Frappé par le deuil, Simon Boulerice partage un message touchant
Marc-André Beaulieu
Le samedi 13 décembre, l’auteur Simon Boulerice a annoncé une bien triste nouvelle: le décès d’une personne qui lui était très chère. Il lui a rendu un touchant hommage dans une publication partagée sur ses réseaux sociaux.
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Simon Boulerice traverse l’une des épreuves les plus douloureuses qui soient, le deuil d’un être cher. L’auteur à succès a pris la parole samedi pour faire part de cette perte, bouleversant de nombreux internautes.
Avec la plume sensible et poétique qu’on lui connaît, il a offert un hommage vibrant à son amie Geneviève, partie beaucoup trop tôt. Sa publication a suscité une vague d’émotion, récoltant plus de 1000 réactions de personnes profondément touchées par ses mots.
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Découvrez la publication ci-dessous:
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«Geneviève (1982-2025) 💔
«Comme si c’était cela la mort: tous les instants enfin réunis. »
- Gabrielle Roy
Certaines personnes sont nées pour ouvrir leurs bras et accueillir quiconque a besoin de s’y déposer.
Geneviève était l’une d’elles.
C’est le souvenir que je conserverai toute ma vie: moi qui entre tout fébrile et anxieux à l’école secondaire Pierre-Bédard, et Geneviève, les bras vastes comme son sourire. L’air de me dire: tout ira, je suis là.
Je dois dire la vérité: nous nous connaissions un peu, Geneviève et moi. À trois reprises, nous nous étions parlé au téléphone, avant notre rentrée scolaire en septembre 1994.
Nos sœurs, Karyna et Vicky, étaient amies et nous avaient mis en contact. Elles avaient pavé la voie, espérant une amitié entre nous. Mais les amitiés manigancées fonctionnent rarement.
Pas nous. Une bouture de l’amitié de nos sœurs, transplantée dans notre propre terrain de jeu à nous. Les racines ont pris instantanément.
Passons au tu, car c’est surtout à toi, Geneviève, que je m’adresse.
Je suis entré, tout fragile, j’ai vu tes bras s’ouvrir et tu m’as dit: «C’est moi, Geneviève! On se voit enfin en vrai!
J’avais vu des photos de toi, mais elles n’arrivaient pas à la cheville de ta beauté. La lumière dans tes yeux pétillants, tes fossettes, pas sur les joues: en haut de tes joues. Des fossettes, normalement, ça met le sourire en exergue, entre guillemets.
Toi, tes fossettes, c’était presque à la hauteur de tes yeux. Je peux pas le dire autrement: je t’ai vue et tu m’as fait du bien. Tu m’as apaisé. J’ai su que j’aurais une amie ailleurs qu’à Saint-Rémi. Une amie de Saint-Isidore, la ville natale de mes cousines.
Ton amitié m’a rendu important. Je me trouvais tellement cool d’être ton ami et de pouvoir le dire haut et fort, comme une carte cachée. Ton amitié me mettait en sûreté. Tu étais aimée de tous, alors par ricochet, je me sentais protégé. J’avais un passe-droit, une forme d’indulgence de ceux qui ne m’auraient pas aimé d’emblée.
Tu as adouci tout mon secondaire. Ta bonté, tes rires, tes bras, ton parfum Mûres sauvages de Dans un jardin, tes lettres sur des feuilles mobiles. Celles que tu pliais de manière typique, en rebattant un coin dans une fente créée à force de pliage. L’origami de nos années 90.
Ta calligraphie dodue et joviale, une écriture joufflue et pétillante, parsemées de points d’exclamation inopinés, de fautes d’orthographe divertissantes. Ton honnêteté à tout crin. Ta tendresse. Ton appétit de la vie.
Quand tu venais chez moi, tu t’extasiais devant la dépense de mes parents; ma mère qui remplissait à ras-bord les armoires de chips, de biscuits, de barres tendres. L’opulence te fascinait. Quelques années plus tard, je suis débarqué dans ta dépense à toi, maintenant que t’étais mère à ton tour, et j’ai été soufflé par les formats familiaux, les formats jumbo dignes de Costco. Tu avais réussi cette opulence. T’avais contré cette peur de manquer de quelque chose.
Ce qui nous a liés le plus serré, c’est peut-être le théâtre.
En secondaire 5, on joue ensemble dans Bousille et les Justes de Gratien Gélinas. Le soir de la première (et de l’unique représentation), tu as un blanc sur scène. Tout le monde attend ta réplique qui ne vient pas. Je te regarde en coulisse, étonné de ton silence. Je ressens ton vertige et je ne sais pas comment t’aider. Tu me rejoins en coulisse et tu me dis: «Sauve-moi!»
Je te souffle la réplique. Tu reviens sur scène pour la dire: «Est-ce que j’ai bien entendu?» Tu dis la phrase, maintenant hors contexte, une heure dans les maritimes. «Est-ce que j’ai bien entendu?» Le public rit d’étonnement. Moi, je ris de tendresse. Vingt-six ans plus tard, je trouve que ça te représente bien. Toi, toujours un peu décalée, sur ton nuage, à la fois évanescente, presque flottante, au-dessus du marasme ambiant, et en même temps tellement incarnée.
Puis, la vie étant la vie, on s’est perdus de vue.
J’ai été avalé par le travail, toi, par ta famille.
Chacun dans son vortex. Mais je m’ennuyais de toi. Et je pensais souvent à toi.
Je prenais des nouvelles de mes amis de la Montérégie paresseusement, via Facebook. Mais voilà: toi, tu n’y étais pas.
J’étais à l’extérieur de ton quotidien, même si je sentais qu’en étendant à peine les bras, je pourrais atteindre l’étendue des tiens.
Tu es tombée malade, tu t’es rétablie un peu, puis tu es retombée malade, et je ne te voyais pas.
Cet été, en août dernier, je croise Karyna dans un party. Je demande de tes nouvelles et ton texto.
Je t’écris que je m’ennuie de toi. Tu me réponds: «Mon beau Simon, si jamais tu as du temps libre dans ta vie trop occupée, fais-moi signe. On s’organise une petite sortie d’amoureux.» Puis, tu m’invites à te relancer avec mes dispos.
Mais la vie étant la vie, j’ai tardé à te répondre. J’ai embarqué sur un tournage, et un jour, trois mois plus tard, j’apprends que ça ne va pas. Que j’ai trop tardé.
Je m’en veux, je me trouve con et égocentrique. Je me rends au CHUM, te voir, comateuse. Je parle à Karyna de ma culpabilité de ne t’avoir pas relancée à temps.
Mais Karyna, bienveillante, me dit: « Tu l’as, présentement, ta date.»
Et elle me fait un cadeau. Pendant près d’une heure, Carmen et elle doivent aller parler à la médecin. Elles me laissent seul avec toi dans ta chambre lumineuse. En quittant la pièce, elle me dit: «Gêne-toi pas pour lui caresser les cheveux, Simon. Elle ressent la tendresse.»
Je passe la main dans tes cheveux bouclés, sur ta peau qui a toujours été tellement douce... Et j’ai tout le temps pour te dire ce que j’ai sur le cœur de gratitude et d’amour pour l’amie que tu as été, et que tu seras éternellement.
Merci, Geneviève, pour tes bras tendus.
Notre amitié, même manigancée, a fonctionné.
Ses racines sont profondes en moi.»
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Toute l’équipe du 7jours.ca souhaite offrir ses plus sincères condoléances à Simon Boulerice, ainsi qu’à la famille et aux ami·e·s de Geneviève.
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