La décadence du confinement

Claude Villeneuve
Je ne sais pas trop ce que ça vaut, mais on m’a déjà dit que le mot décadence, terme utilisé pour décrire le déclin ou la déliquescence d’une civilisation ou d’une société, nous viendrait en fait de la Révolution française.
Le calendrier républicain qu’on avait alors instauré s’inspirait des Romains en prévoyant une semaine de 10 jours, nommée décade. Comprenant une seule journée de congé pour les gagne-petit, celle-ci dégénérait parfois en bacchanales où tout le monde se saoulait à un point tel que même les bourgeois et les curés se mêlaient au peuple pour faire l’amour dans les rues.
C’était, en un mot, la décadence.
Le monde l’échappe
J’ai repensé à ça en voyant les images d’un Vieux-Port de Montréal en fête et du parc Victoria de Québec évacué puis jonché de déchets, après que des altercations eurent fait deux blessés vendredi soir.
On se déconfine, on enlève le couvre-feu, on ouvre les terrasses et ça y est, le monde l’échappe. Ce n’est pas des farces, même Valérie Plante se fait surprendre à mélanger plusieurs de ses bulles et François Legault efface des photos où il ne respecte pas la distanciation avec Louise Marleau.
On ne veut certainement pas ça, des rassemblements de masse à ce stade-ci, des actes d’incivisme et de la violence, pour célébrer ce trop court été par trop attendu. Cela dit, faut-il vraiment s’en surprendre ?
Ce n’est pas compliqué, le couvercle saute. Après huit mois de confinement social complet, les gens se réapproprient l’espace avec une férocité exagérée, mais prévisible.
Les restrictions ont assez duré
Certains, peut-être jaloux d’avoir manqué la fête, en appelleront à ce qu’on restreigne à nouveau, que l’on ralentisse le retour à la normale et que l’on sorte l’alcool des parcs.
Or, c’est peut-être justement le contraire qu’il faut faire. Les restrictions ont fait leur temps.
Que la police et les autorités fassent leur travail pour que les directives de la Santé publique et les règles de droit commun soient réellement appliquées et que l’on vive enfin.
C’est à ce prix, celui d’un déconfinement méthodique, discipliné et encadré, que la décadence sera évitée.