En tant qu'infirmière, l'histoire de Joyce Echaquan me bouleverse

Photo courtoisie

Anne St-Pierre, Infirmière et chargée de cours à l’Université Sherbrooke

2021-03-20T09:00:00Z

Je souhaite vous partager les pensées et émotions qui m’habitent depuis le décès de Joyce Echaquan. Des dommages collatéraux de ce genre de gestes et d’attitudes de la part d’infirmiers et d’infirmières sur nous, leurs collègues, il y en a pourtant!  

Récapitulatif... D’abord, une étincelle. Un feu s’anime, le souhait de devenir infirmière. Le désir de faire la différence, de prendre soin, de soigner. Faire du bien, à moi, aux autres, à la collectivité. 

  • Il faut s'assurer que l'empathie reste présente dans l'âme des infirmières

Panser les blessures d’autrui, prendre connaissance des dommages multiples que la vie peut infliger. Côtoyer la vie, la mort, les pertes d’êtres chers, les multiples deuils qui se pointent parfois par surprise, parfois que l’on peut deviner. 

Prendre conscience de la situation de Joyce Echaquan, avoir accès trop facilement au type d’accompagnement qu’elle a reçu avant sa mort, m’a fait très mal à moi, comme personne, à moi comme Québécoise et infirmière depuis plus de 20 ans. 

Publicité

Tenter de comprendre et de croire que l’histoire de Joyce n’était qu’une histoire isolée peut s’avérer rassurant, l’instant d’un moment. 

Je repense à ces images, à ces mots, que nous avons vus tant de fois dans les médias. Ces mots, que j’aurais aimé ne jamais entendre. Je ne suis pas dupe, et je sais que ces mots existent, qu’ils sont utilisés envers et contre tous, surtout lorsque les défenses tombent à la renverse. 

Qu’est-il arrivé à l’empathie?

Quoi dire? Quoi faire? C’est une douleur profonde qui transperce mon âme. Une honte énorme en tant que femme, maman, infirmière et citoyenne. 

Je revois le fil de ma vie se dérouler, la passion des soins, mon existence qui prend enfin un sens. Ce choix de carrière, le tremplin qui m’a véritablement mise au monde. Mon respect envers ces gens qui ont une vie difficile, voire insupportable. 

Mon amour des gens...différents, avec toutes les exigences que cela signifie. Tant d’opportunités de s’enrichir, de pouvoir porter une nouvelle paire de lunette pour voir la vie dans son entièreté, parfois regarder le panorama du côté gauche, parfois de l’autre côté. 

Qu’est-il arrivé à l’empathie, cette grande qualité qui avait l’habitude d’être associée aux infirmiers et aux infirmières? 

À une certaine époque, nous parlions «d’avoir la vocation» Depuis que le monde est monde, il y a toujours eu dans chaque profession des êtres disons plus talentueux et humains que d’autres. Et puis? 

Devons-nous se contenter de cette explication? Si votre réponse est oui, j’aurai écrit ce texte pour si peu! 

Publicité

Qu’est-il arrivé au respect, à l’empathie, à l’entraide, à la générosité, à l’humilité, à toutes ces qualités profondément humaines? 

Elles ont cessé d’habiter l’âme des infirmiers et des infirmières? 

Je cherche, cherche et cherche encore la ou les réponses, en vain... je ne sais tout simplement pas comment expliquer ces gestes? Qui sont les coupables? Pourquoi agir ainsi? Pourquoi intimider de cette façon? 

Devons-nous reparler des conditions de travail de la profession? De la grande fatigue, d’épuisement? Nous sommes tous et toutes fatigués! Le respect est-il en relation étroite avec ça? 

Je n’attends pas ces réponses, mais je me questionne encore, et pour toujours! 

Le sort distinct réservé aux Autochtones est encore bien d’actualité en 2021. C’est pour moi incompréhensible et insensé à la fois, à une époque où les mots «multiculturalisme, approche interculturelle et la sécurisation culturelle des soins», ont une cote de popularité sans précédent. 

Susciter la réflexion

Comme infirmière et chargée de cours d’une Université québécoise, les défis de taille se dressent. Il est essentiel de sensibiliser, d’informer et de susciter la réflexion des étudiants et des étudiantes dans les programmes de sciences infirmières. Il est primordial que les étudiants, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes, connaissent la réalité à propos du sort peu enviable réservé aux Autochtones en contexte de soin de santé. 

J’ai espoir en la relève, cette relève que je prends plaisir à côtoyer. 

Ce sera quand le grand jour où les mots « alcoolique », et « toxicomane » cesseront à eux seuls de caractériser les personnes autochtones? 

Ce sera quand le grand jour où nous accorderons un plus grand respect envers les gens issus des Premières Nations, en les soignant convenablement? Pas plus, mais certainement pas moins que les autres Québécois. 

Ce grand jour n’arrivera peut-être jamais tel que décrit, toutefois, je garde l’espoir en l’éducation des générations futures, et en poursuivant la sensibilisation à l’existence de rapports majoritaires/minoritaires. Rapports de force, de domination, qui se veut l’antonyme du partenariat et de la collaboration. 

Invitation au respect, au dialogue, à la sensibilité, à l'intelligence! 

Publicité