Fin de la recréation?


Luc Laliberté
Les résultats des deux élections en Géorgie hier auront des retombées majeures pour l’État, la présidence et le Congrès. Ils pourraient également entraîner des secousses chez les démocrates et les républicains.
Si la Géorgie est toujours dominée par les républicains au plan local, personne ne peut nier le caractère historique de l’élection 2020. Non seulement a-t-on voté pour un démocrate à la présidence pour la première fois depuis 1992, mais Raphael Warnock est devenu le premier sénateur noir de cet ancien état sécessionniste.
On vous répète déjà depuis le mois de novembre que la balance du pouvoir à Washington reposait sur les résultats des courses pour le Sénat. Soyez assurés que Joe Biden et Kamala Harris respirent un peu mieux maintenant qu’on a confirmé la victoire de Warnock et que Jon Ossof semble sur le point de devancer David Perdue. Le sénat sera composé de 50 démocrates et de 50 républicains, laissant ainsi Kamala Haris trancher en cas d’égalité.
Au-delà de ces considérations importantes, je perçois deux autres retombées à la situation actuelle. Dans un premier temps, il semble que le charisme de Donald Trump ne suffise plus. Les organisateurs républicains sur le terrain affirment depuis hier que le président a nui plus qu’il n’a aidé pendant cette campagne cruciale.
Pour que les démocrates l’emportent tous les deux, il leur fallait une «tempête parfaite». On devait obtenir un très fort taux de participation, une mobilisation importante des jeunes et de l’électorat noir ainsi qu’une mobilisation un peu plus faible des républicains. À la lumière des informations dont nous disposons présentement, c’est exactement ce qui s’est produit.
Si la présence et les propos d’un Trump n’ont pas eu d’effet sur la mobilisation ou, pire, qu’ils aient contribué à éloigner des électeurs des bureaux de vote, les meneurs républicains retiendront la leçon. Le Parti républicain est actuellement divisé et les pros Trump pourraient bien perdre des plumes.
Pour le bien des États-Unis, il serait souhaitable que les éléments extrêmes du GOP soient écartés pour que nos voisins se retrouvent avec des alternatives plus sérieuses, plus saines et mieux adaptées aux défis du 21e siècle.
J’espère un rétablissement du Parti républicain parce que je crains également des dérapages chez les démocrates. C’est l’autre retombée que j’aurai à l’œil. Comme le mentionnait l’ancien gouverneur républicain John Kasich : «I hope they don’t go crazy, and they can». Comme les démocrates contrôleront probablement la chambre, le sénat et la présidence, Kasich craint que la formation politique ne cède à la tentation d’avancer un programme trop progressiste pour répondre aux demandent pressantes des éléments les plus à gauche.
Maintenant que le cycle électoral est terminé, il faut sonner la fin de la récréation et se concentrer sur les défis immenses auxquels le pays est confronté.
Comme c'est le cas ailleurs sur la planète, la COVID fait des ravages et la vaccination s'effectue au ralenti, la situation économique est inquiétante, la question raciale défraye encore la chronique depuis hier et les partenaires américains sur la scène internationale tapent du pied.
Tout en modérant nos attentes devant la tâche titanesque, il faut espérer que Joe Biden soit prêt et qu'il soit bien entouré. S'il ne dispose pas d'une baguette magique, il faut espérer qu'il se démarque par une bonne planification pour les fameux premiers cent jours de sa présidence.
In God we trust? Espérons aussi que les scientifiques et les experts mettent l'épaule à la roue et, surtout, qu'on les écoute.