«Je réalise un rêve de coacher au Japon»

Vincent Pichette a accepté de travailler de l’autre côté du globe pour une période de deux ans

Vincent Pichette n’a pas hésité très longtemps avant d’accepter le poste d’entraîneur au Japon.
Vincent Pichette n’a pas hésité très longtemps avant d’accepter le poste d’entraîneur au Japon. Photo courtoisie, Panasonic@Panthers
Photo portrait de Richard Boutin

Richard Boutin

2020-12-15T02:35:53Z

Après dix ans à rouler à un rythme d’enfer en conjuguant deux emplois, l’entraîneur de volleyball Vincent Pichette a pris une pause pour recharger les batteries, mais il n’a pu résister à l’appel du pays du Soleil levant.

Bras droit de Glenn Hoag avec l’équipe canadienne, qui a terminé au 5e rang aux Jeux olympiques de Rio en 2016 et signé la deuxième meilleure performance de son histoire après le 4e rang à Los Angeles en 1984 en plus d’être responsable du Centre d’entraînement à Gatineau, Pichette est rentré dans ses terres en Outaouais à l’issue du championnat mondial de 2018, où il occupait un poste d’adjoint avec l’équipe de France.

À peine un an plus tard, alors qu’il avait retrouvé un rythme de travail plus normal, Pichette recevait un appel qui allait lui permettre de réaliser un rêve. Nommé à la barre de la formation japonaise des Panasonic Panthers, qui est basée à Osaka, une ville d’un peu moins de trois millions d’habitants, le Français Laurent Tillie a fait un appel à Pichette pour lui offrir de venir le seconder.

« Laurent m’a expliqué son projet et j’acceptais son offre 24 heures plus tard, raconte Pichette, qui a signé une entente de deux ans. Il y a très peu d’étrangers sur la scène du volleyball au Japon. C’est une chance absolument unique qui se présentait et je n’ai pas posé trop de questions. Je réalise un rêve de coacher au Japon. Quand je jouais avec le Rouge et Or de l’Université Laval, Gino Brousseau, qui a porté les couleurs de la formation Suntory (de 1995 à 1998), revenait à Québec pendant la saison morte et nous avions la chance de le côtoyer et il nous partageait son expérience. »

Publicité

« À mes yeux, le volleyball japonais a toujours été mythique avec son entraînement particulier et ses joueurs super habiles, de poursuivre Pichette, dont l’équipe évolue devant des gradins remplis à 50 pour cent afin de respecter les règles de distanciation. En plus de Gino, Paul Gratton (l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du volleyball canadien) est un bon ami et il a aussi joué au Japon. J’ai toujours adoré le respect et la gentillesse des gens et l’histoire du pays. Les équipes sont très professionnelles et elles ont l’appui de grosses compagnies. »

Style différent

Le style de jeu est toutefois fort différent de ce qu’on retrouve dans les circuits européens. « Le style de jeu n’est pas aussi physique qu’en Europe, explique-t-il. Plus petits, les joueurs contrôlent tous très bien la balle et sont très forts techniquement. Ils ne te donnent rien et font très peu d’erreurs directes. Comme entraîneur, c’est plaisant parce que tu dois préparer des plans de match pour tenter d’exploiter les faiblesses de l’adversaire et tu peux intervenir en cours de rencontre. »

« Une autre grosse différence est que tu joues deux parties la fin de semaine au lieu d’une seule par semaine en Europe, d’ajouter Pichette. C’est très exigeant physiquement pour les joueurs, dont l’éthique de travail est fantastique. Comme entraîneur, tu n’as aucune discipline à faire. C’est un charme. Le respect de la hiérarchie est très important. Les joueurs respectent le club, l’équipe et la compagnie. C’est fascinant et très, très bien pensé. C’est comme occuper un emploi normal au sein d’une entreprise. »

Publicité

Un séjour au Japon

Au fil de sa carrière de joueur et d’entraîneur, Pichette avait pu apprivoiser le Japon avant d’accepter l’offre des Panasonic Panthers. « Je suis venu au Japon pour la première fois en 1995 à l’occasion des Universiades. L’entraîneur-chef de l’équipe canadienne, Terry Danyluk, était un ancien du club Suntory et nous avions traîné deux semaines dans le gymnase du club pour nous préparer. Je suis retourné plusieurs fois par la suite au Japon pour la Coupe du monde ou des parties de la Ligue mondiale. Finalement, en 2016, c’est à Tokyo que nous avons mérité notre laissez-passer pour les Jeux olympiques de Rio. Il y a 25 ans, il y avait très peu d’anglais à Tokyo, mais on sent une pression de la communauté des affaires pour angliciser les institutions en prévision des Jeux olympiques de 2021. » 

La patience mise à rude épreuve 

La COVID-19 aura retardé la rencontre du coach avec sa nouvelle équipe

Vincent Pichette aura vécu des débuts chamboulés en raison de la pandémie.
Vincent Pichette aura vécu des débuts chamboulés en raison de la pandémie. Photo courtoisie, Panasonic@Panthers

Embauché en novembre 2019 dans l’optique de débuter en mai 2020, Vincent Pichette n’a finalement pu rencontrer les joueurs pour une première fois qu’en septembre.

