En quoi le passé d'Éric Robidoux va lui servir en jouant Dracula?

Sabin Desmeules

2025-09-04T10:00:00Z

Voilà maintenant 20 ans qu'Éric Robidoux est acteur. Mais le métier ne lui fait pas de cadeaux: encore récemment, il a connu une période creuse. Qu’à cela ne tienne, il apprivoise ces moments et s’en sert pour nourrir de futurs rôles... Dont celui de Dracula, qu'il s'apprête à jouer sur scène et qui lui permet de faire ressurgir un talent exploité à ses débuts!

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Si vous voyez Éric Robidoux à l’épicerie avec des faux crocs et exerçant sa diction en répétant: «Les chemises de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi sèches?», n’allez pas croire qu’il est devenu excentrique! C’est plutôt qu’il s’apprête à incarner le mythique comte buveur de sang dans le spectacle Dracula, une comédie des horreurs. «J'écoute du français prononcé avec l’accent roumain, j'essaie de ne pas trop m’empêtrer dans mes roulages de “R”... J’ai du fun!»

Il s’attaque à un personnage décliné d’innombrables fois, de maintes façons, à travers diverses œuvres et différentes époques, et mord dans une créature qui a beaucoup nourri l’imaginaire collectif de la planète... Voilà un défi qui demande bien du courage! Espérons qu’Éric a ce qui manquait au lion dans Le magicien d’Oz! «Je me suis bien préparé. J'ai revisité les grands classiques du cinéma. Puis j'ai lu Bram Stoker, j'ai regardé le film avec Béla Lugosi, le Dracula de Coppola... J'ai même regardé celui un peu drôle de Mel Brooks, note l’acteur. Et ce que je voyais, c'est qu'on fait juste tirer un peu sur les codes ou les stéréotypes du personnage comme tel pour appuyer sur ce qu'on peut voir dans plusieurs des scènes de ces films-là.»

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La célèbre pièce de théâtre de Gordon Greenberg et Steve Rosen, qui revisite l’histoire de Dracula et mêle horreur gothique et humour noir, est présentée pour la toute première fois en français dans une traduction de Maryse Warda et une mise en scène d’Hugo Bélanger (Pinocchio, Alice, de l’autre côté...). «On retrouve beaucoup, beaucoup, beaucoup les codes de la comédie, et aussi ceux du théâtre d’Hugo Bélanger: il a une façon de raconter avec les rythmes, avec les codes qui appartiennent vraiment au théâtre, à la commedia dell'arte.» Les hommes jouent des femmes, les filles personnifient des garçons... «Ça fait qu'on peut leur faire dire des choses complètement absurdes pour le temps d'aujourd'hui, note Éric. Ça amène le truc ailleurs!»

Paul Van Den Boom
Paul Van Den Boom

Un acteur physique qui se garde en forme

Le comédien a un passé de danseur et fera appel aux compétences qu’il a jadis mises de l’avant. «Dans le spectacle, il va y avoir un peu de danse, que je vais chorégraphier. Je me suis amusé à repiquer de la gestuelle des films d'horreur ou de suspense que j'ai vus, explique-t-il. Je pense que ce passé de danseur est loin dans mes articulations. Mais je connais la forme, je connais le langage, je sais comment monter un show de danse... Cette expérience-là ne part pas. C’est comme faire du vélo: tu rembarques sur la bicyclette, puis ça fonctionne. Peut-être que le cardio est moins là, mais c’est quelque chose que je connais et qu’il me faisait vraiment plaisir d'exploiter encore!»

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On fait souvent appel à Éric Robidoux pour des rôles très physiques. «On me demande beaucoup ça, en tout cas au théâtre ou en danse, même au cinéma... Souvent, je suis pris pour sauter, courir, danser, me débattre, me faire battre... J'ai vraiment des cascades à faire, des choses physiques, mais j'adore ça! Je prépare mon corps, je me garde en santé. C’est important pour moi. Depuis que j'ai dansé, je suis conscient qu’il faut que je me garde en santé pour pouvoir, justement, me mettre à genoux, me pencher, rouler, bondir, rebondir... J'essaie de garder une énergie, une santé pour pouvoir bouger dans mon métier, et le faire longtemps, parce que je l'aime beaucoup.» Il vit bien avec la discipline. «J'ai toujours eu une espèce de sens sacrificiel. Pas juste dans le métier, pour mes amis, pour aider la famille... Je pense que je peux même m'oublier pour ça.»

