«Il existe un marché de la mort numérique»: parlons-nous suffisamment de ce qui advient de nos réseaux sociaux après notre mort?

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Félix Desjardins

2026-01-24T05:00:00Z

Même après avoir rendu notre dernier souffle, nous continuons de vivre à travers notre identité numérique. En faisons-nous assez pour la protéger de notre vivant?

Selon un rapport de 2024 de l’Académie de la transformation numérique de l’Université Laval, 88% des adultes québécois sont sur les réseaux sociaux, ayant en moyenne une présence sur trois d’entre eux.

Des fraudes plus faciles
Sébastien Gambs est professeur au Département d’informatique de l’Université du Québec à Montréal.
Sébastien Gambs est professeur au Département d’informatique de l’Université du Québec à Montréal. Courtoisie Sébastien Gambs

Lorsque ces personnes décéderont, elles laisseront une importante empreinte numérique derrière elles. Sans surveillance, les profils de personnes défuntes sont beaucoup plus propices à la fraude et à l’usurpation d’identité, souligne Sébastien Gambs, professeur au Département d’informatique de l’UQAM.

«C’est un enjeu de société sur lequel il n’y a pas beaucoup de débats, estime-t-il. Il y a ce qu’on appelle le marché de la mort numérique: on a notamment vu des Américains voler l’identité de Canadiens morts en ligne pour se faire opérer gratuitement au Canada.»

On connaît tous quelqu’un qui s’est déjà fait voler son compte Facebook. Imaginez à quel point l’usurpation d’identité est un jeu d’enfant pour les fraudeurs lorsqu’ils visent l’identité numérique d’une personne défunte...

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Malfaisant et ingénieux

Par ailleurs, en plus des vols d’identité, des fraudeurs utilisent des stratagèmes élaborés pour tirer profit de la mort d’inconnus. Rien de rassurant, on en convient!

«Certains fraudeurs viennent moissonner toutes les annonces de décès dans les journaux et créent en deux secondes un site web en mémoire de chaque personne, sans l’accord de la famille, pour amasser de l’argent», précise M. Gambs.

Des mesures préventives

Il n’existe pas de solution miracle pour se protéger des pirates de l’au-delà. Mais certains gestes préventifs peuvent les ralentir, à tout le moins.

Selon Marc-Antoine Bernier, vulgarisateur juridique pour Éducaloi, de plus en plus de gens incluent des directions concernant leurs réseaux sociaux dans leur testament.

Marc-Antoine Bernier est notaire et vulgarisateur juridique pour Éducaloi.
Marc-Antoine Bernier est notaire et vulgarisateur juridique pour Éducaloi. Courtoisie Éducaloi

«Ce qui est recommandé, c’est d’inclure une clause à propos des réseaux sociaux et d’annexer un document dans lequel on inscrit des directives pour accéder aux mots de passe, soutient-il. Le meilleur truc pour ça, c’est un gestionnaire de mots de passe.»

Sur Facebook, on peut désigner un contact légataire, c’est-à-dire une personne qui gérera notre compte s’il est transformé en profil commémoratif. Cette personne pourra effectuer certaines modifications sur le profil, mais pas consulter l’historique de messagerie.

Il est extrêmement difficile, voire impossible, d’accéder au compte d’un être cher, et ce, même s’il avait exprimé dans son testament son souhait de nous le léguer.

«Dans les conditions de beaucoup de plateformes, il est spécifié qu’une seule personne peut utiliser chaque compte, poursuit Me Bernier. Approcher une plateforme basée à l’étranger avec un testament québécois, ça peut prendre très longtemps, surtout que le service à la clientèle se fait de plus en plus par l’entremise de robots.»

L’hygiène numérique

Pour éviter d’ajouter à la liste imposante des tâches que doivent accomplir nos survivants après notre décès, Sébastien Gambs conseille d’adopter une «bonne hygiène numérique». Fermer les comptes qu’on n’utilise plus, par exemple, peut limiter les risques de fraude ou d’utilisation des données personnelles.

«On devrait régulièrement aller voir quelles informations existent à notre sujet en ligne, conclut-il. Mais ce qui serait idéal, ce serait d’avoir une organisation de la société civile qui aide les familles. Si on se rend compte que quelqu’un usurpe l’identité d’un être cher décédé, on devrait avoir du soutien légal.»

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