En vedette dans «Les Armes», Alex Godbout vise maintenant la France

Alicia Bélanger-Bolduc

2026-01-22T11:00:00Z

À l'instar de son personnage d'Aiden Larochelle, l’acteur Alex Godbout nous a tenus en haleine tout au long de la saison de la série Les Armes. De retour à la base après un passage qui l’a profondément secoué, Aiden s’apprête à dévoiler des zones plus fragiles de sa psyché, une occasion en or pour Alex d’explorer de nouvelles nuances de jeu et d’aller encore plus loin dans l’émotion. Une saison décisive, autant pour le soldat que pour le comédien.

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Alex, comment retrouvons-nous ton personnage d’Aiden maintenant qu’il est enfin revenu à la base après son kidnapping?

Aiden a été formé pour ce genre de situation. Pour lui, dans sa tête, c’est derrière lui: il se perçoit comme un vrai tough. Mais la réalité va le rattraper rapidement. Il sera en plein déni et ne voudra plus en parler. Il refuse autant la culpabilité que la compassion. Plus jeune membre du GTF, il sent encore le besoin de prouver qu’il a sa place. Aiden manque un peu de maturité dans sa carrière militaire et il faudra écouter pour comprendre comment il s’en sort. Jusqu’ici, on le voyait surtout dans l’univers militaire, ce qui en faisait un personnage plutôt unidimensionnel. Cette saison, on explore davantage sa psyché et son quotidien hors de la base. On ne peut pas parler d’amour, mais Aiden vivra une relation qui le fera beaucoup réfléchir.

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Est-ce un beau défi d’acteur d’interpréter cette myriade d’émotions?

Jouer le refus de la maladie, le syndrome post-traumatique et la quête de sens, ce sont des aspects que j’ai beaucoup aimé explorer. J’ai eu un réel plaisir à travailler toutes les nuances entre le Aiden lucide et le Aiden malade. Sa plus grande peur, c’est que son équipe découvre son mal-être et qu’il soit mis à l’écart des forces armées. Souvent, dans ce contexte, le premier réflexe est de vouloir retourner dans l'action le plus vite possible. Cette dualité-là, je la comprends, je l’ai connue, je l’ai vécue. Ce n’est pas difficile pour moi de jouer un gars tough qui refuse de montrer ses émotions. Le défi, c’est de cacher ses difficultés tout en semant des indices pour le public, afin qu’il comprenne la réalité. Je dois d’ailleurs remercier le réalisateur Jean-Philippe Duval, qui a pris le temps de travailler les subtilités de mon personnage avec moi.

Comment t’es-tu reconnu dans ce qu’Aiden vit?

Je suis un petit gars de l’Abitibi, et dans les régions en général, on est souvent plus fermés par rapport à nos émotions. Je crois que ça change, mais se cacher derrière une façade n’est clairement pas le bon chemin pour devenir un homme. Mon père ne m’a jamais rien imposé, il est super ouvert, donc je n’ai pas ressenti cette pression à la maison. Mais l’environnement faisait en sorte que c’était la façon de penser. J’ai joué 12 ans au hockey: on t’apprend vite à passer par-dessus les échecs et la douleur, à serrer les dents. Mais un jour, tu frappes un mur. Ce qui m’a aidé, c’est d’être à l’écoute des autres et de leurs émotions. J’ai appris à explorer les miennes à travers eux. Aiden n’est pas si loin de moi: j’ai tendance à cacher quand ça ne va pas pour ne pas inquiéter mon entourage.

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Pour toi, est-ce que ç'a été un rêve de petit gars de jouer au soldat?

Très jeune, j’avais une forte notion de voir le Québec comme mon pays, donc l’armée canadienne ne s’alignait pas vraiment avec mon identité. Quand on me demandait ce que je voulais faire dans la vie, je disais savant fou et sauver le monde. J’étais un fan de superhéros, fasciné par ceux qui inspirent les autres et sur qui on peut compter. Je voulais avoir un impact sur les gens autour de moi. Connaissant ma force de caractère, si un jour il arrivait quelque chose de mondial et de grave, où les humains devaient s’unir, je pense que j'afficherais présent. On reste dans la fiction: je ne crois pas que Les Armes rend hommage à l’armée, mais plutôt que la série utilise ce cadre comme un clin d’œil et une façon d’explorer un univers qu’on voit peu.

Dirais-tu que ce rôle change les choses pour ta carrière?

Je le vois comme un second souffle et une marque de confiance. Ce projet m’amène ailleurs que tout ce que j’ai joué auparavant et me permet d'amener une plus grande maturité dans mon travail. Quand on a commencé jeune, on arrive tous à un moment où la transition est difficile. J’ai 31 ans, j’ai encore l’air jeune et je suis incapable de me faire pousser une barbe, mais j’ai évolué. (rires) Les Armes est arrivée à un moment où, après six ans à tourner sur plusieurs plateaux par année, je vivais un certain ralentissement. C’est dur sur l’orgueil. Aiden est un rôle beau et complet qui montre que je peux jouer une grande variété de facettes.

