Grande mobilisation du secteur public: voici pourquoi ces gens prenaient part à la manifestation

«Le Journal» a parlé à de nombreux Québécois venus marcher jeudi à Montréal

Marianne Langlois, Olivier Faucher et Anouk Lebel

2023-11-23T20:41:14Z

Des dizaines de milliers de gens ont marché dans les rues de Montréal soit parce qu’ils étaient en grève, soit parce qu’ils appuyaient les employés des milieux de la santé et de l’éducation de partout au Québec. En grève illimitée depuis jeudi, les membres de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) arboraient le rouge dans une manifestation monstre tandis que ceux du Front commun faisaient aller leurs drapeaux verts dans une seconde marche. Le Journal est allé à la rencontre de ces militants et de leurs pancartes aux slogans imaginatifs.

Photo Agence QMI, Joël Lemay
Photo Agence QMI, Joël Lemay

 

Les Kings étaient partout

Les millions versés en subventions aux Kings de Los Angeles par le gouvernement étaient l’une des principales inspirations des manifestants, alors que les pancartes faisant référence à la controverse ainsi que les chandails d’équipes de hockey étaient nombreux.

«C’est vraiment une décision qui n’a aucun rapport en ce moment. On veut que les Nordiques reviennent, mais ce n’est pas le temps de penser à ça parce qu’on est des milliers de profs qui souffrent en salle de classe», déplore Simon Plouffe, 20 ans, qui enseigne en cheminement adapté dans une école secondaire de l’Outaouais. 

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Portant son chandail des Kings, il est venu en autobus manifester à Montréal avec ses collègues Cédric Miville et Anne Marie-Ostigny. (Olivier Faucher)

Photo Olivier Faucher
Photo Olivier Faucher
De la Labatt pour tous

«On veut de la Labatt Bleue pour tout le monde!» lance Elsa Myotte, enseignante en graphisme au Collège Ahuntsic.

Elle fait référence à des propos tenus par le premier ministre François Legault plus tôt cet automne. Il avait alors évoqué le fait que les syndicats devaient renoncer à de «la Labatt Bleue pour tout le monde, le mur à mur, la même augmentation».  

«On a le goût de retourner dans nos classes, mais on va continuer à se battre non seulement pour les conditions de travail dans les cégeps, mais en solidarité avec les autres employés du secteur public», fait valoir celle qui est présidente du Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic. (Anouk Lebel)

Photo Anouk Lebel
Photo Anouk Lebel

Trop de jeunes profs abandonnent

Daisy Romero Heredia, enseignante en anglais, langue seconde, dans une école secondaire de l’est de Montréal, est venue manifester entre autres pour améliorer la rétention du personnel dans les écoles.

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«Dans ma cohorte de 30 à l’UQAM, dix ont fini le programme et seulement deux sont encore en enseignement aujourd’hui. Les autres ont changé de carrière, dit celle qui enseigne depuis 15 ans. C’est le genre de métier où tu arrives et tes conditions de travail sont tellement difficiles en commençant qu’il n’y a rien d’attirant, même pas le salaire.»

Émilie Giroux, 24 ans, inscrite en enseignement à l’UQAM, croit qu’on met «des bâtons» dans les routes aux étudiants comme elle. «Nos stages ne sont pas payés et il y a des enseignants non légalement qualifiés qui peuvent travailler alors que nous, on fait face à un mur d’examens très difficiles», critique-t-elle. (Olivier Faucher)

Photo Olivier Faucher
Photo Olivier Faucher

Des commerçants solidaires

Il ne fallait marcher que quelques centaines de mètres pour ressentir l’appui de la population derrière les travailleurs. Pendant que les klaxons des automobilistes se faisaient entendre, les voisins et les commerçants du boulevard Saint-Laurent sortaient par dizaines pour montrer leur soutien aux grévistes.

«Je le fais pour leurs conditions de travail, le nombre d’heures travaillées et l’écart de salaire qui est trop grand», a exprimé Maxene Aly, propriétaire de la boutique Battaglia et Aly, qui agitait vigoureusement son drapeau de la FAE depuis l’entrée de son commerce. (Olivier Faucher)

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Photo Olivier Faucher
Photo Olivier Faucher

Des familles par centaines

Alors que des milliers d’élèves ne peuvent pas aller à l’école pendant la grève, les enseignants doivent eux-mêmes garder leurs enfants à la maison. Des centaines d’entre eux en ont donc profité pour transformer la manifestation en activité familiale.

«Je le fais pour eux! Ils doivent savoir pourquoi on descend dans la rue, lâche Anastasia Timercan, enseignante en anglais enrichi en deuxième secondaire. Quand tu as 35 élèves dans ta classe et que tu dois gérer les problèmes de plein d’élèves en difficulté, bonne chance!» ajoute-t-elle. (Olivier Faucher)

Photo Olivier Faucher
Photo Olivier Faucher

Après cinq ans, toujours pareil

Après cinq ans dans le milieu de l’enseignement, un professeur observe déjà de graves lacunes dans le système et leurs impacts sur les élèves.

«C’est une leçon de solidarité. En cinq ans peu de choses ont changé et la profession a besoin d’amour [...] Plus notre métier sera valorisé, plus on pourra en donner aux élèves», souligne Charles Robidoux-Richard.

