En détresse, elle appelle le 911 d’une zone COVID-19 peu de temps avant sa mort

Agence QMI

2020-11-12T16:50:22Z
2020-11-12T17:40:15Z

Laissée seule dans une salle d’isolement avec, pour unique accompagnement, le bruit infernal du système de ventilation: c’est de cette manière que Louise Giguère a passé les 33 derniers jours de sa vie alors qu’elle était hospitalisée dans la zone COVID-19 des soins intensifs d’un hôpital de Québec.

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Sa fille Sara Pelletier a voulu raconter le drame et les souffrances que sa mère a vécus, en insistant pour dire que le personnel dévoué n’était pas en cause.

«Les circonstances de la COVID font qu’il est très difficile pour le malade d’être accompagné par ses proches», a-t-elle expliqué en entrevue à LCN.

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Louise Giguère, 72 ans, était en bonne santé avant de contracter le coronavirus, probablement lors d’une soirée de Bingo à Québec. Son seul facteur de risque était de faire de l’embonpoint.

«Elle ne faisait aucun cholestérol, diabète, rien», assure Sara Pelletier.

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Gravement malade, il a fallu l’intuber et la placer dans le coma pendant 9 jours. L’extubation s’est bien déroulée et Mme Giguère prenait du mieux, mais la maladie est revenue en force, un scénario observé chez plusieurs malades de la COVID-19.

«Elle a rechuté dans la maladie, malheureusement. Finalement, elle a fini par décéder de la COVID», raconte sa fille encore durement affectée. 

  • Écoutez le chef des soins intensifs à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, le Dr François Marquis, à QUB radio:

Fin de vie difficile

Encore plus difficile à accepter pour Sara Pelletier: sa mère n’est pas partie dans la sérénité.

«Elle nous disait souvent qu’elle était laissée à elle-même. Le personnel des soins intensifs était excellent. Ça prend beaucoup d’équipement pour entrer dans une chambre COVID et il manque beaucoup de personnel, de ce qu’on a constaté comme citoyens. On a pu l’accompagner pendant les trois derniers jours. On a entendu, à plusieurs reprises, qu’ils n’avaient pas autant de matériel comme on le disait à la télévision. Ils avaient souvent peur d’en manquer.»

courtoisie de la famille
courtoisie de la famille

Elle ajoute qu’en raison des difficultés de l’isolement et des mesures de précaution complexes pour le personnel, sa mère pouvait attendre parfois quatre heures pour avoir un verre d’eau, déplore-t-elle.

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«Moi-même, un jour, j’ai cogné dans la fenêtre pour un verre d’eau, j’ai attendu une demi-heure», se souvient-elle.

Ventilation très bruyante

Par ailleurs, le système de ventilation était si bruyant qu’il était difficilement supportable pour les proches qui se rendaient au chevet de la dame.

«On se relayait aux deux heures, et après deux heures, on sortait de là avec une libération extrême tellement que le bruit était infernal. C’était impossible de rester là plus longtemps que deux heures! C’était comme le ventilateur d’une usine. Je suis certaine que des employés d’une usine qui seraient syndiqués seraient obligés de porter des coquilles de protection pour les oreilles pour rester là-dedans. Ma mère a été là-dedans pendant 33 jours avec un bruit infernal qui ne cessait jamais», détaille Mme Pelletier.

Consciente, mais malade, Louise Giguère était seule sans téléviseur et a dû passer le plus clair de son temps à «regarder l’horloge». Elle faisait aussi des égoportraits qu’elle envoyait à ses proches.

courtoisie de la famille
courtoisie de la famille

Très durement affectée moralement, elle a même téléphoné au 911 afin qu’on la sorte de là peu de temps avant sa mort.

«Ma mère aurait préféré mourir que de rester là. Ce soir-là, elle voulait sortir. C’est pour montrer à quel point elle était en détresse», conclut-elle.

Louise Giguère est décédée de la maladie le 25 octobre dernier.

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