«J’ai envie d’amener les gens à prendre conscience qu’on peut faire les choses différemment»: jardiner en ne faisant qu’un avec la nature


Félix Desjardins
Trop de gens se battent contre la nature en tentant de concevoir le jardin de leurs rêves, affirme le copropriétaire d’un des plus grands producteurs de semences biologiques de la province.
Depuis un quart de siècle, Jean-François Lévêque et sa partenaire, Guylaine St-Vincent, développent leur savoir-faire au sein de leur entreprise, Les Jardins de l’écoumène.
Le guide des semis, premier livre de M. Lévêque, est en quelque sorte le point culminant de ses recherches et des leçons qu’il a apprises les deux mains dans la terre.
« À la base, je suis un passionné et un curieux du vivant, déclare l’horticulteur biologique de formation. Et j’avais envie d’amener les gens à prendre conscience qu’on peut faire les choses différemment. »
L’approche écoumène
Puisque « le jardin n’est pas une performance, c’est une expérience », comme il le décrit dans l’introduction de ce guide exhaustif, l’artisan semencier ne propose pas de recette magique. Il offre plutôt un guide d’accompagnement, de l’idéation à l’entretien, qui respecte « l’approche écoumène » se déclinant en trois volets :
- La science : « Ça permet de comprendre et de développer le savoir, d’être plus confiant dans ce qu’on fait » ;
- Le design : « Les outils qu’on utilise pour transformer notre monde et sortir du moule » ;
- La biophilie : « L’amour du vivant, ça nous permet de sortir du cérébral et d’avoir une compréhension émotionnelle de la nature ».
Accompagner la nature
Ce troisième pilier est particulièrement important lorsqu’on choisit le Québec et son climat intransigeant pour y établir notre jardin. C’est la beauté de la permaculture, une approche d’agriculture durable qui consiste essentiellement à observer la nature pour assurer la pérennité de son jardin.
« Tu peux être interventionniste et tout shooter au Roundup pour anéantir tous les insectes. Mais l’intention, c’est de favoriser la biodiversité en créant un climat. On est souvent trop dans une logique de productivité et de standardisation, mais la nature ne fonctionne pas comme ça. »
La région de Lanaudière, où sont établis Les jardins de l’écoumène, n’était d’ailleurs pas à la base un « territoire propice à une agriculture conventionnelle ». Mais à force d’essayer, d’observer et d’analyser le comportement de la terre, M. Lévêque et son équipe ont pu accompagner la nature et non l’affronter.
Une thérapie
Le climat anxiogène des dernières années, qui a atteint son paroxysme pendant la pandémie, a d’ailleurs catalysé l’enthousiasme de la population pour le jardinage. « On sent qu’on a besoin de se rapprocher de la nature pour stabiliser l’insécurité qu’on peut vivre », analyse M. Lévêque.
S’il pouvait conseiller un apprenti jardinier, il donnerait le conseil suivant : miser sur la planification, sans toutefois s’imposer un rythme comme un maraîcher.
« Le jardinage est une thérapie et il y a autant de jardins que de jardiniers », conclut-il.

- Le guide des semis, Jean-François Lévêque, Les Éditions de l’Homme, 280 pages.