Hécatombe dans les CHSLD: une honte nationale


Josée Legault
Ça nous frappe en plein ventre depuis le printemps. Les milliers de femmes et d’hommes d’ici, morts de la COVID-19 dans la plus totale solitude et indignité – de loin le pire bilan au pays –, est une véritable honte nationale.
Déposé aujourd’hui, un rapport cinglant de la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, en fait l’autopsie.
- Écoutez Marie Rinfret, protectrice du citoyen, sur QUB radio:
Ce faisant – et témoignages déchirants à l’appui –, elle en documente amplement les causes déjà connues: manque criant d’effectifs et d’équipements de protection personnelle; absence de protocoles de prévention des infections; exclusion des proches aidants par manque évident d’équipements de protection; édifices vétustes; mobilité du personnel entre les établissements, gestion ultracentralisée et déshumanisée, etc.
Et que dire de ces transferts répétés de personnes âgées fragiles de l’hôpital à des CHSLD pour «vider» des «lits» d’hôpitaux pour la COVID-19?
Ce faisant, elles se voyaient envoyées à l’«abattoir», pour reprendre le mot du fils d’une des nombreuses victimes transférées, puis mortes de la COVID-19 en CHSLD.
Cette hécatombe ne crève pas le cœur, elle le lève carrément.
La protectrice du citoyen parle évidemment de la première vague de la COVID-19.
Pour la deuxième que nous vivons actuellement, il est vrai que le gouvernement a posé des gestes concrets pour améliorer la situation, dont l’embauche massive de préposés aux bénéficiaires, la nomination de «patrons» locaux pour chaque CHSLD, une meilleure prévention des infections, le retour des proches aidants, etc.
La tragédie a néanmoins eu lieu au printemps. Personne ne peut et ne doit l’effacer de nos mémoires.
En fait, depuis vingt ans, des rapports sur l’abandon des CHSLD et de leurs résidents par les gouvernements, on pourrait s'en servir pour garnir de multiples tablettes dans les officines des ministères.
Comme analyste, j’ai beaucoup écrit sur le sujet. En fait, depuis de longues années, j’ai dénoncé, comme tant d’autres, l’extrême négligence politique et financière des gouvernements face aux CHSLD.
Il était aussi connu que pour toutes ces mêmes raisons, les CHSLD négligés étaient depuis longtemps des milieux «naturels» d’éclosion. Entre autres pour l’influenza, la gastro et même la gale. Mais on ne s’en préoccupait pas. D’où aussi, cette année, la grande facilité de propagation du coronavirus qu’on y a vue.
Cette responsabilité commune des gouvernements des dernières décennies, sauf pour François Legault et Pauline Marois, rares sont toutefois les premiers ministres à l’avoir reconnue.
Le Québec est une société vieillissante. La tendance est lourde et connue depuis longtemps. Cela en dit très long sur l’indifférence scandaleuse des gouvernements précédents à poser les gestes nécessaires et en conséquence.
Cet après-midi, sur sa page Facebook, François Legault a réitéré que «tout le monde s’entend pour dire qu’on n’en a pas assez fait pour nos aînés dans les dernières années».
Il l’a dit sans hésiter non plus à prendre à nouveau sa part de responsabilités, tout en s’engagent à redresser la situation:
«Dans 25 ans, dans 50 ans, on va se souvenir qu’en 2020, on a perdu des milliers de Québécois en CHSLD. Mais il faudra aussi se souvenir que c’est suite à ce drame qu’on a changé les choses. Il faudra se souvenir qu’on s’est dit: plus jamais. On va faire ce qu’il faut pour mieux prendre soin de nos aînés au Québec. J’en fais une priorité.»
On dit que des crises majeures naissent les leçons pour un avenir meilleur. On ne peut que se le souhaiter très, très fort et surtout, sans oublier.