Lectures obligatoires: des profs veulent ramener les classiques dans nos écoles
Gabriel Côté
Il devrait y avoir davantage de classiques de la littérature parmi les lectures obligatoires des jeunes Québécois, plaident des profs de français au secondaire.
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«Il faut mettre sur pied, avec des experts en littérature et en pédagogie et avec des enseignants, un répertoire argumenté d’œuvres tirées de la littérature québécoise et universelle, mais assez vaste pour qu’il reste une liberté pédagogique aux profs», a lancé Lili-Marion Gauvin-Fiset, qui enseigne le français à l’école Joseph-François-Perrault, à Québec.
«L’idée, ce n’est pas de faire lire la même chose systématiquement à tout le monde, ce serait seulement d’avoir une base commune. En ce moment, tout le monde fait son possible, mais il manque de balises», a-t-elle poursuivi.
Repères culturels
De fait, les lectures des étudiants varient beaucoup d’une école à l’autre. «Ça dépend des choix qui ont été faits dans le passé. Beaucoup de profs font lire des traductions de livres qui ont été adaptés à l’écran pour essayer d’intéresser les étudiants», a constaté une autre enseignante de la même école, Julie Leblond.
C’est sans compter le clivage qu’il y a entre les programmes particuliers, où les jeunes côtoient davantage les grandes œuvres, et les classes régulières, où les exigences «sont généralement moins élevées», a ajouté un troisième prof, Fabrice Métivier.
«C’est dommage parce que le rôle de l’école, c’est d’amener tous les jeunes à accéder à une culture à laquelle ils n’ont pas accès à la maison. Pour certains, l’école représente la seule chance d’entrer en contact avec les grands repères culturels», a expliqué M. Métivier, tout en concédant qu’il faut trouver un équilibre entre ce qui est trop difficile et ce que les élèves consomment déjà de leur côté.
Les trois enseignants optent donc pour les classiques de la littérature quand vient le temps de choisir des livres pour leurs élèves. «Ça fonctionne toujours bien», a glissé Lili-Marion Gauvin-Fiset.

«Un classique, c’est un texte fondateur ou un texte phare qui a ouvert la voie à des centaines d’autres œuvres dans un même genre, comme les Sherlock Holmes pour les romans policiers.»
«Parfois, les élèves trouvent ça plus difficile», a concédé Fabrice Métivier. «Mais, souvent, ils trouvent du plaisir dans la fierté qu’ils tirent d’avoir lu un livre difficile et d’avoir accédé à quelque chose de nouveau. Ça allume quelque chose en eux.»
Un choix économique
Un répertoire argumenté, inspiré du «socle commun des connaissances, de compétences et de culture» en France, permettrait de fixer certaines limites et d’assurer que les œuvres qui sont lues en classe sont bien arrimées au programme.
Cet outil ferait aussi en sorte de guider les centres de services scolaires dans leurs achats de livres. En ce moment, il n’est pas rare que des ouvrages achetés en grande quantité afin de pouvoir les utiliser en classe ne soient utilisés que quelques fois, avant de prendre la poussière et d’être élagués tôt ou tard.
«Ça arrive quand on choisit des titres à la mode, mais qui ne résistent pas à l’expérience du temps. Malheureusement, c’est de l’argent perdu», a constaté Lili-Marion Gauvin-Fiset.
- Écoutez l'entrevue avec Lili-Marion Gauvin Fiset, enseignante en français à l’École Joseph-François-Perreault à Québec d’Alexandre Dubé via QUB radio :
Exemples de classiques qui pourraient figurer dans le répertoire, selon Lili-Marion Gauvin-Fiset
Romans policiers: Les classiques anglais (Les aventures de Sherlock Holmes, les romans d’Agatha Christie), les romans de Georges Simenon
Récits fantastiques: Les nouvelles de Maupassant
Contes et légendes: La chasse-galerie et autres récits, d’Honoré Beaugrand
Poésie engagée: Refus global, L’homme rapaillé, de Gaston Miron
Fables: Les Fables de La Fontaine
Des directives larges
À l’heure actuelle, les directives du ministère de l’Éducation en ce qui concerne les textes à faire lire aux élèves du secondaire sont assez larges. Au premier cycle (première et deuxième secondaire), les étudiants doivent lire un minimum de cinq œuvres par année, qui sont soit des romans, des nouvelles, des contes ou des légendes. Au deuxième cycle (troisième, quatrième et cinquième secondaire), la consigne est un peu plus serrée: les élèves doivent lire «au moins cinq» livres «permettant d’aborder au moins trois univers différents et au moins trois auteurs différents». Tout au long du secondaire, la moitié des œuvres lues doivent être québécoises, et l’autre moitié doit provenir de la francophonie ou du patrimoine mondial.
Par ailleurs, le ministère de l’Éducation entretient déjà un répertoire d’œuvres littéraires, sous la forme d’un «site de développement pédagogique» nommé Constellations. Chaque mois, des spécialistes du domaine du livre et de l’éducation analysent les nouveautés littéraires pour la jeunesse qui sont disponibles en français, au Québec. Ce répertoire n’est pas restrictif et il contient principalement de la littérature jeunesse.
Ce qu’ils ont dit
«Enseigner les classiques, c’est donner aux élèves les codes et les bases qui vont leur permettre d’être compétents au niveau culturel. C’est aussi un passage obligé pour comprendre les références qui sont partout, même dans les épisodes des Simpsons, par exemple.»
- Lili-Marion Gauvin-Fiset
«On sous-estime terriblement les jeunes, et on leur propose des livres trop faciles. Parfois, aussi, ils se sous-estiment eux-mêmes.»
- Julie Leblond
«La justification pour faire lire une œuvre, ça ne peut pas être qu’un prof pense que parce que c’est plus facile, les jeunes vont aimer ça. La réalité, c’est qu’on ne sait jamais s’ils vont aimer ça. Et il y a même des élèves qui sont frustrés quand c’est trop facile.»
- Fabrice Métivier