Il est où, le virus, il est où?


Claude Villeneuve
Ça va faire trois semaines que les écoles sont fermées, deux pour les bureaux et les commerces non essentiels. Les restaurants, les gymnases et les bars le sont depuis le début octobre. Pourtant, le virus continue de circuler de plus belle.
Il se promène où, le virus, coudonc ? Comment fait-il pour contaminer encore autant de gens ?
D’aucuns ciblent les rassemblements illégaux qui auraient eu lieu pendant les Fêtes, ce que tendent à confirmer les témoignages de plusieurs médecins et un sondage Léger où 46 % des Québécois avouent avoir rejoint un autre ménage à au moins une reprise. On a fait grand cas également des voyageurs qui reviennent du Sud. D’autres pensent que ça circule dans les hôpitaux mal ventilés, où le personnel est épuisé et mal protégé. Certains spécialistes parlent également d’un relâchement dans la distanciation sociale et l’hygiène respiratoire, dans une population tellement fatiguée des règles qu’elle ne se rend même pas compte qu’elle ne les respecte plus.
Ce qui explique sans doute ce que le gouvernement annoncera ce soir, soit un couvre-feu, dont on espère au moins qu’il osera nommer son nom. Si les Québécois ne s’empêchent pas de se promener eux-mêmes alors que tout est censé être fermé, on les y forcera.
Avoir l’heure juste
L’ambiance est lourde alors que chacun explique la propagation du virus en choisissant la raison qui viendra flatter son propre biais de confirmation, en blâmant ceux qui pratiquent la délinquance qu’il n’a pas commise lui-même. C’est pénible. Ça nous divise, alors qu’on a besoin d’être unis.
Au moment de resserrer les règles et alors qu’il est permis de douter qu’un confinement plus dur et plus long parviendra réellement à aplanir la courbe, le gouvernement doit donner l’heure juste.
Il est où le virus ? Où circule-t-il ? A-t-on sous-estimé sa saisonnalité ? A-t-on négligé la transmission aérienne, celle qui inquiète de plus en plus de spécialistes ? Ça va prendre une meilleure réponse que « l’INSPQ est en train de regarder ça ».
Pour maintenir l’adhésion aux consignes, en pratique et pas seulement dans les chiffres de popularité du gouvernement de la CAQ, on a besoin d’avoir l’heure juste. Il faut montrer, chiffres à l’appui, où se déroule cette transmission qui paralyse notre société depuis dix mois et fait craquer notre système de santé.
Lambinage et finasseries
Surtout, le gouvernement doit remplir sa partie du contrat, et, ici, c’est de procéder avec le plus de diligence possible à la distribution du vaccin, ce qu’il n’arrive pas à faire présentement. Des 88 000 doses reçues jusqu’à maintenant, seulement un peu plus de 30 000 ont été inoculées. Ce lambinage de la part d’un gouvernement qui s’apprête à restreindre encore plus la liberté des citoyens est moralement inacceptable. Faut que ça bouge !
Le plus dur est à venir. Composant avec la pandémie depuis mars, socialement confinés depuis octobre, les Québécois devront composer pour les prochains mois avec des règles plus dures qu’ils appuient en théorie, mais respectent de moins en moins en pratique.
Dans le contexte, ils sont en droit d’exiger qu’on leur donne l’heure juste sur les raisons du durcissement, qu’on ne finasse plus avec de fausses échéances qu’on ne respectera et que le gouvernement fasse son bout, qui est de vacciner aussi vite que possible.