«En ce moment, tous les Cubains souhaitent un changement. Tous», dit un opposant au régime cubain
Le dissident Manuel Cuesta Morúa est optimiste pour le futur de son pays


Nora T. Lamontagne
Cuba, l’île chouchou des vacanciers québécois, connaît aujourd’hui de grandes difficultés. Menaces de Donald Trump, pannes de courant, virus inquiétants... Le Journal s’est rendu sur place pour constater les effets de la crise.
LA HAVANE | Les Cubains sont de plus en plus nombreux à réclamer haut et fort un changement de régime politique, estime un opposant de longue date au régime de Fidel Castro.
Manuel Cuesta Morúa, président du Conseil pour la transition démocratique de Cuba, a constaté un changement de mentalité remarquable chez le Cubain moyen dans les dernières années.
En entrevue au Journal, il raconte qu’ils sont de plus en plus nombreux à critiquer le régime communiste à voix haute ou en public, ce qui était impensable auparavant.
Les manifestations aussi se multiplient, comme celle de juillet 2021, la plus importante depuis des décennies.
Des milliers de Cubains sont sortis spontanément dans les rues pour protester contre la détérioration des conditions de vie et les mesures pandémiques. Des centaines d’entre eux ont ensuite été emprisonnés arbitrairement par le régime.
L’été dernier, c’était les étudiants qui se soulevaient contre la dollarisation de l’économie et la hausse des prix de l’internet.
«Tout d’un coup, les gens se disent: “Peut-être que [le régime] n’est pas si puissant, peut-être qu’il y a un espoir de réel changement”», observe le politicien de 63 ans, optimiste.
«On vit un moment très spécial dans l’histoire de Cuba», ajoute-t-il.
Un paradoxe
Manuel Cuesta Morúa attend ce moment depuis longtemps.
Le président du Conseil pour la transition démocratique de Cuba milite depuis le début des années 1990 pour le respect des droits de la personne et l’établissement de la démocratie sur l’île.
Emprisonné une centaine de fois et interdit de sortie du pays, il persiste à croire qu’un futur meilleur est possible pour ses compatriotes.
Comme le démontrait un reportage du Journal publié samedi, les Cubains subissent actuellement de graves pénuries d’aliments, de médicaments et d’essence ainsi que des pannes de courant et des coupures d’eau récurrentes.
Paradoxalement, Manuel Cuesta Morúa estime que la société cubaine est plus ouverte que jamais à la possibilité d’une transition en raison des problèmes qui s’accumulent.
«En ce moment, tous les Cubains souhaitent un changement. Tous, y compris les plus révolutionnaires et les plus près du pouvoir», a avancé l’historien de profession en entrevue.
Entre Cubains
Le Journal a rencontré le politicien de 63 ans jeudi dernier dans un petit appartement de La Havane, prêté par une militante du Conseil.
En ce début d’année mouvementé, Manuel Cuesta Morúa faisait remarquer d’une voix posée que deux écoles de pensée s’opposaient.
«Il y a ceux qui disent: “Super, après la capture de Maduro [le président du Venezuela, par les Américains, le 3 janvier], maintenant, c’est au tour de Díaz-Canel [le président de Cuba]”», a-t-il exposé.
«Et il y a ceux qui, comme le Conseil, pensent que Cuba doit changer, mais aussi que les Cubains doivent résoudre leurs problèmes entre eux», a-t-il ajouté.