En battant Justin Trudeau, Pierre Poilievre a négligé le vrai combat contre Donald Trump

Photos d’archives AGENCE QMI
Photo portrait de Philippe-Vincent Foisy

Philippe-Vincent Foisy

2025-02-27T06:00:00Z

Pierre Poilievre a eu le meilleur de Justin Trudeau. Sans grande surprise: le chef conservateur est un politicien redoutable et agressif, aux réflexes aiguisés. Et les électeurs n’en pouvaient plus du premier ministre.

M. Poilievre est un génie de la communication, mais on s’apprête peut-être à voir les limites de son talent.

Grâce à ses attaques, il avait réussi à coaliser les conservateurs, les néo-conservateurs, les jeunes hommes frustrés et les électeurs indécis...

Il trônait au sommet des sondages, notamment en gérant son caucus d’une main de fer, ne laissant aucune place à la dissension ou aux remises en question.

Pourtant, on voyait dans les sondages que ses appuis étaient friables. Les électeurs voulaient voter contre Justin Trudeau, pas nécessairement pour lui.

Il avait l’occasion de convaincre ces électeurs indécis, mais il ne l’a pas saisie.

On constate qu’il a passé beaucoup trop de temps à taper sur Justin Trudeau, au lieu de se préparer à devenir premier ministre.

Plutôt que de faire le pivot nécessaire pour cimenter ses appuis, il a continué de jouer à l’intimidateur, sa marque de commerce depuis qu’il fait de la politique. Il a été élu, il y a plus de 20 ans.

Le paysage change

La démission de Justin Trudeau, mais surtout les menaces de tarifs et d’annexion de Donald Trump ont complètement changé la donne politique au pays.

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C’est un gros problème pour Pierre Poilievre. Son style cassant et acerbe rappelle celui de Donald Trump.

Ses thèmes de campagne, comme le gros bon sens ou les attaques contre les institutions, les médias et les wokes, ressemblent beaucoup à ceux du président américain.

Par exemple, la semaine où Donald Trump annonçait qu’il coupait USAID, Pierre Poilievre promettait aussi de couper dans l’aide étrangère canadienne.

Il utilise des petits surnoms pour attaquer Mark Carney, comme «Carbon taxe Carney» ou «Sneaky Carney».

Les menaces de Donald Trump viennent aussi changer complètement les règles politiques normales.

Les Québécois sont maintenant prêts à se rallier derrière un homme issu de l’élite et qui peine à maîtriser le français, parce qu’ils voient en Mark Carney quelqu’un capable de tenir tête au président.

Il est aussi ennuyant. Une qualité dans ces temps complètement surréels où les esclandres, exagérations et insultes de Trump dominent le discours public.

Les Canadiens semblent surtout vouloir quelqu’un capable de défendre notre pays et nos institutions.

Team Canada

L’équipe de ministres de Justin Trudeau aide aussi la marque libérale: l’expérience rassure le public... tandis que, pour le moment, les conservateurs ne sont l’affaire que d’un seul homme.

Le chef conservateur a commencé à changer de style un peu tard, à un moment où il y a moins d’espace médiatique pour l’opposition.

L’élection n’est pas perdue, tout peut arriver dans une campagne électorale: une mauvaise réponse dans un débat, un scandale caché, une vieille photo...

À quelques semaines du vote, les stratèges conservateurs, les néo-démocrates et les bloquistes aussi, ceci dit, vont devoir réécrire le livre de la stratégie politique.

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