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  • Écoutez l'entrevue avec Dr Gilles Julien, pédiatre social depuis plus de 30 ans, fondateur et porte-parole de la Fondation Dr Julien à l’émission d’Alexandre Dubé via QUB radio :

L’enseignant en éducation physique de 29 ans estime que les demandes faites par la FAE sont établies afin d’aider le plus possible les élèves. Parmi les revendications, «une meilleure composition de la classe» est essentielle au bon fonctionnement de son milieu. 

«Avoir des classes plus homogènes, des élèves qui ont les mêmes besoins dans un même groupe, parce que c’est difficile [pour le personnel enseignant] de faire plus de différenciation pédagogique», ajoute-t-il. (Marianne Langlois)

Photo Marianne Langlois
Photo Marianne Langlois

Profs ET personnel spécialisé

Les orthophonistes Florence Van Overmeire et Pascale David (au centre) sont venues manifester avec leurs enfants Victoria Proulx, Zoé et Nicolas Rivard, élèves de l’école publique et en grève.

«On est tout le temps dans l’urgence. On fait juste éteindre des feux, on n’a plus l’occasion de faire de la prévention», déplore Pascale David, qui travaille depuis 20 ans pour le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM). 

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«Ça s’est détérioré avec le temps, on voit vraiment un exode dans le secteur privé», dit celle pour qui la manifestation du Front commun conclut trois jours de piquetage dans la grisaille et le froid. (Anouk Lebel)

Photo Anouk Lebel
Photo Anouk Lebel

«Le bateau coule»

Isabelle Fortier, venue manifester avec ses fils Clovis et Henri, arbore fièrement un chandail de hockey, un clin d’œil aux 5 à 7 millions de dollars consacrés à la venue des Kings de Los Angeles à Québec à l’automne 2024.

«Pendant ce temps, le bateau coule!» dit la préposée aux élèves handicapées au CSSDM. «On est sous-payés. Presque tous les jours, il manque la moitié du personnel», explique celle qui songe de plus en plus à quitter cet emploi qu’elle occupe depuis 14 ans et qu’elle adore. (Anouk Lebel)

Photo Anouk Lebel
Photo Anouk Lebel

«On garde toujours espoir»

Un groupe d’enseignantes au primaire a manifesté pour les enfants et afin d’offrir de meilleures conditions à ses élèves.

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«On le fait pour les enfants, pour avoir du soutien pour les enfants. On est seules devant des classes qui demandent beaucoup. Un adulte pour 26 élèves, c’est beaucoup», explique Suzanne Dauphinais, enseignante de 4e année du primaire de Laval. 

Au nombre élevé d’enfants dans les classes, plusieurs «ont des besoins variés», ce qui complique leur travail, estiment les enseignantes, et ne permet pas aux jeunes d’obtenir tout le soutien nécessaire à leur apprentissage.

«Pour les enfants en difficulté, on demande des services, on demande des évaluations et on se fait dire de les mettre sur des listes d’attente qui peuvent durer pendant deux ans. Si l’enfant n’est pas en échec, ce n’est pas une priorité», déplore Mme Thibault également, enseignante en 4e année du primaire à Laval qui préférait taire son prénom. (Marianne Langlois)

Photo Marianne Langlois
Photo Marianne Langlois

Les infirmières de la FIQ aussi en grève

De nombreuses infirmières de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) manifestaient aussi jeudi pour témoigner de leur mécontentement face aux conditions de travail et au salaire qui ne suit pas l’inflation.

«Je suis à deux ans de ma retraite et j’ai l’impression que je suis au même point qu’il y a 30 ans, les primes, ça n’a aucune répercussion sur la retraite», souligne Lily Terrien, infirmière depuis 32 ans, qui piquetait avec une dizaine de collègues devant l’hôpital Santa Cabrini à Montréal.

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Plusieurs membres du personnel de la santé ont souligné qu’il était important pour eux de manifester leur mécontentement afin d’obtenir de meilleures conditions de travail, un salaire qui suit la courbe de l’inflation, mais aussi un milieu attrayant pour la relève.

«Je comprends maintenant les jeunes qui se battent contre ce que j’ai vécu [...] le domaine de la santé publique n’est pas attrayant», déplore-t-elle. (Marianne Langlois)

Photo Marianne Langlois
Photo Marianne Langlois

Personnel non légalement qualifié

L’enjeu du personnel non qualifié continue d’être une problématique décriée par le personnel scolaire lors de la grande marche. 

«On a besoin d’un minimum de respect pour notre profession [...] on doit engager des gens qui ont un minimum de formation et qui ne travaillaient pas au Tim Hortons la semaine dernière. On a vu ça!» clame Marie-Josée Roy, orthopédagogue au primaire.

Elle mentionne que cet enjeu dont on entend parler depuis la rentrée 2023, mais qui fait partie du quotidien du personnel enseignant depuis des années, crée une surcharge de travail. Pour éviter que les enfants soient pénalisés, les professeurs doivent encadrer le travail de ces employés, affirme-t-elle. 

«On doit les soutenir, on ne peut pas les laisser aller. On est à bout de ça, ils ne peuvent pas faire ce qu’un enseignant ou une enseignante fait», conclut-elle. (Marianne Langlois)

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