Duhaime invite les anglophones à voter conservateur pour faire respecter leurs droits historiques

Gabriel Côté

2022-09-06T15:52:32Z
2022-09-06T19:35:04Z

MONTRÉAL | Éric Duhaime invite les anglophones «à faire valoir leur rapport de force» et à faire respecter leurs droits historiques en votant conservateur. Au pouvoir, il se débarrasserait de la loi 96, sous prétexte qu'elle divise les Québécois.

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Dans un discours bilingue devant l’Institut du courtage et de la finance à Montréal, le chef conservateur s’est dit en désaccord avec la dérogation de la loi 96 à 38 articles de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. 

Il estime par ailleurs que cette loi envoie un «mauvais signal» et qu’elle est devenue un symbole de «désunion et de division», même s’il n’est pas contre l’ensemble des dispositions qu’elle contient.  

«On veut repartir sur de nouvelles bases. Il y a quelques années, Claire Samson a déjà déposé un rapport sur la francisation des immigrants, dont des éléments se trouvent en partie dans la loi 96 et qu’on voudrait récupérer», a-t-il déclaré, derrière une petite affiche en anglais où on pouvait lire : «Bill 96». 

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Une fois au pouvoir, les conservateurs déposeraient notamment un projet de loi inspiré de ce rapport, a dit Éric Duhaime, sans préciser ce que contiendrait cette pièce législative.   

Voulant à la fois protéger le français et respecter les droits historiques de la communauté anglophone, il propose pour l’instant de rapatrier les pleins pouvoirs en immigration du gouvernement fédéral, en plus de «répudier la loi 96». 

Éric Duhaime a réitéré son opposition au projet de loi 96 à l'Institut de courtage à Montréal, le mardi 6 septembre 2022.
Éric Duhaime a réitéré son opposition au projet de loi 96 à l'Institut de courtage à Montréal, le mardi 6 septembre 2022. Photo Gabriel Côté

Comme il juge que le déclin du français est attribuable à l’échec par la majorité francophone à bien intégrer les nouveaux arrivants, Éric Duhaime veut sélectionner les immigrants qui ont une meilleure disposition ou «une volonté plus grande» à apprendre le français. Il souhaite également améliorer les mesures en place pour l’apprentissage du français.  

Selon le chef conservateur, il s’agit là d’une forme de «nationalisme qui se veut positif et inclusif», qui pourrait choquer «autant du côté anglophone que du côté francophone». Mais c’est une position qu’il serait nécessaire d’adopter, au gré du «changement de paradigme» qui serait en train de s’opérer sur la scène politique québécoise, alors que la question de l’indépendance est de moins en moins celle qui structure les débats entre les différents partis, croit Éric Duhaime. 

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Il appelle donc les anglophones à grossir les rangs du Parti conservateur du Québec, sous prétexte qu’il serait la meilleure option pour défendre leurs droits historiques dans ce nouveau contexte.  

«Vous avez été les otages trop longtemps du Parti libéral du Québec, un parti qui vous a tenu pour acquis [...], et de l’autre côté une CAQ qui ne vous écoute pas et qui ne vous entend pas», a-t-il déclaré.

En réaction à la sortie d’Éric Duhaime, le député péquiste Pascal Bérubé a invité les nationalistes québécois à quitter le Parti conservateur sur Twitter.  

«Si vous êtes un nationaliste québécois pour qui l’avenir du français est important, sortez de là, écrit-il. Le Parti conservateur souhaite remplacer le Parti libéral dans le West Island.»

De son côté, la cheffe libérale n’a pas voulu attaquer Éric Duhaime, se contentant de dire que sa propre formation a été «claire» sur le projet de loi 96. 

«On est la seule formation politique qui a à la fois voté contre le projet de loi 21 et contre le projet de loi 96. Pourquoi? Parce que ça allait trop loin, pour des questions de principe et par rapport à la clause nonobstant», a-t-elle dit. Elle estime que les anglophones qui sont séduits par Éric Duhaime vont rapidement comprendre «ses positions par rapport à différents sujets» et qu’ils se reconnaîtront finalement dans les valeurs libérales. 

