Enquête criminelle après un décès de la COVID-19 dans une usine Cargill

AFP
OTTAWA | La police fédérale canadienne a annoncé lundi avoir lancé une enquête criminelle sur un décès causé par la COVID-19, après que la famille de la victime a déposé une plainte contre son ancien employeur Cargill.
Benito Quesada, 51 ans, un immigrant mexicain travaillait à l’usine de conditionnement de viande Cargill à High River, en Alberta, où il a contracté la maladie avant d’en décéder à l’hôpital en mai.
Dans sa plainte déposée vendredi, la famille accuse l’employeur de négligence criminelle, alléguant que l’entreprise a échoué à protéger ses travailleurs de la pandémie.
C’est la première fois que la police canadienne ouvre une enquête criminelle sur un décès de COVID-19 en entreprise, selon les médias.
Le géant américain du négoce et de la transformation des matières premières agricoles est accusé de n’avoir pas fourni à son personnel un équipement de protection adéquat.
Cargill est aussi accusée de n’avoir pas respecté la distanciation sociale entre les travailleurs et de n’avoir pas renvoyé chez eux ceux qui étaient positifs ou présentaient des symptômes de la maladie.
En outre, Cargill aurait menacé de suspendre les employés qui ne seraient pas venus au travail et aurait proposé une prime à ceux qui n’auraient pas manqué à leur poste.
Cette prime de 500 dollars canadiens est la raison pour laquelle M. Quesada a continué de se rendre à son travail, selon sa famille.
« La GRC (Gendarmerie royale du Canada, police fédérale, NDLR) enquête sur des allégations selon lesquelles Cargill serait impliquée pénalement dans la mort d’un employé qui est décédé de COVID-19 », a déclaré à l’AFP la brigadière Tammy Keibel.
« Pour le moment, nous examinons un ensemble d’informations (fournies par la famille) pour voir s’il y a un élément à caractère criminel concernant Cargill », a-t-elle dit, soulignant que l’enquête ne faisait que commencer.
La plainte a été déposée « pour que justice soit enfin rendue à mon père, pour que les dirigeants de Cargill soient enfin tenus responsables de ce qu’ils ont fait », a expliqué Ariana Quesada, 16 ans, à la chaîne anglophone CBC.
Début mai, près de la moitié des 2 000 employés de l’usine avaient reçu un test positif à la COVID-19, soit l’un des plus importants foyers du pays.
La plupart des commerces ont été contraints à la fermeture dès le début de la pandémie, mais les abattoirs et les usines de transformation, considérés comme des services essentiels, ont pu poursuivre leur activité au Canada.