Kamala Harris et Mike Pence offrent un vrai débat d’idées
La sénatrice démocrate et le vice-président américain n’ont pas imité Trump et Biden

Erika Aubin
Avec des plexiglas et près de quatre mètres qui les séparaient, le vice-président Mike Pence et la colistière de Joe Biden, Kamala Harris, se sont livrés mercredi soir à un face-à-face remporté timidement par le camp démocrate.
• À lire aussi: Le verdict de nos experts
• À lire aussi: Kamala Harris dénonce la gestion de l’administration Trump
• À lire aussi: Une mouche vole la vedette lors du débat Pence-Harris
Expert
« C’est un match nul. Ce qui en soi est une victoire pour Joe Biden et Kamala Harris », dit Rafael Jacob, spécialiste de la politique américaine.
L’unique débat des aspirants vice-présidents faisait suite au face-à-face présidentiel de la semaine dernière ainsi qu’au diagnostic positif à la COVID-19 de Donald Trump.
- Écoutez la chronique de Caroline St-Hilaire au micro de Pierre Nantel sur QUB radio:
Bien que la soirée ait été moins chaotique et cacophonique que le premier débat, il y avait quelques tensions mercredi soir.
« Le débat a été plus civilisé, mais plusieurs questions ont été carrément ignorées », souligne M. Jacob.
Le vice-président américain Mike Pence et Kamala Harris, la démocrate qui brigue son poste, se sont affrontés hier sur la gestion du Covid-19, sujet qui domine la campagne électorale aux États-Unis #AFP pic.twitter.com/8dDPknIqgR
— Agence France-Presse (@afpfr) October 8, 2020
Pence s’est rapidement imposé comme bon communicateur et en commande de ses moyens tandis que Harris, ancienne élève de l’école secondaire Westmount au Québec, a tenu son bout presque du début à la fin.
- Écoutez le chroniqueur de politique internationale Loïc Tassé avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:
Fervent chrétien aux manières policées, Mike Pence, 61 ans, détonne avec la personnalité haute en couleur de son dirigeant.

Fille d’un père jamaïcain et d’une mère indienne, Kamala Harris, 55 ans, apparaît comme un gage de vitalité aux côtés de Joe Biden, 77 ans.
Gestion de la pandémie
La soirée modérée par Susan Page, du quotidien USA Today, était articulée autour de neuf thèmes, dont la COVID-19, les taxes, les changements climatiques et le racisme.
La sénatrice démocrate n’a pas manqué d’épingler son rival sur la gestion de la pandémie par l’administration Trump, qui d’ailleurs était de retour au Bureau ovale mercredi après un séjour à l’hôpital.
Les États-Unis sont les plus endeuillés au monde avec plus de 210 000 décès et près de 7,5 millions d’Américains infectés.

Sur la pandémie, Pence s’en est tenu mercredi soir à défendre la gestion de crise de son gouvernement.
Ce débat entre candidats à la vice-présidence prend une envergure compte tenu du diagnostic du président de 74 ans, mais aussi de l’âge des deux candidats à la présidentielle.

Peu d’impact
M. Jacob croit toutefois que le débat de mercredi soir n’aura pas un grand impact sur les intentions de vote des Américains.
« Depuis le début, Trump est largement en arrière. Ramener une campagne toute croche est une tâche presque impossible pour Pence », fait-il valoir.
Avec 57 % d’intentions de vote, Biden compte désormais 16 points d’avance sur le milliardaire républicain (41 %), selon un sondage publié mardi par CNN.
Vérifications de quelques faits
Le vice-président américain Mike Pence et Kamala Harris, la démocrate qui brigue son poste, se sont fait face mercredi, s’affrontant sur des sujets tels que la réponse de l’administration Trump à la crise du coronavirus et les impôts.
L’équipe de « fact-checking » de l’AFP a fait le point sur des points majeurs du débat.
Réponse au coronavirus
Kamala Harris a affirmé que Donald Trump et Mike Pence étaient au courant fin janvier des dangers de la COVID-19 (qui a tué plus de 211 000 personnes aux États-Unis), mais « les avaient cachés » et avaient « minimisé leur gravité ».
Ces propos sont soutenus par des enregistrements d’interviews du président américain menées par le journaliste Bob Woodward, dont un entretien datant du 19 mars, dans lequel il avait déclaré: « J’ai toujours voulu minimiser (le danger) », et « Je veux toujours le minimiser, parce que je ne veux pas créer de panique ».
This is the tape: 🔊pic.twitter.com/ozX8O8fVKm
— Frank Luntz (@FrankLuntz) September 9, 2020
Mike Pence (responsable de la réponse du gouvernement au coronavirus) a répliqué que « dès le premier jour, le président avait fait passer la santé des Américains en premier », expliquant qu’il avait « suspendu toutes les arrivées en provenance de Chine ». Il a affirmé que le candidat démocrate à la Maison-Blanche Joe Biden avait critiqué cette décision comme « xénophobe ».

Ces affirmations sont inexactes. Plutôt que d’interdire tous les voyages en provenance de Chine, Trump a imposé des restrictions assorties de multiples dérogations. Selon une analyse du New York Times, des dizaines de milliers de voyageurs venant de Chine étaient entrés aux États-Unis dans les deux mois qui ont suivi ces restrictions.
Biden a accusé Trump de xénophobie dans des tweets cette année, sans qu’il soit clair qu’il se référait spécifiquement aux mesures du président concernant les arrivées en provenance de Chine.
Impôts
« Dès le premier jour, Joe Biden va augmenter vos impôts », a déclaré Mike Pence. Cette affirmation est partiellement vraie, mais cela dépend des revenus.
L’Urban-Brookings Tax Policy Center a indiqué que le programme de Biden en matière d’impôts amènerait 4000 milliards de dollars de recettes dans les dix prochaines années, et qu’« avec ce programme, les ménages ayant les plus hauts revenus subiraient des augmentations d’impôts substantiellement plus élevées que les ménages appartenant aux autres catégories, à la fois en montant absolu et en pourcentage de leurs revenus ».
Cela fait écho à la réponse de Kamala Harris à Mike Pence, affirmant que « Joe Biden n’augmentera pas les impôts pour toute personne qui gagne moins de 400 000 dollars par an ».

Ni l’affirmation de Mike Pence ni la réponse de Kamala Harris ne peuvent cependant être complètement vérifiées, car le Congrès devrait voter une nouvelle loi fiscale pour mettre en oeuvre le programme de Joe Biden, qui modifierait l’assujettissement à l’impôt des entreprises et des particuliers.