J’ai essayé d’apprendre l’italien en 5 semaines avec Duolingo et voici comment ça s’est passé

Photomontage Marilyne Houde
Photo portrait de Jean-Michel  Clermont-Goulet

Jean-Michel Clermont-Goulet

2023-06-19T18:23:16Z

Début mai. Je m’apprête à commencer mon premier exercice d’italien sur la plateforme Duolingo. Je me demande si je serai capable de relever le défi que je me suis lancé: apprendre la langue de Leonardo de Vinci en cinq semaines. Prêt pas prêt, j'y vais... ou plutôt io vado!

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Pourquoi j'ai choisi l’italien?

Après avoir discuté avec il mio capo, mon patron, on convient d'y aller avec l’italien. On s'imagine que la langue est relativement «facile» à apprendre, puisqu’elle est d’origine latine, comme le français. On a aussi exclu l'espagnol, parce que j'ai déjà suivi des cours. 

On préfère aussi la plateforme Duolingo, qui est gratuite et donc accessible à tous les portefeuilles — à moins de payer pour une version illimitée et sans publicités —, à Babbel, qui coûte 19,99$ par mois. 

Pendant cinq semaines, une heure par jour (du lundi au vendredi), je suis ensuite passé en mode italiano, au grand dam de ma copine. 

Paolo è uno studente allegro (Paolo est un étudiant joyeux)

Les premiers exercices ne sont pas assez difficiles à mon goût. Je passe pratiquement toute la première unité – il y a en a 65 au total – à répéter que Paolo est un garçon et Maria une fille. J’apprends aussi le nom et la couleur de quelques fruits et légumes.

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La deuxième unité est aussi redondante. Je décide donc de sauter des exercices et de faire le petit test me permettant de passer à l’unité suivante. Je réussis haut la main et c’est là que le fun commence.

Deux exemples (parmi tant d'autres) d'exercices qui ne font pas avancer l'apprentissage, sur Duolingo.
Deux exemples (parmi tant d'autres) d'exercices qui ne font pas avancer l'apprentissage, sur Duolingo. Captures d'écran

Des règles? Où ça, des règles?

Plus les exercices passent, plus je me rends compte que l’italien est une langue complexe, avec plein de règles plus ou moins claires, comme les maudits articles définis. Grosso modo, un article défini est le déterminant féminin ou masculin devant le nom: il, lo, l’, i, gli, la, le. 

Le choix de l’article varie en fonction de plusieurs critères, par exemple, s’il se trouve devant une voyelle, une consonne, un «z», un «sc», un «sp», un «sch», etc. 

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Contrairement à un vrai prof, Duolingo ne nous explique pas vraiment les règles qui me permettraient de choisir le bon article défini dans une phrase. C’est une des grosses lacunes de Duolingo. J’ai d'ailleurs dû faire des recherches complémentaires (et partielles) sur Google. 

Autre problème avec l’application: je n’ai pas appris d’une traite à accorder un verbe, comme avoir ou être, à divers temps (présent, passé composé, etc.). Pour vous donner une idée, il m’a fallu près de cinq semaines – et plusieurs exercices – pour apprendre à conjuguer au complet au présent le verbe «préférer». 

Puis, dans les deux derniers jours de mon défi, je suis inondé de verbes (acheter, parler, travailler, laver, étudier, présenter, fumer, arriver, téléphoner, compter, aider, lire, faire, vivre), que j'apprends également à conjuguer au présent.

En cinq semaines, j’ai complété 11 des 65 unités. 

L’heure des examens a sonné

Au bout des cinq semaines, deux professeurs d’italien me font passer un examen, pour tester mes nouvelles connaissances. 

Livia Cattaneo, qui enseigne l’italien à l’École de langues de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), et Massimiliano Zanoletti, de l’Université de Montréal (UdeM). La première me fait passer un examen de classement sur Zoom et le second un examen final de niveau A1 qu’il a déjà fait passer à ses étudiants. 

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Les deux examens comprennent des termes que je n’ai jamais vus. Pas simple, donc, de m’y retrouver et de trouver la bonne définition. Heureusement, le questionnaire de l’UQAM est à choix multiples, alors que celui de l’UdeM ne l’est qu’en partie. 

Livia Cattaneo, maîtresse de langue à l'École de langues de l'UQAM, a pris le temps de me faire passer un examen de classement, alors qu'elle était en voyage en Italie.
Livia Cattaneo, maîtresse de langue à l'École de langues de l'UQAM, a pris le temps de me faire passer un examen de classement, alors qu'elle était en voyage en Italie. Capture d'écran

Les deux profs testent aussi mes capacités de lecture. Je me débrouille mieux que dans la partie écrite, même si je commets des fautes de prononciations.  

«La prononciation italienne est assez facile, c’est-à-dire que ce que l’on prononce est ce qu’on lit, m’explique Livia. Il y a quand même quelques règles.»

Ces règles, Duolingo ne me les a pas expliquées. Pourtant, une personne qui commence à apprendre l'italien − et qui effectue l’examen de niveau A1 que m’a fait passer Massimiliano Zanoletti − les aurait apprises. A1 est le premier de quatre niveaux du Cadre européen de référence pour les langues (CECRL), un classement international qui permet d’évaluer le niveau de maîtrise d’une langue étrangère. 

Les deux profs testent finalement mes capacités à tenir une courte discussion en italien. Ils me posent des questions, auxquelles j’ai souvent du mal à répondre, en raison d’un manque de vocabulaire. 

J’ai passé sur les fesses

Malgré toutes ces embûches, je réussis — à ma grande surprise — les deux examens: 69% pour celui de Signora (Madame) Livia et 57% pour celui de Signor (Monsieur) Massimiliano à 57%, l’équivalent d’un C- à l’UdeM. 

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Autre bonne nouvelle: Livia Cattaneo m’assure que j'arriverais très bien à me débrouiller si je devais visiter l’Italie. Je suis parvenu, précise-t-elle, à apprendre la «base base base». 

Massimiliano Zanoletti, prof d'italien à l'Université de Montréal.
Massimiliano Zanoletti, prof d'italien à l'Université de Montréal. PHOTO tirée de LinkedIn

«Vous avez réussi votre défi. La motivation était là et c’est l’une des clés pour apprendre une langue. Étudier une heure, tous les jours, c’est génial. Si tous les étudiants faisaient ça, ce serait magnifique», poursuit-elle en riant. 

Massimiliano Zanoletti croit pour sa part que j’aurais pu faire monter ma note en passant seulement quelques heures de plus sur Duolingo. «Après seulement 30 heures, c’est quand même intéressant ce que vous avez réussi à faire», me dit-il.  

Je fais quoi maintenant? 

Motivé par mes deux examens réussis, j'ai décidé de compléter toutes les 65 unités de Duolingo pour devenir aussi bon en italien que Monica Bellucci. 

Livia Cattaneo me suggère pour sa part d'aussi consacrer du temps à bien assimiler les règles de grammaire. «Il faut étudier la grammaire. Il faut la connaitre», insiste la professeure. 

Sfida accettato (ou défi accepté pour les néophytes)!

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