«Elles ne peuvent plus me toucher»: une élève de 14 ans battue à la sortie des classes témoigne de l’intimidation qu’elle vit

La famille compte poursuivre l’école et les parents des élèves impliqués dans l’attaque

Photo Agence QMI, JOËL LEMAY
Photo portrait de Dominique  Scali

Dominique Scali

2024-06-13T04:00:00Z

Des parents de Lanaudière comptent poursuivre l’école secondaire où leur fille de 14 ans s’est fait rouer de coups par des élèves à la sortie des classes en mars, après des années d’intimidation.

«Je veux juste qu’on comprenne que je suis tannée et qu’à un moment donné, ça va faire», lance Alexie Lajeunesse, 14 ans.

Après avoir passé l’année à aller régulièrement «pleurer dans le bureau des techniciens en éducation spécialisée», l’adolescente a décidé de témoigner à visage découvert.

«Je veux qu’elles comprennent qu’elles [les intimidatrices] ne peuvent plus me toucher.»

Le 26 mars dernier, elle a été sauvagement agressée par des élèves au débarcadère d’autobus scolaire de l’école Thérèse-Martin, à Joliette.

Elle a notamment été tirée par les cheveux, plaquée au sol et rouée de coups de poings, peut-on voir sur deux vidéos qu’a pu consulter Le Journal.

Une plainte a été déposée à la police. Deux personnes mineures font maintenant face à des accusations criminelles en lien avec cet événement, confirme-t-on au Directeur des poursuites criminelles et pénales.

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Les parents d’Alexie ont également envoyé une mise en demeure de 60 000$, en avril, à l’école, au Centre de services scolaire (CSS) des Samares et aux parents de deux élèves, une première étape avant d’intenter une poursuite civile.

Il s’agit du même CSS que dans le cas du père de Berthierville qui s’en était pris à l’intimidateur de son garçon, en février dernier.

Au moment des faits, aucun guide ou surveillant de cette école de quelque 1900 élèves ne se trouvait au débarcadère, dénonce Marie-Ève Lemire, la mère d’Alexie. C’est en fait une conductrice d’autobus qui a pris l’adolescente en charge.

«C’est une amie de ma fille qui m’a téléphoné pour me dire que ma fille était en train de se faire battre», raconte-t-elle. «Je n’en revenais pas.»

  • Écoutez la rencontre Dutrizac – Dumont via QUB :

«On jugeait mes vêtements»

Pour Alexie, cet épisode est le point culminant d’une dynamique d’intimidation qui perdure depuis qu’elle est en 5e année du primaire.

«On jugeait mes vêtements, on me traitait de salope, on m’envoyait des insultes méchantes.» Elle a parfois pris part aux mauvais comportements pour plaire à ses intimidatrices, avoue-t-elle.

Mais jamais les intervenants scolaires ne prenaient ses plaintes au sérieux, raconte-t-elle. «Les midis, je mangeais seule aux toilettes.»

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Ses notes et son humeur ont commencé à chuter au début du secondaire. Un groupe privé aurait même été créé sur les réseaux sociaux afin de l’injurier et de se moquer de son habillement, racontent ses parents.

«Aucune intervention n’a été faite [pour faire cesser l’intimidation] à l’exception de quelques rencontres», reproche-t-on dans la mise en demeure.

Pas de prise en charge

Les parents dénoncent aussi le manque de prise en charge après l’agression du 26 mars. Ils ont demandé à ce qu’Alexie change de classe, où se trouvaient plusieurs élèves qui l’intimidaient. L’école aurait refusé.

Le 2 avril, jour du retour d’Alexie à l’école, elle et son père ont attendu un bon 45 minutes près du secrétariat, racontent-ils, soulignant la présence ironique d’une affiche «tolérance zéro» envers l’intimidation.

L'école secondaire Thérèse-Martin, à Joliette.
L'école secondaire Thérèse-Martin, à Joliette. Photo Agence QMI, JOËL LEMAY

Aucune mesure n’avait été mise en place pour la réintégration d’Alexie, critiquent les parents. Aucun professeur n’avait été avisé. Certains parents d’intimidateurs n’avaient pas non plus été informés de la situation, contrairement à ce qu’on leur avait dit, indiquent-ils dans la chronologie fournie au Journal.

En classe, des élèves ont tout bonnement montré à Alexie la vidéo de sa propre agression sur leur cellulaire.

À plusieurs reprises, elle a dû quitter l’école en raison de nouvelles menaces ou de crises d’anxiété.

École à la maison

«J’ai peur chaque fois que je marche seule», avoue l’adolescente.

Depuis le 23 avril, elle est officiellement scolarisée à la maison.

  • Écoutez le segment LCN de Sophie Durocher via QUB :

«Ce qu’on veut, c’est qu’il y ait une prise de conscience de l’école, mais aussi des parents [des jeunes intimidateurs]», dit Mme Lemire.

Au moment de publier, l’école Thérèse-Martin n’avait pas répondu à notre demande. De son côté, le CSS des Samares confirme avoir reçu la mise en demeure et affirme avoir agi «promptement et avec diligence», indique par courriel Hélène Duchaine, directrice adjointe du service des communications.

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