Espions chinois au Canada comme aux États-Unis

Le pont entre la Chine et la Corée du Nord sur le fleuve Yalou.
Le pont entre la Chine et la Corée du Nord sur le fleuve Yalou. Photo d'archives, AFP
Photo portrait de Normand Lester

Normand Lester

2022-10-26T09:00:00Z

La Justice américaine a annoncé lundi des inculpations contre 13 ressortissants chinois qui travailleraient pour les services secrets de Pékin.

Une des affaires citées par le procureur général Merrick Garland implique deux agents chinois accusés d’avoir tenté d’entraver des poursuites contre le géant des télécoms Huawei. Quatre autres Chinois sont accusés d’avoir essayé de recruter des Américains pour qu’ils agissent comme des espions pour Pékin.

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Mais qu’en est-il au Canada ?

La Chine mène ici d’importantes opérations d’influence et d’intrusion politiques depuis des décennies. Ses agents tentent aussi de s’emparer de nos secrets scientifiques, commerciaux, industriels et militaires. 

Déjà, en 2010, le patron du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) Richard Fadden avait laissé entendre que des hauts fonctionnaires fédéraux, des ministres de deux provinces et des élus municipaux en Colombie-Britannique étaient sous influence étrangère, indiquant clairement que la Chine était l’un des pays impliqués.  

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Dans une copie fortement censurée du rapport de Fadden obtenu par la PC en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, le chef des services secrets affirmait que la « manipulation du gouvernement du Canada et des communautés ethnoculturelles à travers l’ingérence étrangère constitue une menace permanente pour notre souveraineté et notre sécurité nationale ». 

Pour les Chinois, c’est avant tout le patriotisme qui les motive à aider leur pays d’origine. Mais le chantage, les menaces contre des membres de la famille restés au pays ou l’appât du gain sont utilisés pour les convaincre de trahir le Canada.

En 2019, le patron du SCRS, David Vigneault, a de nouveau identifié la Chine parmi les pays qui espionnent le Canada et tentent d’infiltrer nos institutions de recherches. Le géant des télécoms chinois Huawei venait de déclarer que rien de secret ne se passait dans son centre de recherche montréalais, alors que les États-Unis accusaient l’entreprise d’espionnage en rapport avec le standard de téléphonie mobile 5G. 

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Pékin et la « diplomatie des otages »

Kevin Garratt et sa femme, des missionnaires protestants canadiens établis en Chine depuis des décennies, décident de s’ouvrir un café sur le bord du fleuve Yalou près d’un pont stratégique vers la Corée du Nord. Le contre-espionnage chinois les accuse d’avoir photographié des convois militaires qui le traversent. Le couple passera deux ans en prison avant d’être expulsé vers le Canada.

Dans une initiative hautement inhabituelle, le directeur du SCRS, Michel Coulombe, s’est rendu à Pékin en 2016 pour assurer à son homologue chinois qu’ils ne travaillaient pas pour son service. Les Garratt ont toujours proclamé leur innocence.

L’arrestation des Garratt était manifestement destinée à faire pression sur Ottawa pour qu’il libère Su Bin, un Chinois vivant au Canada, recherché par les États-Unis pour avoir volé des données sur des projets militaires.

Autre cas. Deux Canadiens, un ex-diplomate et un homme d’affaires, sont arrêtés en Chine pour des violations de la sécurité nationale alors que les États-Unis demandaient l’extradition du Canada de Meng Wanzhou, une dirigeante de Huawei, pour avoir enfreint les sanctions américaines contre l’Iran. Ils ont été libérés lorsque Washington a abandonné sa demande d’extradition et que Meng est retournée en Chine en 2021.

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