Le club Guerriers dépose une plainte pour discrimination

Le leadership du directeur technique de la FHQ sérieusement contesté

Le président des Guerriers Temuera Betham a soumis une plainte de discrimination à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
Le président des Guerriers Temuera Betham a soumis une plainte de discrimination à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Photo courtoisie
Photo portrait de Richard Boutin

Richard Boutin

2021-04-21T02:27:02Z

Le torchon brûle entre certains clubs et la Fédération d’haltérophilie du Québec (FHQ).

Les Guerriers (Montréal), la Machine Rouge (Saint-Hyacinthe) et le Club du Nord (Lachute) sont au nombre des clubs qui déplorent les façons de faire de la Fédération et de son directeur technique, Augustin Brassard.

« Il y a quatre ou cinq clubs qui sont pris en grippe, résume le vice-président du Club du Nord, Donald St-Pierre, qui a remis sa démission comme membre du conseil d’administration de la FHQ en raison du mauvais climat de travail. On n’a pas fait grand-chose. On ne faisait que réparer les pots cassés. Le directeur technique créait des conflits et prétendait que le problème venait des autres. À chaque conflit, le dénominateur commun était la même personne.

« Tu reçois tout si la Fédération t’aime, sinon tu manges ton pain noir, poursuit M. St-Pierre. En théorie, le conseil d’administration prend les décisions, mais en pratique, c’est M. Brassard qui prend toutes les décisions. C’est une dictature. »

Plainte déposée 

Le conflit a augmenté de quelques crans le 15 janvier dernier. Le président du club Guerriers, Temuera Betham, a déposé à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) une plainte de discrimination à l’endroit de Brassard et du conseil d’administration.

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Le président estime que son club est victime de racisme. 

« Nous avons été victimes de plusieurs événements racistes avec la Fédération d’haltérophilie du Québec, son directeur technique et son conseil d’administration. Problème d’affiliation de notre club et de ses athlètes ainsi que d’un autre club composé de minorités visibles ; comportement déplacé du directeur technique envers un de nos athlètes (Ivan Cambar) qui était sur le point de briser un record canadien. Il lui a dit devant tout le monde qu’il n’était pas Canadien et qu’il n’avait pas de record à briser. »

Dans sa plainte, le président des Guerriers affirme que la discrimination est reliée à la langue, l’origine ethnique et la race, et souhaite obtenir des accommodements, une compensation financière qui n’est pas chiffrée et la destitution de M. Brassard ainsi que des membres du conseil d’administration.

La FHQ dit ne pas être au courant des démarches entreprises par les Guerriers auprès de la CDPDJ. 

Fondé en 2012, le club compte plus de 40 athlètes de neuf nationalités, en plus du volet CrossFit.

En avril 2019, les Guerriers avaient déposé à la FHQ une plainte pour racisme à l’endroit du directeur technique. 

« Nous avons pris la plainte très au sérieux, affirme la vice-présidente de la FHQ, Tania Whalen. Nous avons soutenu l’athlète dans sa démarche. La plainte était fondée. Un comité éthique a été mis sur pied, comme le prévoient nos statuts et règlements. C’était la parole de l’un contre l’autre et nous avions confiance en notre directeur technique. C’était une première plainte en plus de 30 ans. Le comité n’a pas donné de sanction, mais nous avons décidé que M. Brassard ne serait plus présent lors des compétitions. Nous avons embauché un directeur de compétition. » 

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Un concours annulé pour des raisons financières 

Le directeur technique Augustin Brassard avait prévenu son employeur en octobre 2019 qu’il allait partir à la retraite. Au terme d’un deuxième affichage, la Fédération d’haltérophilie du Québec (FHQ) avait déniché un candidat intéressant, mais la personne n’a finalement jamais été embauchée.

« Nous avions retenu un excellent candidat, mais le contexte avait changé, et d’un commun accord il a choisi de se désister, a expliqué Mme Whalen. Nous ne pouvions pas signer un contrat sans mettre la Fédération à risque parce que nous étions en attente d’un financement. »

« Nous avons alors demandé à M. Brassard de rester parce que c’était lui le plus qualifié, ajoute Mme Whalen. Il ne coûte pas cher et il ne compte pas ses heures. C’est un missionnaire plus qu’un employé. On va s’asseoir avec M. Brassard et on va déterminer le bon moment pour qu’il parte tout en s’assurant du transfert de ses connaissances et qu’il puisse former son successeur. »

Difficile à croire

Ciro Ibanez n’en croit pas un mot. « Depuis 2012, on entend dire que M. Brassard va partir, souligne l’entraîneur-chef des Guerriers. Parler de son départ est une façon de calmer le jeu. Malgré mon expérience dans les Fédérations de France et d’Espagne, je n’ai pas reçu de réponse après avoir soumis ma candidature. J’avais aussi démontré mon intérêt pour occuper un poste au conseil d’administration, mais j’ai été refusé. La Fédération ne veut rien changer. »

Le championnat canadien junior virtuel présenté les 20 et 21 mars a soulevé l’ire de certains clubs. La provenance des athlètes québécois était indiquée par un trait d’union. La Machine rouge, le Club du Nord et les Guerriers n’ont vraiment pas apprécié.

« Parce que tous les athlètes n’avaient pas accès à des installations adéquates partout au Québec en fonction des restrictions différentes de la Santé publique d’une région à l’autre, on a décidé de ne pas former d’équipe, mais on laissait les gens libres d’y participer sur une base individuelle et on avait demandé à la Fédération canadienne d’inscrire le mot guest (invité) ou l’acronyme du club, a expliqué la vice-présidente Tania Whalen. On préfère tenir des compétitions en présentiel, mais on n’aura pas d’autre choix que de s’adapter. On regarde cette option, mais il faudra que ça se passe dans un environnement sécuritaire. »

Le membership de la Fédération a fondu comme neige au soleil depuis un an. « Avant la pandémie, nous étions à notre apogée avec 35 clubs et 1000 membres alors que l’on compte maintenant 500 membres au sein de 29 clubs », a indiqué Mme Whalen.

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