Hôtellerie à Montréal : la grève de la STM «force» des employés à dormir au travail pour arriver à temps le matin

Photo portrait de Olivier Faucher

Olivier Faucher

2025-11-05T13:40:00Z

Avec son réseau parfois suspendu et ses horaires restreints, la grève de la STM force les hôteliers et leur personnel à «être créatif» afin de s'assurer que les services offert à leur clientèle ne soit pas affectée... Des solutions pour la plupart complexes et dispendieuse.

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«Il faut qu’il se passe quelque chose. On ne peut pas attendre un mois», lance Ian Marceau, DG régional des hôtels Hampton Inn.

Dans son établissement du centre-ville situé sur le boulevard Saint-Laurent, une poignée d’employés ont passé la nuit, le week-end dernier, dans des chambres libérées par l’employeur pour qu’ils préparent à temps le petit déjeuner servi aux clients le matin. Samedi, le service était totalement suspendu sur le réseau de la STM à cause des deux grèves simultanées des employés d’entretien et des chauffeurs.

«Ça a été une entente de gré à gré. Il a fallu qu’ils retournent après leur quart chez eux pour souper, avant de revenir pour dormir. On avait besoin d’eux et ils ont compris», a expliqué M. Marceau, pour qui cette solution était plus avantageuse que de payer le taxi à tout le monde le matin.

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Ce n’est qu’une des nombreuses solutions que l’hôtel a dû trouver pour faire face à la grève de la STM, qui doit perturber le service chaque jour, jusqu'à la fin novembre, et qui a de lourds impacts sur la main-d’œuvre de cette industrie.

À Montréal, plus de 12 000 personnes travaillent dans les hôtels, qui sont pour la plupart situés au centre-ville, et «la grande majorité» d’entre elles prennent le transport collectif pour aller au travail, selon Dominique Villeneuve, PDG de l’Association hôtelière du Grand Montréal.

Dominique Villeneuve, PDG de l’Association hôtelière du Grand Montréal (AHGM)
Dominique Villeneuve, PDG de l’Association hôtelière du Grand Montréal (AHGM) PHOTO FOURNIE PAR L'AHGM

Des partys moins gros que prévu

À l’hôtel Marriott Château Champlain, les appels de ceux qui ont réservé au restaurant ou dans les salles de réception de l’établissement pour les partys de Noël se multiplient depuis quelques jours.

«Notre saison de partys de Noël commence mi-novembre et on commence déjà à voir des groupes qui veulent réduire leur nombre de personnes, parce qu’ils savent que leurs employés ne viendront pas», fait savoir Benjamin David, directeur général par intérim.

Le Marriott Château Champlain, à Montréal
Le Marriott Château Champlain, à Montréal Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal

Une mauvaise image auprès des touristes

Si les touristes internationaux n’ont pas annulé leur voyage et leurs réservations de chambres, l’achalandage des Québécois est en forte baisse, selon lui, et la difficulté liée aux déplacements des employés force notamment la suspension du service aux chambres.

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L’hôtel anticipe une perte de revenus de 50% dans son restaurant par rapport à la normale ce mois-ci si la grève de la STM se poursuit comme prévu jusqu’à la fin novembre.

Quant à la réputation de Montréal, elle en prend pour son rhume, croit M. David. «Les touristes arrivent à l’aéroport, qui est en travaux. Ils arrivent au centre-ville et il n’y a pas de transport. Ça ne donne pas une belle image de la destination.»

Benjamin David, directeur général par intérim de l’hôtel Marriott Château Champlain, à Montréal
Benjamin David, directeur général par intérim de l’hôtel Marriott Château Champlain, à Montréal PHOTO FOURNIE PAR BENJAMIN DAVID

«Appel pressant» au ministre

De manière générale, les hôtels qui assument les frais de taxi pour déplacer leurs employés s’imposent un fardeau financier de plus en plus lourd chaque jour, souligne Dominique Villeneuve.

«De le payer pour deux ou trois jours, c’est une chose, mais pour un mois en entier, ce n’est pas planifié dans le budget. C’est un coût astronomique qui pourrait se répercuter sur le prix des chambres», fait-elle valoir.

Tout cela pousse l’industrie à réclamer au gouvernement Legault d’appliquer tout de suite la loi 89, adoptée au printemps dernier. Celle-ci empêcherait la paralysie actuelle du réseau de transport... mais elle n’entre en vigueur que le 30 novembre.

«La STM, c’est un service essentiel, tonne Mme Villeneuve. On lance un appel pressant au ministre du Travail de devancer dès maintenant l’application de la loi.»

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