Il ouvre un resto et un bar entre deux vagues
Anne-Sophie Roy
L’entrepreneur Mathieu Ménard n’en est pas à son premier BBQ. Celui qui fait rouler des restos depuis 2012 a récemment ouvert le Blind Tiger et le bar Minéral à Montréal et ne laisse pas la pandémie mettre un frein à ses idées de grandeur.

Au début du mois d'octobre, Mathieu Ménard a décidé de transformer sa Brasserie le Blind Pig, sur la rue Ontario dans Hochelaga-Maisonneuve, pour créer un tout nouveau resto thaïlandais «takeout», le Blind Tiger.
Cette solution temporaire à la fermeture forcée de sa brasserie a emmené l’entrepreneur à se réinventer et à faire preuve de créativité.
«On s’est dit qu’on n’avait plus rien à perdre si le gouvernement fermait les bars et restos de nouveau, alors en une semaine on a contacté un illustrateur pour faire un nouveau logo et refaire un menu», explique-t-il.
«Tous les gens qui sont allés en Thaïlande le disent : ça goûte pareil, se réjouit le coproprio, visiblement fier de sa dernière pousse qui va bon train. C’est un vif succès mais on est un peu dépassés par la demande. À tous les soirs à 20h30 on est sold out», raconte Mathieu Ménard.

Temps durs
Outre la popularité notable du Blind Tiger, Mathieu Ménard affirme que la fermeture temporaire de sa brasserie a forcé la mise à pied de 16 employés qui ne seront peut-être pas de retour après la pandémie.
«Les derniers mois ont été très difficiles. J’ai vu les 8 dernières années de ma vie et 75% de mes revenus fondre. J’avais peur de perdre mon condo et mon chalet et tout ce que j’avais», lance l’entrepreneur.
Même si la brasserie dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve a les reins plus solides, Mathieu Ménard n’a eu d’autre choix que de se réengager pour des prêts commerciaux pour les 5 prochaines années, alors que 2020 devait concorder avec l’élimination des dettes des 5 dernières années.

Prêt à tout risquer
Entre les deux vagues, Mathieu Ménard a jeté tout son dévolu sur le tout nouveau bar Minéral, en plein cœur du Village à Montréal, qui devait initialement ouvrir avant le premier confinement.
«J’ai finalement ouvert après la première vague parce que j’ai un loyer à payer, les assurances, et 15 employés en stand by embauchés avant la crise. Ça coûte cher construire un truc de même», souligne-t-il.
Il n’aurait su rêver d’un meilleur accueil pendant ses trois semaines d’opération, avant d’être contraint de fermer en raison de la deuxième vague.
«Je suis prêt à tout risquer pour donner des lieux de rassemblement aux gens, mais on ne m’aide pas et on ne me traite pas comme un entrepreneur», déplore l’homme.
Il s’est notamment largement remis en question sa carrière au cours des dernières semaines, au point d’avoir envie de retourner dans le monde des salariés.

Les restaurateurs, ces mal-aimés
Mathieu Ménard, qui doit bénéficier de l’assurance-emploi pour la première fois de sa carrière, a un goût très amer de la perception qu’a le gouvernement des restaurateurs et de tenanciers de bars dans cette crise et veut en faire son cheval de bataille.
«Montréal a travaillé fort pour se faire reconnaitre comme une destination gourmande à l’international et il ne faut pas perdre l’essence de la ville festive, croit-il. Pour tous les entrepreneurs qui ont mis tout leur argent des dernières années pour se conformer aux consignes sanitaires, est-ce qu’on peut le considérer?»

«Une ville sans restaurant et sans bar, c’est une ville morte », laisse tomber le co-propriétaire du Blind Tiger et du bar Minéral, qui aimerait que Québec se positionne différemment par rapport à son industrie.
«Je vous crée des endroits pour que le monde ait du fun, laissez-moi faire mon travail. On ne fait rien de mal à part servir un verre de vin», conclut-il.