Girard prudent: pas de cadeaux pour les Québécois
Le ministre des Finances présente sa mise à jour économique

Marc-André Gagnon
Ceux qui espéraient un cadeau de Noël du ministre des Finances seront déçus. Moins optimiste que prévu pour 2024, Eric Girard a déballé mardi des investissements ciblés et prudents, notamment pour l’accès au logement.
«Nous ne sommes pas en récession, mais certainement dans une période extrêmement difficile qu’on pourrait qualifier de stagnation», a signalé le ministre Girard en conférence de presse.
Avec la guerre en Ukraine et celle entre Israël et le Hamas, «il y a beaucoup d’incertitude dans l’économie», a indiqué M. Girard. «Les six prochains mois seront très difficiles», a-t-il prévenu.
Prévisions à la baisse
La hausse prolongée des taux d’intérêt et la persistance de l’inflation amènent donc le ministre Girard à réviser à la baisse ses prévisions de croissance économique pour 2024, passant de 1,4% à 0,7%.
Malgré cela, le ministre des Finances maintient la cible du retour à l’équilibre budgétaire en 2027-2028.
Pour financer ses nouvelles mesures ciblées, il devra puiser 1 milliard $ dans sa provision pour éventualités. Le déficit prévu demeure à 4 milliards $ pour 2023-2024.
Globalement, les investissements additionnels inscrits dans son mini-budget se chiffrent à 4,3 milliards $.
Pour le Québécois moyen, l’indexation du régime d’imposition des particuliers à 5,08%, à compter du 1er janvier, représentera 282$ de plus dans ses poches en 2024.
L’indexation du régime fiscal, effectuée automatiquement chaque année depuis 2022 en fonction de l’inflation, est la seule mesure qui touche l’ensemble des contribuables. En incluant l’indexation des prestations d’aide sociale au même niveau, cela totalise près de 2 milliards $.
- Écoutez l'entrevue avec Caroline Senneville, présidente de la Confédération des Syndicats Nationaux CSN sur QUB radio :
Crise du logement
Comme annoncé, Québec égalera la mise du fédéral (900 millions $) pour améliorer l’accès au logement, ce qui, globalement, fera en sorte que 1,8 milliard $ seront investis pour la construction de 8000 nouveaux logements sociaux et abordables d’ici cinq ans, dont 500 pour les itinérants.
La bonification du programme Allocation-logement fera en sorte que 25 000 familles de plus pourront en bénéficier, portant à 150 000 le nombre de foyers admissibles.
«Ce qui est le plus dur actuellement pour les Québécois, c’est de payer son logement [...] donc on aide les gens avec ce qui est le plus important», a fait valoir le premier ministre devant la presse parlementaire avant de se rendre au Salon bleu.
La mise à jour économique prévoit 20,8 millions $ pour cinq organismes d’aide alimentaire, dont 5 millions $ pour le Club des petits déjeuners, mais seulement 10 millions $ pour le réseau des Banques alimentaires du Québec, qui demandait 18 millions $ pour boucler son année.
«S’il manque 8 millions $, ça va nous faire plaisir de le trouver», a plus tard précisé le ministre Girard, en affirmant au Salon bleu qu’il n’y a pas d’économie à faire pour l’aide alimentaire.
À défaut d’envoyer un nouveau chèque aux moins nantis, comme le premier ministre l’avait laissé miroiter au début de l’automne, l’ensemble des Québécois bénéficieront, avec leur prochaine déclaration de revenus, de l’effet de la baisse d’impôt qui a commencé à paraître sur leurs payes en juillet dernier.
Autrement dit, plusieurs Québécois auront droit à un remboursement d’impôt plus élevé pour compenser l’allègement fiscal dont ils n’ont pas profité au cours des six premiers mois de l’année 2023.

Loin de la demande des Villes
Par ailleurs, en analysant la ventilation de la somme de 1,8 milliard $ sur cinq ans annoncée par le ministre Girard pour l’adaptation aux changements climatiques, on constate que les investissements prévus sont encore loin des 2 milliards $ réclamés par les municipalités.
En effet, en réalité, seulement 260,6 millions $ d’argent frais sont prévus «pour appuyer les initiatives» en cette matière. Pour arriver au chiffre de 1,8 milliard $, M. Girard inclut 696 millions $ en lien avec les feux de forêt, dont 400 millions $ ont déjà été dépensés après ceux survenus au cours de l’été.
«On doit faire des choix», a expliqué M. Girard, en rappelant que les demandes qui lui sont faites de toutes parts sont supérieures aux ressources dont il dispose.
La même logique s’applique aux travailleurs de l’État, à qui la présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel, a présenté une nouvelle offre globale de 14,8% sur cinq ans. Rien pour calmer la grogne syndicale.
«C’est ce qui est dans le cadre financier [...] qui est serré», a insisté M. Girard, en laissant comprendre qu’il ne dispose pas de marge de manœuvre additionnelle, à moins d’emprunter.
Cette offre, a-t-il dit, est en cohérence «avec la capacité des payeurs de taxes», selon lui.
Indexation fiscale
Combien de plus dans vos poches en 2024?
- + 442$ pour une personne seule qui gagne 60 000$ par année
- + 667$ pour un ménage avec 100 000$ de revenus et deux jeunes enfants
- + 141$ pour le montant maximal pour l’Allocation familiale
- + 59$ pour le crédit d’impôt pour la solidarité
- + 37$ par mois pour la prestation d’aide sociale de base
4,3 G$ additionnels d’ici cinq ans
- 1,8 G$ pour l’accès au logement
- 145 M$ pour l’aide alimentaire et la lutte contre l’itinérance
- 329 M$ pour la formation accélérée des préposés aux bénéficiaires et des travailleurs en construction
- 961 M$ pour la transition climatique
- 995 M$ pour favoriser l’investissement des entreprises
CE QU’ILS ONT DIT
«Je trouve qu’attendre qu’on soit proche des élections pour faire arriver des vraies mesures pour la crise du logement, c’est prendre les électeurs pour des imbéciles, c’est un manque de respect pour les Québécois, c’est insultant.»
– Christine Labrie, Québec solidaire
«On voit que le gouvernement n’a plus de marge de manœuvre à l’aube de sa sixième année. Ça va être long, les trois années qui sont devant nous avec François Legault et la CAQ.»
– Marc Tanguay, Parti libéral du Québec
«Il y a un angle mort que je veux souligner, c’est celui de l’accès à la propriété pour les premiers acheteurs. On voit, dans plusieurs juridictions dans le monde, des mesures vis-à-vis les taux d’intérêt ou l’accès à la propriété. Je rappelle que, sous la CAQ, le prix des maisons a augmenté de 64%.»
– Paul St-Pierre Plamondon, Parti Québécois