État d’urgence: les syndicats indignés des propos de Dubé

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Patrick Bellerose

2021-05-19T00:30:06Z
2021-05-19T00:55:05Z

La volonté du ministre Christian Dubé de conserver l’état d’urgence jusqu’au renouvellement des conventions collectives des employés de l’État a soulevé l’ire des syndicats. 

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Le ministre de la Santé a déclaré, mardi, qu’il souhaite maintenir cette mesure exceptionnelle, qui octroie des pouvoirs extraordinaires au gouvernement, jusqu’à la signature d’une nouvelle entente avec les syndicats représentant les employés de l’État.  

  • Écoutez l'analyse de Caroline St-Hilaire et d'Antoine Robitaille avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

«En ce moment, tant qu'on n'a pas réglé notamment, je vous dirais, nos conventions collectives avec le Conseil du trésor, je pense que c'est un peu prématuré», a déclaré le ministre de la Santé au cours d’un point de presse sur le plan de déconfinement du Québec.  

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Parmi les avantages conférés par l’état d’urgence, Christian Dubé a cité les primes spéciales octroyées au personnel du réseau de la santé, la capacité à recevoir de l’information pour la gestion de la pandémie et la «flexibilité» dans la gestion du personnel.  

Près 2 G$ en primes ont été payés aux employés de la santé dans le cadre des mesures sanitaires, a-t-il fait valoir. Cette mesure a également rendu possible l’utilisation de la télémédecine tout au long de la pandémie. 

De plus, l’état d’urgence a permis d’embaucher quelque 40 000 personnes via la plateforme Je contribue, «ce qui permettra d’ailleurs d’offrir du répit bien mérité au personnel cet été», fait-on valoir au cabinet de M. Dubé.  

Outil de négociations

Mais les syndicats représentant les employés de l’État québécois n’ont pas tardé à dénoncer les propos du ministre Dubé, mardi soir.  

Pour le président de la Fédération de la Santé et des Services sociaux (CSN), le gouvernement Legault utilise l’urgence sanitaire comme levier de négociation.  

«Je présume que l’objectif est de mettre un maximum de pression sur nous, pour dire: il faut signer la convention collective pour que l’urgence sanitaire prenne fin», dit Jeff Begley, qui représente notamment de nombreuses préposées aux bénéficiaires. Selon lui, les négociations stagnent depuis 14 mois. 

Du côté des infirmières, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec affirme que la pandémie et les négociations ne sont aucunement liées. «L’urgence sanitaire ne doit pas servir de menace pour conclure une entente à la hâte ni au rabais», estime Nancy Bédard.  

«Les professionnelles en soins ont tout donné pendant la pandémie, elles n’ont pas à payer en plus pour les problèmes de gestion du gouvernement. Il ne faut pas abuser de leur patience», ajoute-t-elle.  

Retour à la normale

À la Centrale syndicale du Québec, on souligne que l’état d’urgence suspend également les conventions collectives du secteur de l’éducation. «On constatait depuis longtemps que la pandémie avait le dos large pour violer les lois du travail, mais c'est maintenant confirmé», affirme sa présidente, Sonia Éthier.  

Pour Louis-Philippe Lampron, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval, il est possible que le gouvernement doive lever l’urgence sanitaire graduellement, en raison des nombreux décrets impliqués.  

«Mais une fois que la pandémie est sous contrôle, on devrait sortir de ce régime exceptionnel. Il faut lier l’état d’urgence sanitaire à la COVID et à la gestion de la crise, et non pas avec une négociation», explique-t-il.  

– Avec la collaboration de Charles Lecavalier

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