Éduquons, qu'ils disaient... Eh, du con, j'entends

Photo Agence QMI, JOEL LEMAY
Photo portrait de Sylvain Dancause

Sylvain Dancause

2023-11-15T21:46:10Z

Comme vieux prof, je fais un très bon salaire. Au top de l’échelle actuelle, c’est 92 027 $. 

Selon les chiffres de Revenu Québec, je me retrouve parmi les particuliers ayant un revenu entre 70 000 et 99 999 $, soit 13 % de la population.

Et quelle est la proportion des contribuables ayant déclaré plus de 100 000 $ ? 

10,5 %. 

C’est donc dire que les trois quarts des Québécois font moins de 70 000 $.

Malheureusement, dans la négociation actuelle, on entend parler que d’argent. Le boss aurait pu facilement éviter le mélodrame. Il n’avait qu’à proposer une indexation des salaires.

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Amateur

Si le gouvernement Legault était le directeur général d’une équipe sportive, le propriétaire du club l’aurait déjà sacré dehors pour au moins deux décisions atroces.

La première fut la bonification de 52 859 $/année octroyée à ses 125 joueurs vedettes. Même si la dépense n’est rien pour défoncer le plafond salarial - il serait possible de donner un gros 65 $/année à tous les enseignants avec la somme totale - l’augmentation consentie a frappé l’imaginaire collectif.

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Le problème, c’est que le DG a délié les cordons de sa bourse au moment où il devait négocier avec tous les autres joueurs de son équipe. 

Une grave erreur de timing.

On croyait que le DG avait saisi l’ampleur de sa bourde.

Il semble que non.

Après quelques semaines à répéter «on n’a pas d’argent pour...» et «on n’a pas d’argent parce que...», le DG a décidé de dépenser entre 5 et 7 millions de dollars pour inviter des multimillionnaires de Los Angeles à pousser la puck au Centre Vidéotron.

En termes de timing, le proprio dirait que son DG est mauvais en crisse.

Pari risqué

Quand je vois la grève illimitée qui s’en vient, j’ai l’impression que le gouvernement va nous saigner comme des cochons. Chaque jour de grève risque de pousser davantage l'opinion publique vers l'argumentaire du gouvernement, qui a donc tout intérêt à laisser traîner les choses.

Cette négociation devait ENFIN se concentrer sur les nombreux facteurs liés aux conditions de travail qui permettent de retenir et d’attirer des enseignants qualifiés. Parmi ceux-ci, la composition des groupes dits réguliers arrivait au sommet de la liste des priorités (ici).

Je crois qu’on sera déçu. 

Encore une fois. 

Ma dernière fois.

Le dernier débrayage remonte à 2015. À l’époque, un chroniqueur avait publié un torchon pour varloper les enseignants du public. Je le cite: «Vous savez pourquoi beaucoup de parents s’endettent ou se tuent à l’ouvrage pour payer l’école privée à leurs enfants? Parce que nos enfants ne s’y feront pas écœurer par des revendications syndicales.»

J’aurais dû l’écouter et envoyer mon CV dans une école privée. 

Aujourd’hui, l’enjeu de la composition de la classe me passerait dix pieds par-dessus la tête et je pourrais obtenir une augmentation salariale grâce à l’application d’une clause remorque à cause de la grève des écœurants.

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