Il met «sa famille de côté» pour combattre le virus

Tarik Boufraqech travaille sans relâche depuis le début de la pandémie. En neuf mois, il n’a pris que six jours de congé.
Tarik Boufraqech travaille sans relâche depuis le début de la pandémie. En neuf mois, il n’a pris que six jours de congé. Photo Stevens LeBlanc
Photo portrait de Elisa Cloutier

Elisa Cloutier

2020-12-29T05:00:00Z

Un infirmier auxiliaire, qui travaille 7 jours sur 7, le soir et la nuit, depuis mars, affirme avoir été forcé de «laisser sa famille de côté» pour subvenir aux besoins des personnes âgées dans les établissements durement touchés par la COVID-19.

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Au début de la pandémie, Tarik Boufraqech, un infirmier auxiliaire à l’urgence Chauveau, a décidé de «répondre à l’appel du premier ministre» en allant prêter main-forte dans les CHSLD et les résidences privées pour aînés.

Il a ainsi été envoyé dans 15 foyers d’éclosions à Québec, notamment le Manoir de Courville, Les Jardins d’Évangéline, Les Jardins du Haut Saint-Laurent, chez les Sœurs de la Charité et au Manoir Sully, où il travaille depuis le 6 décembre.

Tarik Boufraqech photographié devant le Manoir Sully, à Québec, en compagnie de sa « brigade » grâce à laquelle il reste motivé à aller travailler. Avec le temps, ses collègues sont devenus « une famille », assure-t-il.
Tarik Boufraqech photographié devant le Manoir Sully, à Québec, en compagnie de sa « brigade » grâce à laquelle il reste motivé à aller travailler. Avec le temps, ses collègues sont devenus « une famille », assure-t-il. Photo Stevens LeBlanc

En raison du manque de personnel, M. Boufraqech, qui cumule 11 ans d’expérience, a accepté de faire des quarts de travail de 16 h, soit de 15 h à 7 h le lendemain, et ce, 7 jours par semaine.

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Son dernier congé remonte au 14 octobre, et il n’a aucune idée quand il pourra en reprendre, dit l’infirmier auxiliaire de 45 ans. «J’ai en banque actuellement 21 jours fériés et 45 jours de vacances», précise-t-il.

«C’est très dur côté famille»

Évidemment, cette impressionnante charge de travail l’empêche de passer du temps avec sa conjointe et sa fille de 16 ans, pendant la période des Fêtes. 

«J’arrive le matin, je jase un peu avec ma conjointe, j’essaie de réveiller ma fille pour la voir et ensuite je dois me coucher pour me préparer à ma garde de soir», raconte l’infirmier, très émotif.

« Il manque cruellement de ressources, c’est incroyable [...] C’est tellement difficile de se faire remplacer. C’est sûr et certain qu’on fait des concessions côté famille. On a tous laissé nos familles de côté. Au moins, ma conjointe est compréhensive là-dessus », dit l’homme d’origine marocaine.

Des «horreurs»

En acceptant le travail avec les aînés, jamais M. Boufraqech n’aurait pu se douter de ce à quoi il allait être confronté. 

«Ça m’a tellement affecté. J’ai vu des horreurs. Je croyais que quand quelqu’un va dans une résidence, il paie pour un service et est pris en charge, mais ce n’est pas ça du tout. Il y a du monde qui tombe et qui reste par terre pendant des heures et des heures, des logements insalubres».

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