Épidémies de chenilles au Québec: les changements climatiques pourraient les multiplier

Gabriel Beauchemin
Vous avez certainement vu plusieurs de ces chenilles en train de grignoter patiemment une feuille ou tenter de traverser la rue. Leur nombre a explosé ce printemps et les changements climatiques pourraient les multiplier encore davantage.
Près du parc du Mont-Royal et dans certaines régions du Québec, comme aux parcs du Mont-Saint-Bruno ou du Mont-Saint-Hilaire, les chenilles spongieuses ont envahi les paysages. Une simple promenade aux abords du mont Royal nous a permis de constater les traces laissées sur leur passage: les feuillages étaient troués et plusieurs morceaux de feuilles jonchaient le sol.
Dans certaines régions, ce sont des pans entiers de forêts qui ont été dévorés par les chenilles.

«Pour le Québec, c’est un peu exceptionnel, indique Éric Bauce, entomologiste et professeur titulaire à la faculté de foresterie de l’Université Laval. C’est rare qu’on voit des quantités aussi grandes et des niveaux de défoliation aussi importants au Québec. Et ce n’est pas seulement au niveau du nombre d’insectes dans une région, c’est aussi que les insectes se sont étendus beaucoup dans plusieurs régions.»

Changements climatiques
Ces épidémies de chenilles pourraient se multiplier à l’avenir, prévient l’entomologiste. Leur nombre imposant est directement relié à l’hiver plus doux que l’on a connu et au printemps chaud qui a suivi. Ces conditions météorologiques devraient survenir plus souvent en raison des changements climatiques.
«La spongieuse, c’est un insecte dont la population est susceptible de grimper [en raison des changements climatiques]», précise Éric Bauce.
Elles raffolent du chêne rouge
«L’hiver doux amène un niveau de population élevé à cause de la survie des œufs qui ne sont pas très résistants au gel, poursuit-il. Et avec les températures chaudes que l’on a connues, chaudes et sèches, ce que ça fait, c’est que ça accélère la vitesse de développement de l’insecte. L’insecte se développe vite, il devient gros, et les feuilles, elles, vont pousser en fonction de la quantité d’eau qu’elles ont et restent petites. L’insecte peut alors en manger énormément.»
Les spongieuses raffolent également des feuilles du chêne rouge, puisqu’elles lui donnent une protection contre certaines infections virales. Leur population augmente alors de façon encore plus importante dans les régions où cet arbre est particulièrement présent, par exemple au Mont-Saint-Bruno et au Mont-Saint-Hilaire.


Un insecticide bio pour les traiter
Les problèmes découlant de ces épidémies de chenilles demeurent pour le moment relativement contrôlés au Québec, mais la situation pourrait changer.
Dans certains parcs de Vancouver et de Toronto, on a déjà fait par exemple des traitements au BT, un insecticide biologique utilisé contre les chenilles, pour prévenir des problèmes de santé.

«Les chenilles spongieuses ont des poils urticants, et quand les enfants jouent dans les parcs et commencent à jouer avec les chenilles, ils peuvent développer des allergies ou des rougeurs, explique Éric Bauce. Il y des gens qui font des allergies quand même assez costaudes, des bonnes réactions urticaires.»
Des arbres à risque
Sur le plan de la santé des arbres, la situation n’est pas encore alarmante selon l’entomologiste, mais il serait important de demeurer attentif à la façon dont ces épidémies se succèderont dans les prochaines années.


«Un arbre, si vous lui mangez toutes ses feuilles, sa machine énergétique tombe à zéro parce qu’il n’est plus capable de faire sa photosynthèse, indique le professeur à la faculté de foresterie de l’Université Laval. Il peut tenir un an là-dessus parce qu’il a des réserves, mais s’il y a plusieurs années de défoliation par exemple, deux années de défoliation sévère où l’arbre se fait manger toutes ses feuilles, il va mourir.»
«Si on a encore un hiver assez doux, j’aurais tendance à garder un œil et peut-être prévoir dans certaines circonstances des programmes d’intervention au BT», conclut-il.