Duhaime et la loi 101 au cégep 

Le chef conservateur ne pense pas qu’il faut étendre la loi 101 au cégep, et contraindre les anglophones de fréquenter un établissement collégial où la langue d’enseignement est le français.  

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«Moi, ce que j’aimerais comme premier ministre, c’est de façon incitative, pas coercitive, attirer davantage d’anglophones dans nos cégeps et nos universités francophones», a-t-il déclaré 

Pour ce faire, Éric Duhaime veut démontrer aux anglophones l’avantage que représente pour eux l’apprentissage du français. 

«Aux niveaux primaires et secondaires, les anglophones apprennent déjà le français à un niveau record. Il faudrait transposer ça aussi dans nos établissements d’enseignement supérieur, on voudrait attirer davantage d’anglophones et leur faire comprendre que de bien parfaitement maitriser les deux langues, c’est une richesse incroyable pour eux et pour leur carrière future», a conclu le chef du PCQ.

« J’en reviens pas, a réagi le chef caquiste François Legault en marge d'une annonce sur le décrochage scolaire à Trois-Rivières. Écoutez, on a eu des chiffres inquiétants qui nous disaient qu’il y a un déclin du français, et là, Monsieur Parti conservateur du Québec nous dit qu’il veut abroger la loi 96 pour renforcer le français... Puis il n’a aucun moyen à proposer pour arrêter le déclin du français? »

Avec la collaboration de Nicolas Lachance

Duhaime à la rencontre des anglophones 

Éric Duhaime répondant aux questions des membres du Quebec Community Groups Network en visioconférence mardi soir.
Éric Duhaime répondant aux questions des membres du Quebec Community Groups Network en visioconférence mardi soir. Capture d'écran

MONTRÉAL | Les conservateurs ouvriraient-ils un débat sur la loi 101 ? Imposeraient-ils des quotas pour qu’il y ait plus de fonctionnaires anglophones ? Voilà le genre de questions que les membres du Quebec Community Groups Network (QCGN) avaient pour Éric Duhaime.

Le chef du Parti conservateur du Québec a participé mardi soir à une réunion virtuelle de l’organisme œuvrant pour le développement de la vitalité de la minorité anglophone dans la province. 

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Éric Duhaime a expliqué aux membres du QCGN que ses parents l’ont envoyé à la maternelle en anglais. «Ils ne parlaient pas anglais, ils voulaient m’offrir ce qu’il y avait de mieux, et ils comprenaient que le bilinguisme est une richesse», a-t-il déclaré dans la langue de Shakespeare.  

Puis, après une courte présentation pendant laquelle il a réaffirmé son opposition à la loi 96 et sa promesse de l’abroger s’il est porté au pouvoir, Éric Duhaime a répondu aux questions des membres du QCGN.  

Que feraient les conservateurs dans le dossier de l’agrandissement du collège Dawson ? Ils financeraient également l’ensemble des établissements scolaires, peu importe qu’ils soient francophones ou anglophones, a répondu le chef conservateur.  

Un gouvernement conservateur abrogerait-il la loi 21 ? Non, car une majorité de Québécois y est favorable, a dit Éric Duhaime, sans dire que son parti est en faveur de la neutralité de l’État. Et sur les questions de ce genre, il laisserait ses députés voter selon la volonté des citoyens qu’ils représentent, a-t-il également assuré.  

Les conservateurs rouvriraient-ils le débat sur la loi 101 ? Non, car c’est le genre de chose qui raviveraient de vieilles chicanes, a rétorqué le chef du PCQ. 

Les conservateurs sont-ils ouvert à fixer des quotas pour qu’il y ait plus de fonctionnaires anglophones ? Non plus, a dit l’ancien animateur de radio, car il n’est pas impossible que la sous-représentation des anglophones ne soit pas le fruit d’une discrimination systémique, mais simplement d’un état de fait : le siège de la fonction publique québécoise se trouve à Québec où il y a moins d’anglophones qu’à Montréal. 

Ce fut également l’occasion pour lui de présenter les principaux éléments de sa plateforme électorale, rappelant successivement sa proposition de faire plus de place au privé dans le système de santé et son projet d’exploiter les hydrocarbures.  

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