Il apprivoise le vide

Le comédien souligne 20 ans de métier cette année. Malgré toute son expérience, il lui arrive encore d’avoir des creux professionnels. «Ça n’a jamais été des longs moments, mais là, récemment, j'ai comme pogné une petite année... Une année ou deux où c'était plus difficile, entre Le roman de monsieur Molière, en 2022, et Dracula, admet-il. Ça m'a vraiment repositionné, ça m'a beaucoup fait me questionner sur qui j'étais, quelle place j'avais comme acteur, quel plaisir je prenais à faire ce métier-là, à travers la difficulté que c'est de remplir ses responsabilités civiles et citoyennes...» Il vit désormais mieux avec les creux. «Je pense que j'apprivoise le vide. Puis j'apprends d'autres métiers... Je fais toutes sortes de choses, je reste à l'affût, je continue de bouger, je continue de lire, je continue de m'informer, d'être intéressé... Et au final, je pense que ça crée une espèce de richesse que je peux ajouter quand je joue, quand j'ai des personnages plus imposants.»

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Des regrets?

Éric n’a pas de regrets d’avoir choisi de faire un métier où l’insécurité plane. «Je ne regrette pas d'avoir choisi ça, parce que je l'ai choisi par amour, par passion, par désir de le faire, de donner vie à des choses comme la poésie, le théâtre, un scénario... Je suis vraiment, vraiment content de l'avoir fait. Mais je pensais quand même résonner davantage dans ce milieu, pour les bonnes raisons. Sauf qu’à ce niveau-là, je me dis peut-être que c'est aussi à moi d'être ce son-là, d'être cette cloche-là qui résonne. Personne ne te tape dessus pour que ça sonne. C'est toujours un sport, ce métier!»

Enfin une famille à l’écran!

L’acteur a souvent eu des rôles épisodiques, rarement des personnages appartenant à une famille. «Puis là, récemment, il y a 11 h 11, qui sera sur l’Extra de Tou.tv cet automne. C’est une formidable partition qu'on est allés tourner à Hamilton, en Ontario, et ça, ça m'a fait du bien! Avoir une famille et une maison à la télé, c'est rare, avoue Éric. Et j'ai eu ça ce printemps.» Il s’en réjouit. «Je trouve ça nourrissant. Avec l’expérience que j’ai, c’est riche pour moi de faire ça, parce que je peux appuyer sur tous les boutons que j’ai.»

Ça lui a également permis de s’imprégner de la culture franco-ontarienne. «J’ai traîné un peu à Toronto, puis à Hamilton. La francophonie, là-bas, est vraiment présente et forte. Il y a beaucoup d'expats du Québec qui sont rendus là-bas! (...) J'ai juste rencontré des gens de talent, des gens de cœur. Puis, pour moi, faire ce pont entre les francophonies, c'est tellement important!»

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Le show d’adieu de Denise Filiatrault

Une année de théâtre l’attend. «Après Dracula, qui ira à Québec cet hiver, j’ai encore du théâtre au mois de mai avec Parachute libre, au Rideau Vert. C'est le dernier show de Denise Filiatrault comme directrice artistique. Ça va être émouvant.»

L’homme semble comblé en ce moment. «Je le suis vraiment!» Il ne lui manque peut-être qu’une chose: «Je me souhaite toujours du cinéma. Je trouve que c'est magique de voir 70 personnes autour d'une scène pendant une journée, laisse-t-il tomber. Je me souhaite des projets de longue haleine. Je me souhaite aussi de rencontrer davantage le public avec des personnages.»

Éric Robidoux tient la vedette du spectacle Dracula, une comédie des horreurs, à La TOHU, à Montréal, du 11 septembre au 31 octobre, et au Capitole de Québec en 2026. On pourra aussi le voir dans la nouvelle série 11 h 11, sur Tou.tv Extra, dès le 6 novembre. Et à compter du 6 mai 2026, on le verra dans la pièce Parachute libre, au Théâtre du Rideau Vert, à Montréal.

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