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Dominic Gouin / TVA Publications
Dominic Gouin / TVA Publications

En ce début d’année, quelle est ta vision pour 2026?

Avec Les Armes, je crois qu’on offre quelque chose que le public va encore aimer. Je ne sais pas comment mon personnage ressortira à l’écran, mais on a travaillé très fort, et je pense faire partie de scènes importantes. Si ça permet de montrer d’autres facettes de moi et de donner envie à des réalisateurs de me proposer des rôles plus variés, ce serait formidable. Sinon, j’ai signé avec une agence en France l’été dernier et je continue de passer des auditions là-bas. C’est loin, ça demande du dévouement, mais je persévère pour décrocher un rôle.

Tu as donc le désir de percer au-delà du Québec?

Oui. J’ai mon certificat de nationalité française, car ma mère l’est par son père. Mon grand-père est arrivé ici dans les années 1960. J’ai donc un lien naturel avec la France. J’adore le cinéma français, et chez mon grand-père, on écoutait toujours des émissions françaises. J’ai aussi eu une copine française qui travaillait dans le domaine du cinéma et qui m’a fait découvrir plein de films. Je crois qu’on devrait laisser plus de place à la francophonie dans nos salons et nos salles de cinéma. Il y aurait une dynamique incroyable, et on rayonnerait encore plus fort.

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Tu es parti de l’Abitibi à 17 ans pour entrer à l’école de théâtre. Comment as-tu vécu ce départ?

Ce n’était pas facile. J’étais un petit gars qui se racontait beaucoup d’histoires, qui essayait toujours des affaires impossibles. Pour des parents de région, entendre leur fils dire qu’il veut devenir acteur à la télé et au cinéma, c’était un choc. Ils sont de très bons parents, alors ils voulaient me protéger. Ils entendaient des histoires de jeunes partis à Montréal et tombés dans de mauvaises passes, alors ils s’inquiétaient. J’ai dû m’affirmer, comme tout jeune convaincu de sa décision. Personne n’allait décider à ma place. Ça n’a pas été simple de les convaincre, mais aujourd’hui, ils sont très fiers de moi, et on est toujours très proches.

Après plusieurs années à jouer au hockey, le sport occupe-t-il toujours une grande place dans ta vie?

Ah oui! Sans ça, je serais très malheureux. J’adore le hockey, la boxe, le basket, et je fais encore du motocross avec mon père, qui est en meilleure forme que moi. C’est essentiel pour moi, surtout pour ma santé mentale. Je suis extrêmement compétitif. Je m’ennuie vite quand je suis seul, donc j’ai besoin de défis.

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Restes-tu un grand consommateur de culture?

J’écoute beaucoup de contenu québécois, parce que je veux encourager mon industrie et mes collègues. Mais je trouve aussi important de voir ce qui se fait ailleurs pour me développer comme acteur. J’essaie de lire quelques livres par année et je suis un grand fan de musique, tous genres confondus. J’aime aussi écrire et lire de la poésie. J’essaie de rester actif et attentif à tout ce qui se fait.

Dominic Gouin / TVA Publications
Dominic Gouin / TVA Publications

Que se passe-t-il dans ta vie personnelle en ce moment?

J’étais en couple, mais on s’est séparés cet été. On reste en bons termes. Je suis donc célibataire. Je n’aime pas trop parler de ma vie privée, même si, pendant mes études en théâtre, tout le monde pensait que j’allais triper sur le vedettariat. Jeune, j’avais besoin d’attention, mais depuis mes débuts dans le milieu, une certaine maturité s’est installée. J’essaie de m’effacer pour laisser parler mon travail.

Quels autres projets t’attendent?

Je fais partie de la série Grimelle, qui sortira en 2026 à Radio-Canada. C’est une série très le fun, et mon personnage est vraiment détestable. Ça va plaire à ceux qui ne m’aiment pas ou qui veulent me voir dans un rôle bien différent. (rires) Sinon, j’ai une compagnie en audiovisuel avec des amis d’Abitibi, SM-Global. On travaille partout au Québec et même en Ontario. On se spécialise notamment en interprétation simultanée, comme à l’ONU. Ayant grandi à Val-d’Or entouré de communautés autochtones, j’ai réalisé que le fait de les côtoyer ne signifie pas forcément de les comprendre. On travaille désormais avec les grandes instances autochtones: pour avancer vers la réconciliation, il faut d’abord se comprendre et franchir la barrière de la langue. C’est exactement ce que notre entreprise permet.

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