Joe Biden trop superficiel?


Luc Laliberté
Déjà critiqués pour leur gestion du retrait des troupes en Afghanistan, Joe Biden et son équipe ne parviennent pas à reprendre le contrôle de la couverture médiatique.
Alors qu’on officialisait la fin des opérations, le président était aux prises hier avec une autre controverse. Cette fois, il est touché au cœur. Pendant la campagne électorale, le candidat Biden n’hésitait pas à mettre de l’avant sa vaste expérience et la compétence de son équipe. Il ajoutait à ce mélange sa capacité à démontrer sympathie et empathie.
L’expérience et la compétence étaient déjà mises à mal; hier, c’est son image de meneur empathique qu’on a ternie. Présent à Dover pour le retour au pays des dépouilles des marines décédés lors de l’attaque à Kaboul, le commandant en chef de l’armée semble avoir échoué à un exercice dans lequel il excelle.
Joe Biden souhaitait rencontrer toutes les familles des soldats disparus. C’est un devoir pour le président que de rendre hommage au sacrifice des soldats et de leurs familles. Si l’intention est louable et le geste nécessaire, la rencontre ne s’est pas bien déroulée. Des familles ont refusé de rencontrer Biden, alors que d’autres ont relevé le caractère superficiel de la rencontre et de ses propos.
Non seulement on le tient pour responsable du caractère chaotique du retrait, mais des critiques dénoncent maintenant une empathie feinte et des références abusives à son histoire personnelle. Une fois de plus, il a fait allusion à la perte de son fils Beau, un deuil pénible et bien réel, mais auquel il fait allusion constamment. Le père d’un des soldats déplore que le président ait plus parlé de Beau que des militaires dont on rapatriait les corps.
D’autres participants à la cérémonie ont été indisposés par un geste répétitif d’un président qui semblait vouloir être ailleurs. Biden a regardé sa montre à plusieurs reprises, assez pour provoquer un malaise. Le frère d’un des marines morts dans l’attentat lui a même crié: «I hope you burn in hell! That was my brother!» (J’espère que vous brûlerez en enfer pour la mort de mon frère...)
Joe Biden prendra la parole vers 14 h mardi et, une fois de plus, il est devant un défi colossal. Le retrait des troupes est une décision marquante, alors qu’on s'apprête à souligner le vingtième anniversaire des attaques contre le World Trade Center. Oui, le président réalise une promesse de la campagne électorale, une promesse appuyée par une forte majorité de ses concitoyens.
Mais si le président doit tenter de trouver les mots pour remettre la séquence des événements dans une perspective historique, justifiant au passage la nécessité de l’intervention et celle du retrait, il doit aussi apaiser les tensions et la colère.
Non seulement la gestion du retrait fut plus difficile que prévu, mais pour la première fois depuis longtemps, des soldats américains ont perdu la vie dans l’opération. Ajoutons à cette dure réalité le fait que le dossier afghan continuera à hanter les États-Unis pendant un certain temps.
Les troupes parties, on ne pourra oublier les citoyens américains qui sont toujours en Afghanistan ou les Afghans qu’on n’a pu rapatrier et qui attendent encore une main tendue. À ce tableau sombre, il faut ajouter l’importance stratégique de la présence de groupes terroristes dans cette région du monde et l’engagement moral à protéger les droits des minorités, en particulier les droits des femmes afghanes.
Les rédacteurs du discours de Biden auront fort à faire pour mettre les mots justes dans la bouche de leur président. Mais c’est ce dernier qui sera sous les projecteurs et qui devra livrer un discours convaincant et délicat. Saura-t-il projeter compétence, détermination, confiance et empathie?
Comme pour un statut Facebook d’un couple qui traverse une période trouble, je terminerais ce court billet en répondant ainsi à ma question: «C’est difficile.» Non seulement la lune de miel entre Joe Biden et les électeurs est terminée, mais le 46e président se retrouve maintenant avec un capital de sympathie qui faiblit.
Le temps peut parfois guérir des maux ou ouvrir de nouvelles perspectives, tout n’est pas négatif dans ce retrait, mais on ne doit pas sous-estimer l’importance de l’allocution d’aujourd’hui. Comme on l’a fait après la guerre du Vietnam, on parle d’un deuil national pour la fin du plus long conflit de l’histoire des États-Unis. Ce processus pourrait être bien long et parfois douloureux. Il commence aujourd’hui pour Joe Biden et ses compatriotes.