Et si la maison que vous louez devenait la vôtre ?

Yellow duck – stock.adobe.com

Ghislain Larochelle

2025-08-14T10:45:00Z

Saviez-vous qu’un locataire peut acheter la maison qu’il loue si elle est saisie par la banque ?

Avec la hausse des reprises hypothécaires au Québec, cette stratégie méconnue gagne du terrain. Encore peu utilisée, elle pourrait pourtant permettre à certains de devenir propriétaires, sans avoir à déménager.

Recevoir un avis de saisie alors qu’on est un locataire irréprochable peut être déstabilisant. Mais cette situation, qui semble d’abord inquiétante, peut être le point de départ d’une occasion rare : acheter le logement qu’on habite déjà, à prix réduit.

Une tendance en hausse

En comparant juin 2024 et juin 2025, il y a eu une augmentation d’actes en difficultés financières de 19.1 % passant de 560 à 667 en juin 2025. Les préavis d’exercice ont augmenté de 25 % passant de 373 à 469.

Derrière ces chiffres se trouvent des propriétaires en détresse financière, mais aussi des locataires qui, bien informés, peuvent saisir l’occasion de devenir propriétaires.

Quels sont vos droits ?

Lorsqu’un propriétaire cesse de payer son hypothèque, la banque peut reprendre le bien (prise en paiement) ou forcer sa vente par la cour.

Dans les deux cas, le bail reste valide. Le locataire conserve son droit d’occuper les lieux, même si la maison change de mains. Si l’acheteur veut y vivre, il doit envoyer un préavis de six mois avant la fin du bail, selon le Tribunal administratif du logement.

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L'avantage du locataire

En juin 2025, le prix moyen d’une maison unifamiliale au Québec était de 529 300. Or, les maisons reprises se vendent souvent 5-10 % en dessous du marché, soit une économie d’environ 60 000 $.

En tant que locataire, vous partez aussi avec un atout de taille : vous connaissez déjà la maison. Vous savez si le chauffage est bruyant, si le toit coule ou si les voisins sont tranquilles. Là où un acheteur visite 20 minutes, vous avez des mois, voire des années d’expérience. Moins de surprises, plus de certitudes.

Cela peut justifier une offre plus confiante et plus rapide.

Attention aux pièges

Les reprises bancaires sont vendues sans garantie légale. Un propriétaire en difficulté a souvent négligé l’entretien. Toiture, plomberie, électricité... les problèmes peuvent être nombreux.

Même si vous habitez les lieux, une inspection préachat est essentielle. Elle pourrait vous éviter de lourdes dépenses après l’achat.

Avez-vous les moyens?

Passer de locataire à propriétaire change le budget mensuel. En plus de votre hypothèque, n’oubliez pas d’ajouter:

  • Taxes municipales et scolaires
  • Assurances habitation
  • Entretien courant

Il faut souvent prévoir environ 500 $ de plus par mois que votre loyer actuel, tout dépend du prix de vente bien sûr. De plus, les reprises bancaires exigent souvent des offres fermes et rapides. Une préapprobation hypothécaire est essentielle.

Comment s'y prendre

Dès que vous recevez un avis de reprise, signalez votre intérêt à la banque ou à l’officier de justice. Obtenez une préapprobation hypothécaire sans tarder. Renseignez-vous sur le type de recours exercé, car cela influence les délais.

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Une fois la maison affichée sur les sites de vente, contactez rapidement le courtier immobilier mandaté par la banque. Dans ce genre de transaction, la rapidité peut faire toute la différence.

Conclusion

Oui, un locataire peut acheter la maison qu’il occupe si celle-ci est reprise par la banque. Mais pour transformer cette chance en succès, il faut être prêt, bien entouré et informé.

Soyez proactif. Parlez à un courtier immobilier, un notaire ou un conseiller hypothécaire. Ce type d’achat comporte des particularités juridiques et financières qu’il vaut mieux comprendre à l’avance.

Dans un marché où la surenchère est fréquente, cette option reste l’un des rares moyens d’accéder à la propriété sans tout recommencer à zéro.

Conseils pratiques

  1. Faites valoir votre position de locataire auprès du courtier. Mentionnez que vous vivez sur place et que vous connaissez bien la maison.
  2. Demandez une préapprobation hypothécaire sans tarder pour être prêt au bon moment.
  3. Renseignez-vous sur le recours exercé : vente sous contrôle de justice ou prise en paiement, car cela influence le processus.
  4. Faites évaluer la propriété par un professionnel indépendant : Cela vous aide à déterminer si le prix demandé reflète bien sa valeur réelle, même avec le rabais lié à la reprise.
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