Explosion de cas de diabète: «Ça va coûter de plus en plus cher»


Félix Desjardins
Déjà problématique, le diabète de type 2 pourrait devenir un enjeu de société majeur dans les prochaines années au Québec, à moins de renverser la vapeur en misant sur la prévention.
Voilà le message que lance le Dr Josep Iglesies-Grau, cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM) spécialisé en prévention et réadaptation cardiovasculaire.
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«Si on ne change rien, notre système de santé va continuer d’être un système de soins, déclare-t-il, rencontré dans son bureau à l’ICM. Ça va coûter de plus en plus cher et on va avoir de plus en plus de difficultés à soigner nos patients.»
Difficile à financer

Les activités du Centre ÉPIC, qui allient la prévention à la rémission, sont entièrement financées par la Fondation de l'ICM. Cela illustre une mentalité plus large dans la province, soutient Annie Berthiaume, adjointe à la Direction de la prévention.
«Vendre la prévention, c’est très difficile. Ce n’est pas payant, en politique, parce que les résultats sont perceptibles sur 10 ans, tandis que les cycles électoraux sont de quatre ans. Et ce n’est pas sexy pour les philanthropes, financer nos activités courantes.»
Nul besoin d’une boule de cristal pour l’avancer: l’avenir ne s’annonce pas rose pour le système de santé québécois, qui serait de plus en plus achalandé par des patients ayant des problèmes de santé «évitables et causés par nos choix de société», poursuit le Dr Iglesies-Grau.
«Dans les dernières années, on voit de plus en plus de sédentarité, de stress, de manque de sommeil, de problèmes de consommation. Si tu habites dans un désert alimentaire, que tu travailles de nuit, que tu as trois enfants et que tu dois prendre trois autobus pour te rendre au travail, ton quotidien ne te permet pas d’être en santé.»
La solution dans les fourneaux
Si le Dr Iglesies-Grau pouvait recommander une solution concrète qui pourrait un jour réduire l’achalandage à l’ICM, il opterait pour l’implantation de cours d’initiation à la cuisine dans le cursus scolaire.
«On est parmi les pires pays pour la consommation de produits transformés. La première clé pour éviter les problèmes de cœur, c’est de ne pas fumer, mais ensuite, c’est la consommation d’aliments frais et cuisinés.»
«La vraie prévention, ça passe par l’éducation, les cours de cuisine, la baisse des prix des aliments non transformés, les pistes cyclables... soit on fait un choix de société pour prendre conscience de ces enjeux, soit on s’en va vers un scénario difficile pour tout le monde.»
Faits saillants au sujet du diabète
- 720 000: le nombre de personnes atteintes de diabète (de type 1 ou 2) au Québec;
- 27,9%: proportion des hommes de plus de 65 ans atteints du diabète, groupe démographique le plus surreprésenté;
- Côte-Nord: région géographique la plus touchée par le diabète proportionnellement dans la province, suivie de près par Laval;
- Manitoba: province canadienne la plus touchée par le diabète; le Québec est celle qui l’est le moins.
- 90%: proportion des cas de diabète de type 2 parmi les diagnostics de diabète au pays.
Source: Données les plus récentes de l’Institut national de santé publique du Québec (2023-24). À noter: le Nouveau-Brunswick n’est pas inclus dans les données canadiennes.