d’agrandissement majeur du Port de Québec : ils « l’approuvaient même avant que l’agence d’évaluation environnementale [NB : qui l’a finalement rejeté] l’ait analysé », déplore-t-il.
- Énergie Est, « qui aurait fait passer un pipeline à travers Québec ». Les bleus « étaient tout à fait d’accord sans même avoir évalué les impacts environnementaux et sociaux ! »
- L’amphithéâtre de Québec ? Les conservateurs ont aussi soutenu qu’ils appuieraient sa construction : « Ils s’étaient déguisés en chandail des Nordiques », mais une fois au pouvoir... « zéro cent ».
Écoutez l'entrevue d'Antoine Robitaille avec Jean-Yves Duclos sur QUB radio:
Pas d’autoroute
« Zéro cent » fédéral, on le sent, c’est tout ce que mérite, selon Duclos, le « troisième lien » de François Legault.
Lorsqu’on lui parle de ce projet, il donne dans la restriction mentale – un peu comme le Bloc : le gouvernement du Québec « a le droit de mettre en place les projets qu’il veut », répète-t-il.
Mais au passage, il mentionne que la « planète brûle » : « Nous, notre priorité, c’est la protection de l’environnement et de la santé des gens. » Il précise enfin : le fédéral ne finance pas de nouvelles autoroutes, « certainement pas dans un milieu fragile comme le centre-ville de Québec », déjà « dévasté, éventré par les bretelles ».
Autre siècle
La placidité de M. Duclos disparaît totalement lorsqu’il est questionné sur la profession de foi « pro-choix » d’O’Toole. « Non, je ne le crois pas et je ne crois pas les partisans de son parti. » En mai, à ses dires, en mettant en avant un projet de loi contre les avortements sexo-sélectifs, appuyé par les trois quarts des députés, les conservateurs ont « voté pour empêcher les femmes de se faire avorter de manière sécuritaire. Ça, c’est très inquiétant ».
Duclos pourfend ensuite la volonté conservatrice d’annuler le transfert au Québec de 6 milliards de $ pour les services de garde. « C’est de l’argent qui est volé aux familles québécoises pour des fins idéologiques ».
O’Toole aurait « une vision de la réalité et de la femme qui date d’au moins 25 ans : les femmes à la maison si elles le veulent et si elles n’ont pas le choix, ce n’est pas plus grave que ça » ! Les membres du parti conservateur, ce serait encore pire : leur « vision de la réalité parentale et de la réalité des femmes en particulier [...] date d’un autre siècle. Eux autres, c’est les femmes à la maison et les hommes qui travaillent ».