Effet de Trump dans nos assiettes: tarifs et incertitude au menu

Une grand-messe de l’industrie agroalimentaire s’est déroulée lundi pour mettre la table sur le choc à venir

MEGA/WENN
Photo portrait de Francis Halin

Francis Halin

2026-01-27T05:00:00Z

Des poids lourds de l’industrie alimentaire s’inquiètent de l’impact des décisions du président Donald Trump, qui vient toucher jusqu’au contenu de nos assiettes.

Lundi midi, des centaines de personnes se sont réunies au Fairmont Le Reine Elizabeth, au centre‐ville de Montréal, pour un panel sur l’agroalimentaire.

Le PDG d’Aliments Nortera, Hugo Boisvert, la PDG de Financement agricole Canada, Justine Hendricks, et le chef de la direction du Groupe Nutri, Sébastien Léveillé, ont échangé au Cercle canadien de Montréal.

En marge de ces discussions, la présidence imprévisible de Trump était sur toutes les lèvres. Le Journal s’est entretenu avec des acteurs importants du secteur.

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Prix des aliments: «Je suis inquiet», reconnaît Jean Gattuso

Jean Gattuso, ex-PDG de Lassonde, figure importante du Québec Inc. Le Journal l’a interrogé sur la hausse du prix des aliments, au Cercle canadien, au Fairmont, le 26 janvier 2026, à Montréal.
Jean Gattuso, ex-PDG de Lassonde, figure importante du Québec Inc. Le Journal l’a interrogé sur la hausse du prix des aliments, au Cercle canadien, au Fairmont, le 26 janvier 2026, à Montréal. Photo Francis Halin

Figure importante du Québec Inc., Jean Gattuso affirme que les gens d’affaires réussiront à s’adapter. «Je ne connais pas de fleuve tranquille», philosophe-t-il.

L’ex-PDG de Lassonde se montre cependant préoccupé par la hausse du prix des aliments, qui gruge le portefeuille des Québécois.

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«Je suis inquiet au niveau des prix de l’alimentation. Les manufacturiers font tout pour maintenir cela bas, mais les poussées inflationnistes sont là», analyse-t-il.

La semaine dernière, Le Journal rapportait une hausse marquée des prix – café et thé +26 %, sucre +18 %, bœuf +17 % – forçant les Québécois à chasser les aubaines.

D’après Jean Gattuso, l’effet Trump et la variation des récoltes dues aux changements climatiques viennent jouer les trouble-fêtes.

«Quand le dollar canadien est plus faible, ça a un impact aussi sur le prix des aliments parce qu’il y a plusieurs denrées mondiales achetées en dollars US par les entreprises d’ici», observe celui qui a passé 34 ans chez Lassonde.

Du maïs de Thaïlande... dans notre pâté chinois

Pascal Forest, président des Producteurs de légumes de transformation du Québec (PLTQ). Le Journal l’a interrogé sur l'impact des tarifs de Trump, au Cercle canadien, au Fairmont, le 26 janvier 2026, à Montréal.
Pascal Forest, président des Producteurs de légumes de transformation du Québec (PLTQ). Le Journal l’a interrogé sur l'impact des tarifs de Trump, au Cercle canadien, au Fairmont, le 26 janvier 2026, à Montréal. Photo Francis Halin

Pour Pascal Forest, président des Producteurs de légumes de transformation du Québec (PLTQ), les tarifs douaniers de Trump viennent complètement chambouler le marché, surtout en raison de leurs effets dominos.

On se retrouve au Québec avec... des pois d’Égypte et du maïs en conserve de Thaïlande.

«On aura un pâté chinois en partie thaïlandais cette année», lance Pascal Forest, des PLTQ. Il craint des pertes de surfaces de production au Québec si ça continue.

«Les tarifs à l’entrée bloquent le marché américain, donc le Canada devient une destination de choix pour ces produits-là», illustre-t-il.

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C’est le cercle vicieux du dumping qui vient colorer notre assiette.

Moins les produits entrent aux États-Unis, plus ils arrivent ici en masse, et plus ils tassent nos producteurs.

Des œufs «made in USA», non merci

Sébastien Léveillé, chef de la direction (Groupe Nutri). Le Journal l’a interrogé sur les craintes de l'abandon de la gestion de l'offre pour plaire à Trump, au Cercle canadien, au Fairmont, le 26 janvier 2026, à Montréal.
Sébastien Léveillé, chef de la direction (Groupe Nutri). Le Journal l’a interrogé sur les craintes de l'abandon de la gestion de l'offre pour plaire à Trump, au Cercle canadien, au Fairmont, le 26 janvier 2026, à Montréal. Photo Francis Halin

Le numéro 1 du géant québécois des œufs, le Groupe Nutri, ne veut rien savoir des œufs «made in USA».

«Ça nous préoccupe de voir une augmentation des coûts un peu partout, mais on a une opportunité de bien nourrir les gens avec une protéine abordable», estime Sébastien Léveillé, chef de la direction du Groupe Nutri, qui emploie 550 personnes.

«On ne veut pas voir d’entreprises américaines vendre des œufs au Canada», plaide-t-il.

Avec Trump, les producteurs d’œufs craignent de voir la gestion de l’offre passer au couperet.

Les œufs ne coûteraient-ils pas moins cher s’il y avait de la compétition des États-Unis? Pas du tout, répond le grand patron du Groupe Nutri.

«Le prix des œufs aux États-Unis a été de deux à trois fois plus cher qu’au Canada», conclut-il.

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