En raison de la COVID-19, Pichette et l’entraîneur-chef Laurent Tillie ont obtenu leur visa de travail en septembre seulement. « On a fait du coaching à distance pendant cinq mois, raconte-t-il. On faisait entre six et huit heures de vidéo par jour, moi à Gatineau, Laurent en France et le personnel de l’équipe au Japon. Nous sommes arrivés deux semaines avant le début de la saison, mais nous avons dû respecter un confinement total de 14 jours. »

Publicité

« En vertu de son expérience avec le SRAS en 2007, le Japon a empêché le retour de ses citoyens au début, de poursuivre Pichette. Il y a eu un retour progressif de la communauté des affaires et en septembre les étudiants et les employés avec des habiletés particulières, catégorie dont on faisait partie, ont pu rentrer au Japon. À Gatineau, j’habitais tout près de l’ambassade du Japon et tout a débloqué en trois jours après avoir attendu cinq mois pour le visa. Un test négatif dans les 72 heures avant le départ a complété les formalités. »

Même à distance, les entraîneurs avaient déjà une très bonne idée des habiletés des joueurs à leur disposition. « La première semaine, tout le monde était sur un nuage, mais la lune de miel a pris fin et nous sommes entrés dans le dur, résume Pichette. En raison des logiciels, on connaissait les joueurs sur le plan technique, mais il a fallu faire nos devoirs et développer des liens. On ne pouvait pas imposer nos idées à partir de ce que nous avions vu sur vidéo. Ce fut beaucoup d’apprentissage pour les entraîneurs. Il a fallu de deux à trois mois pour tout mettre en place, mais ça va bien et nous sommes sur un bon élan. »

De précieuses collaborations

Pichette et Tillie peuvent compter sur une ressource indispensable. L’équipe a embauché une traductrice qui est présente aux entraînements et aux parties. « Je ne sais pas ce qu’on ferait sans elle, reconnaît Pichette. Elle traduit tout lors des interventions de Laurent pendant les entraînements et les parties. Native de la Californie et possédant les deux nationalités, elle a joué dans la NCAA. Elle connaît le volleyball, l’anglais et le Japon. Elle est fantastique. »

Publicité

Dans un pays où la tradition occupe une grande place, pourquoi miser sur un entraîneur-chef étranger ? Un Franco-Brésilien était à la tête de l’équipe avant l’arrivée du duo Tillie-Pichette.

« Dans le volleyball japonais, chaque joueur évolue dans sa boîte et remplit un rôle spécifique, explique Pichette. L’embauche de Laurent permet d’amener l’influence européenne où la créativité et les instincts sont importants. Son mandat est de continuer la tradition gagnante, mais aussi d’assurer la transition. Nous avons trois ou quatre internationaux, dont le Polonais Michal Kubiak qui est parmi les meilleurs joueurs au monde, mais aussi un groupe de jeunes. C’est un mélange intéressant et il faut préparer la prochaine génération. » 

Pichette ne se projette pas dans le futur 

Après des arrêts en France et au Japon depuis son départ de l’équipe canadienne après les Jeux olympiques de 2016, quelle sera la prochaine destination de Vincent Pichette ?

« Je viens d’arriver au Japon et je n’ai pas trop pensé à la suite, souligne Pichette, qui a débuté sa carrière comme entraîneur-chef des Griffons de l’Outaouais dans le circuit collégial. Je veux simplement m’amuser. Avec ses deux participations aux Jeux olympiques comme joueur et deux autres comme entraîneur (incluant 2021), Laurent (Tillie) est un personnage mythique en France. Je suis privilégié de travailler de nouveau en sa compagnie après mon expérience avec l’équipe de France. Il possède beaucoup d’expérience, mais c’est aussi une personne fidèle et droite, ce qui est très apprécié dans notre rôle. »

Entouré par l’entraîneur-chef Glenn Hoag, Pichette a joué un rôle important dans le développement des jeunes Canadiens quand l’équipe nationale a établi ses quartiers généraux à Gatineau en 2009. « C’est toujours un défi parce que nous n’avons pas les mêmes structures qu’en Europe, mais Vincent a joué un rôle important dans la progression du programme, souligne l’entraîneur-chef de l’équipe nationale Glenn Hoag, qui prévoit quitter son poste après les Jeux de Tokyo. Il a été une partie intégrante. Il a fait ses classes et acquis beaucoup d’expérience. Il a contribué au développement de plusieurs joueurs qui ont participé aux Jeux olympiques de Rio. Quant à savoir si Vincent pourrait occuper un poste d’entraîneur-chef un jour, il devra vivre l’expérience au sein d’un club pro avant de faire le saut au sein de l’équipe nationale. »

Une période bien ancrée

Pichette se souvient de cette période très intense qui s’est amorcée au Collège Saint-Alexandre avant que le centre sportif soit prêt. « On devait former les athlètes et ce fut très valorisant. Sur le coup, nous avions un regret d’avoir perdu contre les Russes, mais on réalise maintenant plus l’accomplissement de Rio. Avec le retour de plusieurs joueurs, le Canada pourrait faire encore mieux à Tokyo cet été. Glenn est une machine. C’est impressionnant, sa capacité de travail, alors qu’il mène de front son emploi avec le club turc d’Izmir et son emploi avec l’équipe canadienne. »

C’est la première fois de son histoire que le Canada réussit à se qualifier pour deux olympiades consécutives. Avant 2016, la dernière participation aux Jeux remontait à 1992 à Barcelone. 

Publicité