India Desjardins décrypte les représentations féminines toxiques pour les ados
"À s’en arracher le cœur" est disponible en librairie. Le film "Hantée" sortira en salle à l’automne 2026.
Samuel Pradier
India Desjardins aime raconter des histoires d’ados pour les ados. Son nouvel essai, À s’en arracher le cœur, explore les représentations des femmes dans la fiction et la culture populaire. Un ouvrage ludique destiné aux ados, filles comme garçons. On a aussi discuté de ses multiples projets en développement.
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Dans son précédent livre, Mister Big, India Desjardins décortiquait un exemple concret en analysant les relations amoureuses dans les œuvres de fiction, et se servait de cet exemple pour qu'on reconnaisse certaines formes de violence méconnues envers les femmes. Son nouvel ouvrage, À s’en arracher le cœur, se veut un complément plus ludique. «J'ai travaillé différemment, c'est-à-dire que je voulais montrer comment les femmes étaient représentées dans toutes les fictions, de façon plus globale, pour ensuite donner des outils afin qu'on reconnaisse la violence conjugale ou les relations malsaines dans la vraie vie. Il y a quand même eu un défi d'écriture, parce que je me demandais comment arriver à faire comprendre mon propos sans exemple précis, même si j'en donne tout de même, comme Barbie qui revient à plusieurs reprises.»
L’idée de ce livre est née à la suite de la publication de chiffres qui démontrent une hausse de la misogynie dans les écoles. «Je trouve ça extrêmement préoccupant, de même que la hausse de la violence conjugale dans les couples adolescents. Je me disais que je devais faire quelque chose, et c’était d’écrire un livre. J’avais envie de faire un beau livre illustré, qui soit un hybride entre l'essai, le magazine et la BD. J'ai fait ce que j'aimais lire quand j'étais ado, ce que les jeunes aiment lire.»
India a évidemment essayé de rendre toute sa réflexion plus accessible, avec des pistes de réflexion, des box informatifs. «Ce n'est pas nécessairement chaque public qui va lire la même chose ou qui va lire le même livre, et c'est ça que j'aime: on a l’impression que c'est plusieurs livres dans un même ouvrage.»
Bienveillance
À travers cet ouvrage, India Desjardins donne l’impression d’être une grande sœur qui veut protéger les plus jeunes. «J'ai été, comme plein de gens, dans des relations toxiques et, un jour, j'ai découvert que l'amour, ça pouvait être doux, mais je ne le savais pas. C'est aussi comme ça que j'étais avec Aurélie Laflamme. Quand j'étais une ado, j'avais plein d'émotions incontrôlables et pas nécessairement les mots à mettre sur les émotions que je vivais. Quand j'ai écrit Aurélie, j'ai voulu mettre des mots sur des situations, des émotions, des incompréhensions que j'avais à cette époque-là. Avec ce nouveau livre, j'essaie de mettre des mots, de susciter la réflexion, de façon accessible, pleine d'humour, et avec un côté ludique. Je voulais que ce soit un livre le fun à lire.»
En tournage
Depuis quelques semaines, Rafaël Ouellet a entrepris le tournage de son prochain film, Hantée, écrit par India Desjardins. Il raconte l’histoire d’une ado qui emménage dans une nouvelle maison et qui va rencontrer le fantôme amical d’une femme du XIXe siècle. «Un soir, je cherchais un film à regarder avec mon chum, a raconté la scénariste. Je cherchais, mais je ne trouvais rien. Olivier m’a alors demandé ce que j’aimerais voir, et j’ai commencé à lui raconter l’histoire que j’aimerais regarder. Ça s’est transformé en une conversation de deux heures, durant laquelle je faisais tous les dialogues. Mon chum m’a alors dit, en plaisantant: “Si tu n’écris pas cette histoire, je te divorce.” Je n’avais donc pas le choix d’écrire ce film!»
L’autrice a ensuite proposé le scénario à son producteur, qui a tout de suite embarqué dans l’aventure. «J'adore les histoires de fantômes, mais je voulais faire une histoire de fantôme qui ne fait pas peur, qui soit drôle, un peu comme Casper. Je pensais aussi à E.T., un film qui m’a marquée quand j'étais petite. Il y avait quelque chose d'un peu épeurant, mais en même temps, c'était une grande amitié. Finalement, mon ado intérieure n'est pas morte.»
Le film bénéficie d’une distribution assez impressionnante, avec notamment Virginie Fortin, Évelyne Brochu, François Létourneau, Katherine Levac, mais aussi Claude Legault et Josée Deschênes. India Desjardins se fait plaisir en allant de temps en temps sur le plateau de tournage. «On fait un film de fantômes avec les moyens qu'on a, et ce ne sont pas les moyens des films hollywoodiens. Mais c'est créatif. J'aime que la créativité soit mise de l'avant. C'est pour ça que je trouve qu'on a un cinéma quand même unique.»
Regards croisés
Même si elle n’a encore jamais écrit de pièce de théâtre, India Desjardins a accepté de participer au programme Regards croisés avec le théâtre La Licorne. Son rôle est avant tout de réfléchir aux pièces qui sont présentées durant la saison. «Je lis les pièces à l'avance, puis j'écris les réflexions que ça m'inspire. J’ai notamment lu L’usure de nos aurores, la pièce de Debbie Lynch-White; les gens vont découvrir une grande dramaturge. Ce sera ensuite celle de Catherine Léger, Changer de vie, qui sera présentée. C'est vraiment le fun: La Licorne invite des auteurs à se joindre sa voix pour réfléchir aux idées qui sont mises de l'avant par les pièces. C’était une belle invitation que je ne pouvais pas refuser.»
Quant à savoir pourquoi elle n’a jamais écrit pour le théâtre, India avance qu’elle ne sait pas si elle en serait capable. «On dirait que ça m'intimide quand je n'ai jamais fait quelque chose. Une série télé, ça m'intimide aussi, parce que je n'en ai jamais écrit. Au départ, j'ai adapté Aurélie pour le cinéma, et j’ai attrapé la piqûre du cinéma. Mais plein de monde me dit que je devrais m'essayer à écrire une série télé. Si j'ai une bonne idée à un moment donné, je pourrais peut-être m'essayer.»
Malgré un automne chargé, la scénariste est déjà au travail sur un scénario de film qui pourrait voir le jour dans les prochaines années. «J’écris un film sur la vie de Laure Conan, qui est la première écrivaine canadienne-française et qui est malheureusement méconnue. Quand je suis tombée sur son nom, je me suis demandé pourquoi je n'en avais jamais entendu parler. Je me suis alors mise à lire compulsivement sur elle. Et je trouvais que c’était un beau défi d’écrire un film historique.»
Un deuil difficile
À la mi-août, on apprenait qu’India et son conjoint, Olivier Bernard, venaient de perdre leur chien, Gustave. Un deuil difficile sur lequel elle a accepté de revenir. «On a dû faire le deuil d'être parents en 2017, et on a adopté un chien. On a vécu huit belles années avec Gutave, qui était vraiment super. C'était un membre de notre famille. Cet été, on a appris qu'il avait un cancer fulgurant en phase terminale. On a eu un été très difficile, à penser qu'on allait lui dire adieu. On a encore beaucoup de peine.»
Gustave était une vraie vedette, puisqu’il a fait des caméos dans les émissions du Pharmachien et qu'India a aussi écrit un livre sur lui. «Gustave, c'est un chien qui a toujours eu des problèmes de santé. Il avait un handicap à la patte et il avait une maladie intestinale, mais il était super inspirant. C'est la raison pour laquelle j'ai écrit un livre sur lui. C'était un livre sur la différence.»