Ghislain Taschereau replonge dans les souvenirs des années 1970
Il cosigne avec Tristan Demers le livre «Québec 70: la pop culture pour les irréductibles nostalgiques des tourne-disques, des pantalons pattes d’éléphant et de Symphorien»

Patrick Delisle-Crevier
Après Québec 80, puis Québec 90, c’est au tour de Québec 70: la pop culture pour les irréductibles nostalgiques des tourne-disques, des pantalons pattes d’éléphant et de Symphorien de voir le jour. Ghislain Taschereau s’est plongé avec plaisir dans cette décennie de son enfance et nous parle de ses projets littéraires, du passage du cap des 60 ans ainsi que de sa vie auprès d’Alexandra, qui partage son quotidien depuis six ans.
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Ghislain, ton livre, Québec 70, vient de sortir. Comment vas-tu?
Ça va bien, on ne me voit pas beaucoup à la télévision ces temps-ci, car je me consacre surtout à l’écriture entre autres ce livre Québec 70, que j’ai écrit avec mon ami Tristan Demers. On a fait celui des années 1990 ensemble et ç’a été une très belle expérience, alors on a voulu remettre ça avec Québec 70. Comme la plupart des gens de cette époque ne sont plus jeunes jeunes, il a fallu se dépêcher un peu. Il n’y avait pas tant d’entrevues possibles. Mais il y en a quand même une douzaine dans le livre avec, entre autres, Nanette Workman, Plume Latraverse et Yvon Deschamps. Je faisais les entrevues et Tristan, la recherche de photos.
Quels souvenirs conserves-tu de tes années 1970?
Je suis né en 1962, alors je suis devenu un adulte en 1980; je n’ai donc malheureusement pas pu voter oui au référendum. Les années 1970, ç’a été une extraordinaire décennie pour moi, parce que je viens d’un tout petit village qui s’appelle Saint-Pierre-Baptiste. Je travaillais dans la mécanique au garage de mon père, où je faisais des changements d’huile, sinon je ramassais de la roche pour les cultivateurs ou je faisais les foins. Dans mon village, on allait tous aussi travailler en Ontario et faire le tabac. Ce fut une décennie magique pour moi, parce que je devenais un homme. Comme j’étais le dernier d’une famille de 11 enfants, je me faisais niaiser par mes frères et sœurs. J’ai donc été content quand j’ai atteint l’âge adulte!
Pour faire un tel livre, tu as dû te replonger dans différents souvenirs...
Oui, j’ai redécouvert certains jouets de ma jeunesse dont le jeu de toc, le jeu des singes dans un petit baril, mon jeu de Meccano, le Spirograph... Et surtout, j’ai tellement fait de mauvais coups quand j’étais petit dans mon village! On arrosait la patinoire, on jouait au hockey. C’était une belle époque. J’ai grandi dans le bois dans un tout petit village et j’ai eu une belle enfance.

Ce métier est entré par quelle porte dans ta vie ?
J’ai toujours voulu faire ce métier, j’aimais jouer devant un public et c’est ce qui m’a amené à faire de la télévision. Mais, à un moment, j’ai eu envie de créer des projets, puis sont arrivés mes livres L’inspecteur Specteur, et ce fut mon début dans l’écriture. J’adore l’écriture, car pour moi c’est la liberté totale. Je n’ai jamais arrêté par la suite, et je publie ces jours-ci mon 14e roman, qui a pour titre Le six-coups de l’amour. J’ai créé une série de romans que je nomme «amouristiques», parce que je me moque des romans d’amour en revisitant certains personnages célèbres. J’ai aussi créé ma propre maison d’édition, Les Éditions de l’individu, pour avoir encore plus de liberté. Ma blonde s’occupe de la gestion. Nous travaillons bien ensemble .
Te voici dans la soixantaine, tu vis ça comment ?
Quand j’ai eu 50 ans, ç’a bien été, mais le 60 il est rentré plus solidement au pas. Je trouve que la vie va si vite... Je vis bien dans cette nouvelle décennie, mais en même temps, des décennies de vie, si tu es parmi les plus chanceux, eh bien, tu en as 10! Je suis rendu à ma sixième et je tente de croquer dans la vie le plus possible. Je suis en pleine forme, j’ai une terre à bois et je passe beaucoup de temps avec ma blonde à faire un beau potager. L’hiver je travaille intellectuellement et l’été, c’est un travail plus physique sur ma terre. Habituellement, mon rythme d’écriture consiste à me bloquer 30 jours d’affilée et à écrire de 10 à 15 heures par jour, 7 jours sur 7 — dans ce temps-là, ça avance en maudit!
Ta carrière ressemble-t-elle à ce que tu avais envisagé?
Je voulais être comédien, au départ, et j’ai donc étudié en théâtre. Quand je me suis retrouvé à participer à 100 limites, c’était grâce à un concours dans lequel il fallait envoyer un texte d’une minute sur l’actualité. C’est comme ça que j’ai eu mon boulot de scripteur. Je n’ai pas eu la carrière d’acteur que je voulais, mais j’ai eu la chance de faire tellement d’autres choses! Je me considère aujourd’hui comme un touche-à-tout et je n’ai pas besoin des faire des millions pour être heureux. Mais je m’ennuie de jouer, j’aimerais bien avoir un beau rôle de composition.
Est-ce que la télévision et la radio te manquent ?
Non pas du tout. Je me souviens, dans mes années à la radio, nous avions réussi à jouer un tour au téléphone au pape et à la reine, et c’était deux gros coups. Finalement, ça n’avait rien changé aux cotes d’écoute. J’ai l’impression qu’on aurait pu péter ou roter en ondes et ça aurait fait la même affaire, alors je ne trouvais plus ça aussi motivant. Une fois, pour un spécial Halloween, j’ai ressorti le même spécial que l’année précédente en n’y ajoutant qu’un fait d’actualité, et personne ne s’en est rendu compte... La motivation n’était plus là. J’avais l’impression que je me creusais la tête et que ça ne donnait rien.
Peu de gens savent que tu es auteur, et pourtant, tu as une quinzaine de livres à ton actif!
Les gens me parlent de mes apparitions à la télévision, alors que je me fais plutôt rare depuis un bout. Plusieurs ignorent que je suis auteur et sont surpris de me voir dans les salons du livre. En même temps, il y a tellement peu de tribunes pour parler de littérature, au Québec, que les gens ne savent même pas ce qui sort en librairie. J’ai tout de même réussi à me faire un beau lectorat.
Tu n’as pas eu d’enfant. Est-ce un regret?
Non, pas du tout et même que ç’a vite été clair pour moi. J’ai eu plusieurs frères et sœurs, alors j’ai vécu la vie en tribu et j’avais envie d’une vie plus calme. Aujourd’hui, je me considère encore comme un adolescent. Or il faut être prêt pour s’occuper d’un enfant et abandonner une partie de sa vie pour un autre être humain. C’est peut-être de l’égoïsme, mais je suis bien, seul avec ma femme. Je n’ai aucun regret, j’aime ma vie et je trouve que ça prend du courage pour faire naître un enfant dans un monde aussi incertain que celui dans lequel nous vivons. Je suis bien, dans ma vie à deux avec Alexandra. Nous sommes ensemble depuis six ans et nous sommes heureux. Que pourrais-je demander plus de la vie?
Le livre Québec 70, publié aux Éditions de l’homme, est actuellement disponible en librairie.