La défense de l'école publique: un combat qui doit être partagé

Constantin Fortier B.ing, M.Sc.A
Père de deux adolescents fréquentant l'école de quartier à Montréal, je tiens à exprimer mon plein soutien au mouvement de grève dans le milieu de l’éducation. Les professionnels de notre réseau public, qui portent à bout de bras notre système scolaire, représentent le dernier bastion de l'idéal d'égalité des chances, héritage de la Révolution tranquille que nous devons défendre et renouveler afin de façonner un avenir éducatif de qualité plus juste et équitable pour tous les enfants et les générations à venir.
Le gouvernement inflige un affront à ceux qui portent à bout de bras notre réseau d'éducation public, en les invitant à s'appauvrir pour assurer l'éducation de nos enfants. Cette insulte s'étend également à nous, parents, car nos enfants ne bénéficient pas de tous les services professionnels auxquels ils ont droit.
Certains d'entre eux n'ont pas d'enseignants stables tout au long de l'année, tandis que d'autres suivent leurs cours dans des établissements souvent vétustes, offrant des conditions d'apprentissage inacceptables. De plus, la composition des classes dans lesquelles nos enfants sont instruits devient de plus en plus problématique.
La réalité du public
Malheureusement, beaucoup de parents informés et favorisés, dont des élus, dotés de la capacité de faire pression et d'utiliser leur influence pour garantir les ressources nécessaires à l'école publique ont déserté le système public.
21% des élèves au secondaire fréquentent des écoles privées subventionnées et plus du tiers à Montréal et Québec. Leurs familles demeurent et/ou se mettent ainsi à l'abri de la mixité sociale et des conditions d'apprentissage qui s’aggravent dans notre réseau public ordinaire depuis des années. Le manque d'enseignants, de services et les écoles vétustes ne les concernent plus, échappant ainsi aux préoccupations liées aux grèves, car leurs enfants demeurent épargnés.
Concurrence
Ce sont les employés des écoles publiques, et plus particulièrement les enseignants, qui défendent vaillamment ce système d'éducation qui est mis en concurrence déloyale avec le réseau privé subventionné. Cette concurrence, mise en évidence par la promotion des palmarès des écoles et l'augmentation des projets particuliers sélectifs (23% des élèves dans le secteur public), découle du fait que nous finançons collectivement à hauteur de 75 % les élèves des écoles secondaires privées subventionnées, tout en accordant à ces écoles un avantage concurrentiel de sélectionner et de renvoyer leurs élèves/clients. Pourtant, mettre fin à ces inégalités d’accès et de traitement donnerait une chance à tous les enfants du Québec de prendre l'ascenseur social.
En 2015 et 2016, de nombreux parents à travers le Québec se sont unis dans une mobilisation historique, formant des chaînes humaines pour protéger nos écoles publiques primaires, mais cette vigueur militante s'est estompée. Nos enfants grandissent, et dans un contexte de marché scolaire compétitif, chaque parent aspire naturellement à offrir le meilleur à ses enfants.
Je lance un appel à tous les parents du Québec pour qu'ils deviennent à nouveau une force de persuasion et défendent notre système d'éducation aux côtés des enseignants, les protecteurs de cette cause cruciale pour que tous les enfants puissent réellement atteindre leur plein potentiel.
Constantin Fortier B.ing, M.Sc.A
Père de deux enfants et
Gestionnaire de projets chez Stingray musique.