Joan Bluteau: 20 ans aux côtés de Dalida

Samuel Pradier
Vingt ans après avoir incarné Dalida sur scène pour la première fois, Joan Bluteau revient avec un nouveau spectacle Avec le temps... Dalida, dans lequel elle rend hommage à la diva et à ses chansons intemporelles. La chanteuse nous a raconté comment elle a traversé les décennies aux côtés de Dalida sans perdre sa propre identité.
Joan, comment avez-vous découvert Dalida, qui est décédée en 1987?
Je travaillais en Europe pour le Cirque du Soleil lorsque j’ai vu un reportage qui s’appelait Le grand voyage et qui montrait le chemin de la grande star Dalida, sa quête de sens et sa recherche intérieure. Ces images me sont restées en tête et, quand je suis revenue au Québec, alors que je m’apprêtais à faire un album de chansons originales, j’ai plutôt décidé de travailler sur un spectacle hommage à Dalida.
Était-ce naturel pour vous d’incarner Dalida sur scène?
Au départ, je n’étais pas blonde et je portais des perruques pour le spectacle. Étonnamment, quand j’ai commencé à travailler sur le spectacle, je n’étais pas certaine que ce serait moi qui y serais. Je trouvais qu’il fallait raconter son histoire; j’avais fait les recherches et écrit un scénario, mais je n’avais pas envisagé, à ce moment-là, d’être sur scène. Ensuite, je me suis dit que j’allais quand même essayer, pour voir. Je crois que tout mon parcours, avec les comédies musicales et les spectacles du Cirque du Soleil, fait que je suis arrivée à ça. Je voulais surtout travailler le personnage de Dalida de manière à l’évoquer, sans la copier, et que ce soit une interprétation.
Comment avez-vous porté ce personnage durant 20 ans?
Quand je sors de scène, je ne suis plus Dalida. En tant qu’interprète, je trouve que c’est un cadeau de pouvoir travailler un personnage pendant des années. J’ai évolué avec le temps, et ma Dalida a évolué en même temps que moi. Je dois dire que c’est toujours plaisant de retrouver son univers. Et puis, j’ai quand même fait plein d’autres choses à travers ça.
Avez-vous eu besoin de vous identifier à elle pour l’incarner?
Pas vraiment. Dans le premier spectacle, on racontait beaucoup la vie de Dalida, notamment tous les moments tragiques de sa vie. Aujourd’hui, le public connaît sa vie et ce qu’elle a vécu. Dans la nouvelle production, je n’ai pas besoin qu’on raconte ces moments-là, je veux davantage aller vers la lumière. Il y a souvent un lien entre ses chansons et ce qu’elle vivait, mais quand on retourne à ses débuts, dans les années 1950, on retrouve des chansons qui font sourire, comme Les enfants du Pirée ou Bambino. Dalida, c’est quand même 30 ans de chansons qui font encore rêver les gens.
Comment avez-vous construit ce nouveau spectacle?
On a modernisé et épuré certaines scènes de la première version. Je raconte des moments clés, des choses qu’elle a faites ou dites et qui l’ont amenée vers certaines chansons. C’est un tour de chant comme elle le faisait, mais, même si j’ai les robes, les cheveux, l’accent, je ne me prends pas pour Dalida. Je ne voulais pas que ce soit une caricature, donc je fais comme si Dalida racontait son histoire. On bénéficie aussi d'une projection, ce qui permet d’amener les spectateurs dans un univers différent, avec des décors qui bougent. L’Espace St-Denis est multimédia et le public a l’impression d’être dans le spectacle.
Comment faites-vous pour chanter les mêmes chansons depuis 20 ans?
Je me les suis appropriées avec les années. Quand je commence une chanson, je me remets à neuf, je l’interprète avec l’émotion du jour, du moment, je ne pense pas à ce que j’ai fait hier ou à ce que je vais faire demain. Quand je chante, je respecte mes émotions, je ne suis donc jamais épuisée de chanter ces chansons.
Cette année, plusieurs projets reprennent le répertoire de Dalida. Qu’est-ce qui fait que ses chansons sont toujours actuelles?
Il faut savoir que Dalida venait souvent au Québec, et je pense que les gens sont nostalgiques de cette époque. Le répertoire est aussi indémodable. Il y a beaucoup de jeunes qui viennent voir mon spectacle. Ce sont de belles mélodies, de belles paroles, de beaux arrangements et une interprétation magnifique. On ne peut pas se lasser de ça.
Qui est la chanteuse Joan Bluteau derrière Dalida?
Je suis une fille toute simple. Je viens de Québec et, à l’âge de 18 ans, j’ai commencé par suivre des cours de mannequin à l’agence Au féminin, pendant six mois, parce que j’étais quelqu’un de terriblement gênée dans la vie. J’ai fait quelques défilés, mais rapidement, j’ai commencé à chanter dans différentes formations. J’ai ensuite été choriste pour beaucoup d’artistes, comme Bruno Pelletier, Mario Pelchat, Marc Dupré... J’ai fait plusieurs tournées à travers le Québec. J’avais beaucoup de plaisir, parce que c’était des artistes que j’admirais vraiment. À un moment donné, le Cirque du Soleil est arrivé dans ma vie. Ils m’ont appelée en audition pour remplacer Francesca Gagnon, la chanteuse principale du spectacle Alegria. J’avais le même style de voix qu’elle et je l’ai donc remplacée, par intermittence, pendant près de 12 ans, en faisant le tour du monde.
Joan Bluteau présentera le spectacle Avec le temps... Dalida, le 10 mai à Sorel, le 22 mai à Sherbrooke, le 9 août à Saint-Jérôme, et les 26, 27 et 28 septembre à L’Espace St-Denis, à Montréal. Plus d'information à joanbluteau.com.