Ils disent déjà non à la méga-usine de 7 milliards $ de Northvolt

François Cousineau affirme n’avoir jamais été avisé de l’arrivée de la méga-usine.
François Cousineau affirme n’avoir jamais été avisé de l’arrivée de la méga-usine. Photo Francis Halin
Photo portrait de Francis Halin

Francis Halin

2023-09-13T04:00:00Z
2023-09-13T12:35:34Z

Bruits, odeurs, transports... des résidents de McMasterville en colère ne veulent rien savoir de voir atterrir l’une des plus grosses usines de batteries au monde dans leur cour, près du Richelieu.

«On craint le bruit. Ils vont devoir décontaminer. On ne veut pas de poussière toxique», lance au Journal François Cousineau, qui habite près du site de la future méga-usine du géant suédois Northvolt, dont l'implantation n'a pas été confirmée encore.

Lundi, Le Journal révélait que Québec jonglait avec le scénario d’allonger près de 1,4 G$ pour avoir la méga-usine de Northvolt dans la vallée du Richelieu. 

Or, même si rien n'a été annoncé en bonne et due forme, certains résidents du coin disent avoir déjà peur de l'ampleur du mégaprojet de 7 G$.

François Cousineau espère faire le plein de signatures pour présenter sa pétition aux élus locaux.
François Cousineau espère faire le plein de signatures pour présenter sa pétition aux élus locaux. Photo Francis Halin

«Je m’oppose au dézonage résidentiel pour laisser la place à Northvolt. Je veux aller déposer ma pétition le 25 septembre prochain au conseil de Ville», soupire François Cousineau. Mardi après-midi, plus de 379 personnes l’avaient déjà signée, après une tournée de porte à porte.

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Les opposants au projet soutiennent qu’il n’y a pas de zone tampon raisonnable entre l’usine et les résidences.
Les opposants au projet soutiennent qu’il n’y a pas de zone tampon raisonnable entre l’usine et les résidences. Photo Francis Halin
Résidents inquiets

En mars dernier, Le Journal s’était rendu à St. Thomas, en Ontario, une ville de 43 000 âmes qui venait d’avoir la méga-usine de Volkswagen. Le maire et le milieu d’affaires jubilaient, mais des citoyens d’une municipalité voisine appréhendaient les nuisances.

  • Écoutez son témoignage au micro de Richard Martineau via QUB radio :

«On ne sait rien de la pollution de l’eau, de l’air, du sol, du bruit et de la lumière», avait dénoncé Diane Dubois, qui habite à Central Elgin, à la frontière du terrain de la future méga-usine de batteries du géant allemand Volkswagen de St. Thomas.

«Ça nous fait pleurer, nous autres, de voir ça», avait confié au Journal, en mars dernier, Diane Dubois, qui réside à côté de la méga-usine de Volkswagen.
«Ça nous fait pleurer, nous autres, de voir ça», avait confié au Journal, en mars dernier, Diane Dubois, qui réside à côté de la méga-usine de Volkswagen. Photo Francis Halin

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Alors que le développement de la filière batterie s’accélère ici, c’est au tour de citoyens de la Montérégie, comme François Cousineau, de craindre le pire.

Le terrain est clôturé et a des barbelés par endroits.
Le terrain est clôturé et a des barbelés par endroits. Photo Francis Halin

Au Journal, il pointe du doigt une résidence pour personnes âgées et des garderies à côté du terrain de la méga-usine de Northvolt.

«J’ai dit à mes proches que si ça se bâtit, j'allais déménager. Je suis à 2000 pieds. Je fais tout cela pour mes enfants», poursuit François Cousineau.

À quelques mètres de là, Cynthia Blain, mère de deux enfants, saisit mal elle aussi que l’on s’apprête à couper des arbres pour bétonner un îlot de verdure, alors que les canicules créent des ravages et que l'on a cruellement besoin d'espaces verts pour améliorer la qualité de l'air.

Cynthia Blain et sa fille Estelle.
Cynthia Blain et sa fille Estelle. Photo Francis Halin

«C’est super inquiétant pour les cours d’eau proches et la faune», soupire-t-elle.

«On craint pour notre qualité de vie. On craint le bruit et la lumière. Déjà que l’on ne voit presque plus les étoiles. Ça serait fini», lâche-t-elle.

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Elle estime que l’argument de création d’emplois ne tient pas la route. «Il y en a partout des emplois. Ça sert à quoi d’en créer d’autres en pleine pénurie à part de détruire?» se demande-t-elle.

À deux pas d’elle, son voisin de derrière, qui fait face au stationnement incitatif de transport en commun, voit au contraire l’arrivée de la méga-usine d’un bon œil.

Luc Hamelin
Luc Hamelin Photo Francis Halin

«C’est une bonne chose pour l’économie du coin. Ça va développer. Je suis pour, mais je me demande où iront ces employés-là», s'interroge Luc Hamelin, retraité.

Joint par Le Journal, le propriétaire du terrain convoité, l’investisseur immobilier Luc Poirier, s’est montré optimiste, malgré les vagues suscitées.

«Généralement avec le temps, les gens voient que c’est très bien. Je le vois avec tous mes projets», a-t-il observé.

La nature semble avoir repris ses droits sur le site de la future méga-usine.
La nature semble avoir repris ses droits sur le site de la future méga-usine. Photo Francis Halin

«Mes projets sont grandioses. Ils changent des quartiers et des villes, alors les gens, je les comprends, mais après ils voient le positif que ça amène», a-t-il poursuivi.

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Les maires prudents

Invités à réagir, les maires de Saint-Basile-le-Grand et de McMasterville ont dit vouloir bien expliquer les enjeux du projet à leurs concitoyens.

«Le conseil municipal a adopté une résolution permettant à une délégation de participer à une visite industrielle afin de comprendre les activités de ce type d’entreprise et d’analyser sa compatibilité avec le développement actuel et futur de la ville de Saint-Basile-le-Grand», a indiqué son maire, Yves Lessard.

Pour ce qui est du maire de McMasterville, Martin Dulac, il a concédé qu’il était «tout à fait légitime de se poser des questions». 

«On trouve regrettable que des gens aient des appréhensions à propos d’un projet, qui n’est même pas annoncé», a-t-il soufflé.

«On fait le pari que les citoyens vont voir les retombées positives avant de se braquer contre», a-t-il conclu.

Ces derniers jours, Northvolt n'a pas voulu accorder d'entrevue parce qu'elle n'a pas encore lancé de projet ici.

Mardi dernier, le Directeur parlementaire du Budget rapportait que les 28,2 G$ de subventions canadiennes et ontariennes aux méga-usines de Stellantis-LGES et de Volkswagen ne seraient pas rentabilisés avant 20 ans.

- Avec la collaboration de Philippe Langlois

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