L'inoxydable Justin Trudeau

Élection précipitée et pandémie : désolante décision
Élection précipitée et pandémie : désolante décision Photo d'archives, AFP
Photo portrait de Denise Bombardier

Denise Bombardier

2021-08-13T09:00:00Z

Je me souviens de l’éloge funèbre prononcé par Justin Trudeau en octobre 2000 lors des funérailles de son père. J’ai compris ce jour-là que le jeune homme sincèrement bouleversé mais aussi théâtral même dans les circonstances n’allait plus quitter la scène où son père l’avait fait grandir. 

En effet, il s’est avéré que Justin Trudeau n’avait plus d’avenir que dans les traces de son père. Mais ce fils-là ne sera pas son héritier intellectuel. Le père avait inscrit sa carrière politique dans une démarche éminemment intellectuelle. L’ancien professeur de droit a réussi grâce à sa personnalité aussi flamboyante qu’arrogante à imposer sa séduction aux leaders mondiaux de son époque. 

Sa popularité personnelle faisait aussi de l’ombre à celle des rockstars. Les femmes, les jeunes et les non politisés résistaient bien peu à ses charmes ravageurs. Sa carrière oscillait entre des fans qui l’idolâtraient et des adversaires peu nombreux mais prêts à l’occire. Sa plus grande victoire fut de mettre K.-O. René Lévesque et l’option souverainiste.

Indécence

La pandémie ne constitue guère un frein à son besoin de demeurer au pouvoir. Or, n’y a-t-il pas de l’indécence politique à plonger le Canada en élections alors que le premier ministre minoritaire peut poursuivre son mandat pour encore deux ans sans craindre d’être renversé par un parti d’opposition ? Le Parti vert est une cédille, le NPD, une nostalgie, le Bloc québécois, une métaphore, et le Parti conservateur est kidnappé par sa droite trumpiste religieuse.  

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Justin Trudeau, qui a transformé le Canada en un pays postnational avec son communautarisme, est devenu lui-même un post-politique. Le roi des apparences, dont la présence réjouissante sur les médias sociaux est aussi virale que celle des chatons et des chiots, préfère les réflecteurs et les images au travail harassant de l’exercice quotidien du pouvoir. La lumière et les émotions partagées avec les foules l’attirent davantage que la lecture de dossiers techniques inévitables pour une bonne prise de décision.

Extravagance

Durant la campagne, le chef se trouvera en compétition avec les médias porteurs de sombres nouvelles de la pandémie. On peut donc s’attendre à des promesses électorales exorbitantes à toutes les victimes identitaires raciales, sexuelles et sociales du colonialisme patriarcal blanc. Car il n’a de cesse de dénoncer les abus du passé en s’agenouillant sur tous les lieux douloureux du Canada, mais en oubliant encore les événements de 1837 et les arrestations en 1970 de poètes en vertu de la Loi sur les mesures de guerre signée par PET. 

Cette élection à venir, malgré le variant Delta qui continue à déconstruire nos rêves d’en finir avec la pandémie, prouve que l’intérêt personnel de Justin Trudeau passe avant celui du Canada. Le premier ministre tient-il compte de l’accablement cumulatif de la pandémie sur l’état d’esprit des citoyens ? Comment tolérerons-nous les affrontements politiques dans cette campagne à venir ? Et que dire des promesses de milliards de dollars supplémentaires après l’accumulation d’un déficit de 700 milliards depuis le début de la COVID-19 ?

Le prix de la victoire possible des libéraux sous Justin Trudeau donne le tournis à ceux qui croient avant tout à l’éthique publique. Tant de politicaillerie ne devrait-elle pas nous scandaliser ?

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